| La recherche fera-t-elle les frais de la crise budgétaire européenne? |
La crise budgétaire européenne et ses possibles
incidences sur les fonds alloués à la recherche mettent en évidence
l'importance des réseaux européens auxquels participe l'Université
de Genève. Que ce soit la Ligue d'universités européennes
de recherche (LERU) ou le
Groupe de Coïmbra,
ces réseaux, loin de répondre à un simple effet de mode,
constituent un canal privilégié à travers lequel les universités
peuvent coordonner et faire entendre leurs voix auprès des instances
dirigeantes de l'Union.
A voir les répartitions budgétaires actuelles de l'Union européenne,
force est de constater que les lobbies de la recherche sont moins puissants
que ceux de l'agriculture ou de l'industrie. Car de lobbying il est bien question.
Les universités ne peuvent plus compter sur leur seule aura académique
pour s'attirer les faveurs des responsables politiques, mais doivent faire valoir
leurs intérêts sur un mode pro-actif.
Miser sur l'innovation à long terme
C'est dans ce contexte que les réseaux jouent pleinement leur rôle.
En février 2005, la LERU (voir ci-dessous) a publié un document
"La croissance, les universités de recherche et le Conseil européen
de la recherche". Objectif de ce "manifeste" en 27 points: inciter
les gouvernements européens à investir davantage dans la recherche
fondamentale. Il s'agissait également de soutenir la création
d'un Conseil européen de la recherche, équivalent du Fonds national
suisse de la recherche scientifique au niveau européen.
Alors que la plupart des pays européens ont beaucoup misé, ces
dernières décennies, sur le développement de la recherche
appliquée, le 7e Programme cadre de l'Union européenne pour la
recherche (PRC) prévoit, pour la période 2007-2013, un accroissement
des moyens alloués à la recherche fondamentale.
Impact durable
Les enjeux sont de taille pour les universités, championnes de la recherche
fondamentale, par opposition aux établissements davantage orientés
vers la recherche appliquée, telles les EPF en Suisse. Les retombées
visibles de la recherche fondamentale, si elles interviennent généralement
dans un laps de temps de 10, 15 ou 20 années, n'en débouchent
pas moins sur des innovations qui ont un impact durable et profond sur la science
et la société. Le décalage temporaire a toutefois tendance
à en masquer la visibilité.
A cet égard, la décision d'augmenter les moyens alloués
à la recherche fondamentale, dans le cadre du 7e PRC, représente
une victoire importante pour les universités. Une victoire à laquelle
les réseaux universitaires, telle la LERU, ont fortement contribué.
Partant du constat que l'innovation est le seul moyen d'assurer la croissance
économique d'un continent européen en pleine phase de désindustrialisation,
le 7e PRC table sur un doublement des fonds alloués à la recherche.
Ceux-ci passeraient ainsi de 5 à 10 milliards d'Euros par année,
dont 1,5 pour la recherche fondamentale.
Entre-temps, l'actualité est venu remettre en question ces dispositions.
"La crise budgétaire de l'Union pourrait sonner le glas du doublement
des fonds alloués à la recherche. Même si la présidence
britannique de l'Union européenne entend donner la priorité à
ce secteur, le pessimisme est de mise dans les couloirs à Bruxelles",
observe Claus Hässig, responsable du secteur recherche au Rectorat de l'UNIGE.
Simple incident de parcours ou pas, cette reculade rend plus que jamais nécessaire
le rôle des réseaux universitaires, afin de soutenir les investissements
dans l'innovation et convaincre l'opinion et les décideurs politiques
des avantages que ces investissements représentent pour l'avenir de nos
sociétés.
Deux réseaux complémentaires
L'Université de Genève entretient des collaborations avec
quelque 350 institutions dans 80 pays. Elle est surtout active dans deux
réseaux, qui ont toute leur importance au niveau européen:
le Groupe de Coïmbra et la LERU.
Fondé en 1985, le Groupe de Coïmbra a fêté
ses 20 ans d'existence en juin dernier. Il réunit une trentaine
d'Universités qui, de Galway en Irlande à Tartu en Estonie
et de Bergen en Norvège à Salamanque en Espagne, dessinent
une géométrie de la nouvelle Europe périphérique.
Paradoxalement, le groupe de Coïmbra rassemble quelques-unes des
plus anciennes universités d'Europe (à l'image de l'Université
de Coïmbra). Le prestige humaniste associé à ces établissements
représente, aux yeux des citoyens, un gage de fidélité
à des valeurs éthiques et à une vision du développement
de la connaissance responsable. Le Groupe de Coïmbra est notamment
à l'origine du programme de mobilité ERASMUS.
Plus récente, la Ligue d'universités européennes
de la recherche (LERU) est un club plus restreint, réunissant
12
hautes écoles sélectionnées en fonction de leurs
performances scientifiques. La LERU met donc l'accent sur l'excellence.
L'appartenance à cette ligue représente, pour l'UNIGE, la
possibilité d'être en comparaison permanente avec les meilleures
hautes écoles du continent en terme de recherche. Elle facilite
aussi la mise en réseau de chercheurs et a donné naissance
à plusieurs projets scientifiques "estampillés"
LERU par l'Union européenne.
> Groupe de
Coïmbra
> LERU
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Pour en savoir plus:
> Budget
"recherche et développement" (R&D) des Etats membres de
l'UE
> Budgets alloués à R&D en pourcentage du PIB
> Croissance des investissements R&D
> Dépenses pour la recherche fondamentale en pourcentage des dépenses
R&D
> Towards
a European Research Area, Science, Technology and Innovation, Key Figures 2003-2004
> Budget
du 7e PRC
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