L'évaluation de la recherche s'impose peu à peu dans les hautes écoles. Couplée à l'évaluation de l'enseignement, elle s'intègre dans une série de mesures visant à améliorer la qualité de la recherche scientifique et à valoriser les points forts et les centres d'excellence des universités. Signes des temps dominés par la mise en compétition
des scientifiques et des institutions pour les uns, elle
traduit, pour les autres, une volonté de transparence:
lorsque de l'argent est investi dans un domaine, n'est-on
pas en droit d'attendre un rapport sur les résultats
obtenus? L'évaluation de la recherche répond
également à un besoin interne. Faire le point,
mesurer ses forces et ses faiblesses constituent, ici comme
ailleurs, les premiers pas en vue de s'améliorer. Le principal reproche adressé à l'évaluation, telle qu'elle est pratiquée dans la plupart des hautes écoles, concerne la méthode employée. Basée principalement - mais pas uniquement - sur des critères quantitatifs et notamment bibliométriques, le fameux impact factor mesurant la qualité des journaux scientifiques dans lesquels les chercheurs et les groupes publient, cette méthode crée des distorsions bien connues des universitaires. "Appliqués à la littérature,
ces critères établiraient qu'un Balzac est
nettement plus performant qu'un Beckett
", résume
Dominique Belin, professeur à la Faculté
de médecine. La quantité au détriment
de l'originalité, en d'autres termes. "L'autoévaluation
est une bonne chose et je sais pertinemment qu'aucun système
n'est parfait. Cela dit, je pense que les fruits de la
recherche se récoltent sur une longue durée.
Il ne faut donc pas se leurrer sur la validité des
résultats en un ou deux ans", ajoute le professeur. Calcul à froid En Suisse, l'évaluation de la recherche est déjà entrée dans les murs auprès des écoles polytechniques fédérales, mais aussi à l'Université de Zurich. qui s'en sert pour sa planification stratégique. Elle est pratique courante dans les pays scandinaves et anglo-saxons, dont les universités compte parmi les meilleures d'Europe. A l'Université de Genève, la Faculté de médecine fait figure de pionnière, puisqu'un système d'évaluation est déjà en place depuis plusieurs années. Ce système est aussi à l'avant-garde de toutes les facultés de médecine de Suisse. Il est basé sur la qualité des publications, les fonds de recherche externe obtenus et les charges d'enseignement. A terme, il est envisagé de mettre en place des méthodes pour l'ensemble de l'institution, en les adaptant au contexte de chaque domaine, point crucial, puisque chaque discipline a ses spécificités et ses critères d'excellence. Des systèmes d'évaluation de l'enseignement étant également en fonction, ces deux baromètres devraient en fin de compte être couplés pour aboutir à une vue d'ensemble des activités académiques des hautes écoles. Le temps des mimosas Concrètement, l'évaluation est pratiquée indépendamment à chaque échelon de la Faculté: département, groupe de recherche, personnes. A chaque fois, la méthode employée est ajustée au contexte. "Il faut comparer ce qui est comparable", souligne Stéphane Jouve-Couty: "la situation est complètement différente, par exemple, en médecine fondamentale et en médecine clinique, et si l'on évalue un groupe de recherche ou tout un département." Par ailleurs, les outils d'évaluation sont régulièrement réadaptés en collaboration avec les chercheurs. Enfin, la méthode est transparente et les résultats mis à disposition.
et quelques pétales Sept ans après son éclosion, MIMOSA a-t-il atteint l'âge de raison? "Nous pouvons en tout cas apercevoir bien d'effets positifs", observe Stéphane Jouve-Couty. En termes de relève tout d'abord. Dès lors que les secteurs les plus actifs ont été identifiés, il est possible d'y orienter les jeunes chercheurs. Cela permet également des synergies intéressantes entre groupes de recherche. Par ailleurs, la Faculté de médecine dispose ainsi de son propre bilan de santé(1), l'évaluation s'accompagne alors d'initiatives pour mieux encadrer les groupes qui éprouvent des difficultés. "Et pour le reste, chacun continue de vivre sa vie!", ajoute la chercheuse avant de refermer ses gros classeurs. (1) Un rapport est publié chaque année.
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Jacques Erard Université de Genève Presse Information Publications Février 2005 http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2005/20050216mimosa.php Imprimer la page |