| L'Université se dote d'une charte relative à l'intégrité dans la recherche |
Les
chartes relatives à l'intégrité dans la recherche scientifique
sont en passe de s'imposer dans le monde académique. Elles existent déjà
dans la plupart des hautes écoles des Etats-Unis, du Royaume-Uni et du
Danemark. Chez nous, l'Académie suisse des sciences médicales
(ASSM) a élaboré,
en 2002, un texte adopté par toutes les facultés de médecine
de Suisse.
L'Université de Genève fait aujourd'hui un pas supplémentaire
dans cette direction, en adoptant une série de Directives relatives
à l'intégrité scientifique dans le domaine de la recherche
et à la procédure à suivre en cas de manquement à
l'intégrité. Ces dernières s'appliquent dorénavant
à toute l'Université. L'UNIGE fait ainsi œuvre de pionnière
parmi les universités suisses.
Les Directives contiennent:
- Des règles de comportement, portant sur des points
tels que la planification de la recherche, la possibilité de conflits
d'intérêts, l'accès aux données et leur diffusion,
ou encore l'interprétation des résultats.
- Une liste identifiant les infractions aux règles
de comportement, en ce qui concerne l'obtention des connaissances scientifiques,
les travaux de recherche et la publication.
- Une procédure détaillant les étapes à respecter
en cas de dénonciation.
- Des recommandations à l'intention des sponsors de
la recherche.
Clé de voûte de ce texte: l'idée que la liberté académique
va de pair avec une responsabilité. Si la collectivité garantit
la liberté du chercheur, elle attend de ce dernier qu'il exerce une vigilance
permanente dans l'exercice de cette liberté. Il en va de la crédibilité
de la recherche. Cela paraît d'autant plus important à une époque
où le public manifeste une certaine anxiété face aux développements
de la science.
Pourquoi maintenant?
Pourquoi ces Directives maintenant? Pour Peter Suter, vice-recteur
de l'UNIGE chargé de l'élaboration du texte, il faut y voir la
suite logique du travail effectué au sein de l'ASSM et auprès
des facultés de médecine. Ces dernières ne sont pas, en
effet, les seules à pouvoir abriter des conflits d'intérêts
ou des collaborateurs peu scrupuleux…. Selon le vice-recteur, toutes les
hautes écoles devraient mettre en place de telles Directives,
si possibles harmonisées à l'échelle nationale. La Conférence
des recteurs des universités suisses (CRUS)
examine d'ailleurs une telle possibilité.
Par ailleurs, les bailleurs de fonds privés, qui cherchent à
se protéger d'éventuelles accusations dommageables pour leur image
de marque, encouragent de plus en plus les institutions auxquelles elles accordent
des financements à se munir de chartes de ce type.
Les mêmes règles pour tous?
Pragmatique dans son approche, Peter Suter estime que ce texte devra très
certainement faire l'objet d'une réévaluation après une
année. "Nous avons visé un bon consensus, en trouvant des
formulations applicables à toutes les facultés", précise
le vice-recteur. Les problématiques liées à la fraude diffèrent
cependant d'un domaine à l'autre. Les conflits d'intérêts
liés au financement de la recherche constituent le plus grand risque
en sciences naturelles, tandis qu'il s'agit du plagiat en sciences humaines.
Il se pourrait donc que les règles de comportement soient adaptées
au contexte de chaque faculté.
Pour Peter Suter, il importait néanmoins que ces Directives
soient mises en place le plus rapidement possible, afin de disposer d'un cadre
bien défini pour l'analyse d'une suspicion de comportement incorrect.
Cela a surtout son importance pour la procédure de dénonciation
qui devrait être la même pour toutes les facultés. Il convient
également de répondre aux exigences des institutions mettant à
disposition des fonds pour la recherche. Les National Institutes of Health
(NIH) aux Etats-Unis, par
exemple, exigent de telles directives avant d'attribuer des fonds.
Protéger les dénonciateurs
L'un des aspects les plus délicats concerne la protection de la personne
auteur de la dénonciation, surtout dans le cas où il s'agit d'un
subordonné. Les Directives prévoient à cet effet
un suivi pour s'assurer que le dénonciateur ne subisse pas de représailles.
"Tout doit être fait pour faciliter la carrière du dénonciateur
qui, par son acte, peut faire preuve de courage intellectuel. Dans la pratique,
on voit de toutes manières assez mal deux personnes engagées dans
un conflit de ce type poursuivre une collaboration scientifique", relève
le vice-recteur.
Les conditions actuelles de la recherche, fondées sur une très
grande compétitivité entre laboratoires, ne favorisent-elles pas
les risques de dérapage? Pour Peter Suter, les fraudes ne sont pas forcément
plus fréquentes aujourd'hui. Car si les exigences de productivité
sont effectivement plus élevés, les moyens de vérification
se sont également accrus. Les publications scientifiques circulent bien
davantage qu'auparavant et les résultats sont systématiquement
testés par la communauté scientifique.
De même, les critères utilisés pour évaluer la recherche
(impact factor, indices de citation) tiennent compte de plus en plus
de l'aspect qualitatif des recherches, et non pas uniquement quantitatif, comme
cela pouvait être le cas il y a une dizaine d'années.
Diffusion auprès de chercheurs
Les Directives pour l'intégrité dans la recherche scientifique
seront mises à la disposition de toute la communauté universitaire
sur un site web. De plus, elles seront systématiquement envoyées
à tous les nouveaux enseignants et chercheurs.
> Le
texte des Directives
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