| Révolution affective à l'Université de Genève |
Le Conseiller fédéral Pascal Couchepin,
en compagnie du Secrétaire d'Etat Charles Kleiber, a annoncé,
mardi 22 mars à Berne, l'attribution des Pôles de recherche nationaux
en sciences humaines et sociales. A cette occasion, le projet Affective Sciences,
mené par le prof. Klaus Scherer de la Faculté de psychologie et
des sciences de l'éducation de l'Université de Genève,
s'est vu officiellement attribué le seul PRN de Suisse romande. Cet ambitieux
projet a pour objectif de créer le premier centre national de recherche
au monde dédié à l'étude interdisciplinaire des
émotions et de leurs effets sur le comportement humain et la société.
Une approche
innovante pour les sciences sociales en Suisse
La "révolution affective" qui est actuellement à l'oeuvre
dans plusieurs disciplines scientifiques a souligné les voies par lesquelles
les affects et les émotions façonnent le comportement et la prise
de décision, contrecarrant ainsi une focalisation souvent exclusive sur
les inférences et les choix logiques pour expliquer les actions humaines.
Le projet de PRN
en Sciences Affectives a pour but de créer le premier centre national
de recherche au monde dédié à l'étude interdisciplinaire
des émotions et de leurs effets sur le comportement humain et la société.
A cet effet, le Centre Interfacultaire
en Sciences Affectives a d'ores et déjà été
créé par des membres de cinq Facultés de l'Université
de Genève.
Une collaboration interdisciplinaire entre des chercheurs
de premier plan
Ce centre de recherche, ayant l'Université de Genève
comme institution d'accueil, est constitué d'un
réseau de douze groupes de recherche importants
et associe des membres de six universités suisses.
Il rassemble des chercheurs suisses internationalement
reconnus, ayant une longue histoire de collaboration entre
eux ainsi qu'avec des chercheurs de pointe dans différentes
universités de par le monde. Une approche réellement
interdisciplinaire des phénomènes affectifs
se doit de rassembler des études empiriques et expérimentales
(p. ex., en neurologie, psychologie, sciences économiques
et sociales), des recherches dans le domaine de la philosophie
et des lettres (p. ex., sur l'histoire des religions, les
systèmes de valeurs, la philosophie de l'esprit
et l'émotion dans la littérature et les arts),
ainsi que des travaux consacrés à l'exploration
des fondements normatifs et des applications pratiques
du droit. Ainsi, pour la première fois, le projet
de PRN assigne un rôle important à la philosophie,
aux lettres et au droit.
Un programme de recherche ambitieux
Les questions de recherche incluent 1) L'induction et la
réponse émotionnelles (p. ex., le rôle
des structures cérébrales, les prédispositions
individuelles, l'évaluation cognitive et les facteurs
situationnels; l'expression des réponses émotionnelles
et des tendances à l'action; la communication émotionnelle);
2) La régulation émotionnelle (p. ex., le
contrôle des réactions corporelles et des
sentiments par les normes sociales et les relations interpersonnelles;
la capacité de gérer les émotions
afin d'éviter le stress et l'épuisement psychologique;
et les facteurs de risque pour différents troubles
affectifs tels que l'anxiété excessive ou
la dépression); 3) L'implication des émotions
dans les processus sociaux (p. ex., l'émotion au
sein des relations professionnelles et familiales, des
groupes sociaux et de la société dans son
ensemble; le rôle des normes sociales et des valeurs
dans la réponse émotionnelle et dans son
contrôle; le rôle des religions et des mythes
dans les conflits ethniques; le rôle de la honte
dans la socialisation; et les effets des changements économiques
et sociopolitiques sur les expériences affectives
et le bien-être).
Le transfert des connaissances vers la pratique
Un accent particulier sera mis sur l'utilisation des résultats
de la recherche pour mieux comprendre différents
problèmes sociaux. Deux axes principaux traverseront
le projet: la santé et la violence. 1) Les relations
entre santé, bien-être et émotion seront
abordées par l'exploration de questions telles que
la détection précoce des déterminants
biologiques de l'humeur et de la résilience, les
facteurs personnels et environnementaux menant au stress
et à l'épuisement psychologique dans le milieu
professionnel, et les biais cognitifs en tant que facteurs
de risque pour la dépression et le suicide. 2) Des
problèmes politiquement sensibles tels que la violence
à l'école, les agressions criminelles, ou
les conflits violents entre groupes seront abordés
par l'exploration de questions telles que les dispositions
neuropsychologiques favorisant les ruptures de règles
et le comportement criminel, l'absence d'empathie envers
la victime, l'incapacité de contrôler ses
émotions afin de gérer le stress, et la gestion
affective inadéquate dans les relations familiales.
Une collaboration étroite a d'ores et déjà
été convenue avec les institutions publiques
et les entreprises suivantes: l'Organisation Internationale
du Travail, le Secrétariat Fédéral
des Affaires économiques (SECO),
le Département
Fribourgeois de la Santé et des Affaires Sociales,
le Panel
Suisse des Ménages, Firmenich
et Novartis.
Ces partenaires seront impliqués dès la planification
des recherches afin d'optimiser le potentiel des applications
sociales et économiques.
La formation de la relève et l'avancement des
femmes
Le centre de recherche vise à former la nouvelle
génération de chercheurs au travers d'un
programme ambitieux de formation doctorale et post-doctorale
en mettant l'accent sur les capacités et les valeurs
de la recherche interdisciplinaire. Des mesures innovantes
sont prévues pour favoriser l'avancement des chercheuses
dans le centre. En outre, un module de recherche transversal
exploitera l'ensemble des compétences au sein du
réseau afin de synthétiser les résultats
concernant les différences liées au genre
issus du projet de recherche ainsi que des travaux récemment
publiés dans la littérature scientifique.
Cette synthèse devrait aider à l'identification
des mécanismes sous-tendant les difficultés
rencontrées par les femmes à poursuivre une
carrière scientifique ainsi qu'à l'élaboration
d'interventions appropriées.
Bénéfices
pour la science et la société suisse
Le programme de recherche, articulé autour de questions
théoriques et de méthodologies pointues,
avec des niveaux d'analyse allant des processus cérébraux
à des phénomènes sociaux et culturels,
devrait conduire à des avancées scientifiques
en relation directe avec le bien-être individuel,
les relations entre individus et groupes, la productivité
économique, et donc le devenir des sociétés
modernes. Cette collaboration interdisciplinaire focalisée
sur un phénomène commun, l'émotion,
devrait mener à un accroissement durable des compétences
et de la reconnaissance internationale des sciences humaines
et sociales suisses.
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