| La réforme de Bologne, c'est dans la boîte! |
Cet
automne, ce sont près de 2900 étudiants qui ont commencé
leurs études sous le régime de Bologne. Une réforme qui
a créé une véritable révolution au sein de l'enseignement
dans les hautes écoles et dont la mise en œuvre a été
minutieusement préparée ces dernières années. Entre
l'enthousiasme de certains, les promesses des autres et les peurs et angoisses
de beaucoup, quelles sont les impressions des premiers concernés par
ce changement, les étudiants? Trois semaines après la rentrée
académique, se sentent-ils mangés à la sauce bolognaise?
Cont@ct est parti à l'enquête dans les couloirs d'Uni Bastions
et d'Uni Mail pour un état des lieux.
Un déficit d'information
Tous sont unanimes: ils ne sont pas assez bien informés, malgré
les séances d'orientation qui ont été prévues dans
toutes les facultés. Si les étudiants fraîchement arrivés
à l'Université peinent toujours autant à trouver leurs
marques, cette année aura vu également la perte de repères
des étudiants des autres volées. "Aujourd'hui, il faut renseigner
tout le monde" constate Gregory Meyer, moniteur au Département d'histoire,
engagé spécifiquement par la Faculté des lettres pour répondre
aux questions ayant trait aux modifications engendrées par la réforme.
Même son de cloche à la Faculté de droit où certains
étudiants ont loupé des cours "parce qu'ils ne savaient pas"
et se plaignent d'une mauvaise organisation générale, comme par
exemple le nombre de places insuffisant dans les salles de cours.
Sentiment d'insécurité
Plus grave, les étudiants ont l'impression d'une véritable improvisation
de la part des instances dirigeantes de l'institution. A la Faculté des
lettres, tous les plans d'études portent encore la mention "PROVISOIRE",
même si l'administrateur de la Faculté, Philippe Coet, souligne
que le risque de modification est aujourd'hui extrêmement faible. "Ce
sont les processus de validation, très lourds, qui nous ont ralenti"
explique-t-il. Du côté de la Faculté des sciences économiques
et sociales, l'indulgence des étudiants est constamment sollicitée.
Le raz le bol est là et cela d'autant plus que, si les étudiants
se sentent perdus, c'est également le cas des collaborateurs de l'enseignement
qui peinent, eux aussi, par manque d'intérêt ou par manque d'information,
à répondre aux nombreuses interrogations suscitées par
ces changements.
Une mobilité plutôt réduite
Plébiscitée dans la Déclaration de Bologne, la mobilité
des étudiants est pourtant déjà mise en péril. Des
programmes d'échanges tels qu'Erasmus ne sont guère compatibles
avec le système imposé par la réforme de Bologne selon
l'UNES, l'Union des étudiants de Suisse. Des étudiants de la Faculté
des lettres le confirment également de leur côté: "S'il
était possible par le passé d'étudier l'ethnographie à
Neuchâtel ou l'histoire du cinéma à Lausanne dans le cadre
d'une licence en lettres, la structure actuelle - avec des systèmes différents
dans toute la Romandie – ne le permet plus."
La maîtrise comme formation de base
Pour augmenter leurs chances de trouver un emploi ou pour se spécialiser,
la majorité des étudiants interrogés pensent effectuer
une maîtrise après l'obtention du baccalauréat. Ils envisagent
même de le faire à l'étranger ou encore dans un autre domaine
d'études. "Avoir un diplôme qui nous permette d'aller dans
toute l'Europe est vraiment avantageux".
Licence versus baccalauréat
Dans certaines facultés, les étudiants ayant déjà
commencé leurs études ont du choisir entre "rester dans l'ancien
système" ou "basculer dans Bologne". Les choix ont été
différents et les motivations variées. Si certains pensent que
le titre de licence ne signifiera plus rien d'ici une dizaine d'années,
d'autres restent convaincus de sa reconnaissance future. "Le monde du travail
maintiendra sa confiance à un titre connu, suivant l'adage: Ce qui est
ancien est meilleur". Pour appuyer leur propos, ces étudiants rappellent
d'ailleurs que les responsables des ressources humaines des grosses entreprises
dans lesquelles ils souhaiteront travailler ont, eux aussi, une licence et non
pas un baccalauréat ou une maîtrise.
Un investissement des instances dirigeantes
Si des plaintes se font entendre dans les auditoires en ce début d'année,
les facultés ont pourtant minutieusement préparé le terrain.
Par exemple, la Faculté des lettres a engagé d'importants moyens
pour préparer le basculement au mieux: création d'un poste de
moniteur "Bologne", engagement d'une conseillère aux études
supplémentaire, décharges d'enseignement pour l'organisation et
le suivi de la mise en œuvre, taux d'activité renforcé à
l'administration, séances d'accueil à la rentrée, etc.
Même si l'on avoue que la situation n'est pas encore totalement satisfaisante
- le chantier étant énorme - tout a été entrepris
pour que les choses se déroulent au mieux. A la FPSE,
ce sont six étudiants qui ont été recrutés
pour renseigner sur la réforme de Bologne et ses conséquences.
Objectif principal: rassurer. Et finalement, la Confédération
a aussi "mis le paquet" financièrement: en tout, ce n'est pas
moins d'un million et demi de francs qui ont été alloués
à l'UNIGE pour assurer une transition sans anicroche.
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