| Financement d'un professorat par une entreprise privée: une grande première |
Le 8 mars dernier, l'Université
de Genève, l'Université de Lausanne, le Centre
hospitalier universitaire Vaudois (CHUV)
et l'entreprise Serono
ont annoncé, lors d'une conférence de presse,
la création d'un professorat de recherche en endocrinologie
de la reproduction. Un partenariat inédit en Suisse
romande dont l'objectif est de créer un pôle
d'excellence dans la recherche en endocrinologie de la
reproduction dans l'arc lémanique.
Serono, entreprise active dans le domaine de la biotechnologie,
subventionne ce professorat à hauteur d'un million
de francs suisses. L'entreprise, en tête des ventes
de traitements contre l'infertilité, détient
également de fortes positions en neurologie, dans
le métabolisme et la croissance et a récemment
abordé le domaine du psoriasis. En 2004, Serono,
dont le siège est à Genève, a réalisé
un chiffre d'affaires de près de 2.500 millions
de dollars et un bénéfice net de quelque
$500 millions, ce qui en fait la troisième société
mondiale de biotechnologie. "Collaborant déjà
de façon importante avec les milieux universitaires
du monde entier, Serono soutient avec d'autant plus d'enthousiasme
les universités et la communauté médicale
locales, pour faire progresser la recherche et améliorer
les traitements dans le domaine de l'endocrinologie de
la reproduction" a déclaré François
Naef, directeur général de Serono International
SA lors de la conférence de presse.
Pour les Universités de Genève et de Lausanne,
la mise sur pied de ce professorat de recherche en endocrinologie
de la reproduction constitue une formidable opportunité
de collaborer par la mise en commun de compétences
rares et complémentaires. Prévu pour une
durée initiale de cinq ans, le poste nouvellement
créé a été attribué
au professeur François Pralong qui partagera son
temps entre les deux universités où il se
consacrera à l'enseignement et à la recherche.
Des avis divergents
Face à ce financement, la position de la CUAE
(Conférence universitaire des associations d'étudiants)
est claire. De manière générale, elle
s'oppose à tout financement de l'Université
par le privé. "L'indépendance est toute
relative quand il y a un financement en jeu. Nous craignons
des dérives tel que cela a été le
cas dans la tristement célèbre affaire Rylander"
explique la CUAE par la voix de son comité. Quant
au recteur André Hurst, il comprend bien le souci
de la CUAE de ne pas faire en sorte que le privé
puisse décider de ce qui se passe dans les universités
comme c'est le cas aux Etats-Unis. Il rappelle toutefois
que le FNS
(Fonds national suisse) est une fondation privée
elle aussi. "Dans le cadre du professorat financé
par Serono pendant cinq ans seulement, je vois un parallèle
avec Unitec, structure chargée de faire le lien
entre la recherche fondamentale et les applications pour
le public. Ici, c'est l'industrie qui manifeste son intérêt
pour la recherche fondamentale."
Identifier de nouveaux
traitements
Dans le cadre de ce professorat, le groupe de François
Pralong centrera ses recherches sur l'hypothalamus,
une partie du cerveau archaïque dirigeant en parallèle
la prise alimentaire, une activité vitale pour
l'individu, ainsi que la fonction reproductrice, essentielle
à la survie de l'espèce toute entière.
Ces deux fonctions sont intimement liées, puisque
l'être humain doit disposer de réserves
d'énergie suffisantes pour que les hormones
de la reproduction soient activées. C'est ainsi
que les adolescent-e-s souffrant de malnutrition ou
d'anorexie mentale ne font pas de puberté. L'hypothalamus
est le siège des mécanismes permettant
d'activer ou de bloquer la puberté en fonction
de l'état nutritionnel d'un individu. "Notre
objectif est d'identifier et de définir ces
mécanismes qui, en cas de dysfonctionnement,
peuvent aboutir à des troubles de la sécrétion
des hormones de la reproduction. Ces recherches devraient
contribuer à l'identification de nouvelles cibles
de traitement des troubles de la prise alimentaire
et des perturbations de la fonction reproductrice associées"
explique François Pralong. |
|