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Noël à l’UNIGE: regards croisés sous le sapin

Nous avons interrogé pour vous différents acteurs de l’enseignement et de la recherche à l’Université de Genève sur les diverses significations de la fête de Noël. Nous vous livrons, à la page suivante, le point de vue du sociologue, celui des historiens, des psychologues ou encore de la recherche en études genre.









 

Une fête du don : le « potlatch » de Franz Schultheis, professeur de sociologie
Revenons à Noël: c’est avant tout une fête du don et du contre-don. A Noël, il y a comme une obligation morale de donner qui s’est instaurée ; celui ou celle qui donne doit faire semblant de rester désintéressé-e. Pourtant, en donnant, il ou elle crée une dette morale. Pour l’anthropologue Marcel Maus, le mot cadeau en anglais, gift, est à rapprocher de son homonyme allemand Gift, qui signifie «poison» !

La générosité étant généralement perçue comme une marque de noblesse, celui ou celle qui donne augmente son capital symbolique de réputation, d’honneur, de considération. Tandis que celui ou celle qui ne donne pas est l’avare, l’ignoble. Noël implique donc une notion de réciprocité. Cette règle ne régit pas tous les rapports: elle n’intervient pas dans le cadre familial ou dans le couple, ou quand les inégalités face aux moyens matériels sont marquées. Mais elle permet de comparer Noël, sous un angle ethnologique, au Potlatch. Un potlatch, du mot chinook patshatl, qui signifie «don» ou «donner», est une cérémonie régie par des rites précis et commune à la plupart des peuples indiens de la côte nord-ouest du continent américain. Il consiste en une longue série d’échanges, souvent répétitifs, entre clans, lignées et groupes rivaux. Souvent, des mimes de dons jouent l’action d’offrir, mais les biens matériels finissent jetés au feu. Ce rituel permet d’appauvrir les groupes en présence, mais surtout de les enrichir moralement, de générer de l’honneur.

Que se passe-t-il à Noël? On se saigne pour acquérir des biens souvent coûteux, on montre qu’on ne compte pas, parfois dans un esprit de concurrence ! On voit qu’il existe un fond anthropologique commun aux peuples du monde, qui évolue, certes, au fil du temps, mais qui repose sur une base ritualiste. Si tout est mercantilisé aujourd’hui dans les pays riches, ce fond, antérieur, n’a pas disparu. Dans une vaste hypocrisie collective, on rivalise dans ce jeu du  don et du contre-don à Noël, mais ce roulement remplit des fonctions sociales essentielles. Par là s’effectue une stabilisation, un rétablissement ou un renforcement des liens sociaux.

On le comprend, Noël est une fête marquée par un inconscient collectif très puissant, qui nous ramène à une nécessité archaïque.

 

Noël intensifie les émotions: l’avis des chercheuses et chercheurs du Pôle de Recherche National en sciences affectives placés sous la direction du professeur de psychologie Klaus R. Scherer

 

Le dieu Soleil à Rome : Philippe Borgeaud, professeur d’histoire des religions antiques

 

Une naissance pas très catholique: Noël vu par Anne-Françoise Praz, historienne, maître-assistante à l’unité interdisciplinaire en études genre

 

L’ascèse perdue de Saint-Nicolas: les évocations mythologiques de Youri Volokhine, maître d’enseignement et de recherche en histoire des religions antiques

 

Les fêtards à la messe: ambiances passées et présentes de Noël par François Walter, professeur d’histoire à l’unité d’histoire suisse
Beaucoup plus importante pour les pratiques rituelles, la date du 6 janvier (ou fête des Rois) inaugurait l’ouverture du long cycle de Carnaval. Les tensions entre des célébrations religieuses et des vécus plus profanes sont attestées de longue date, avec des situations parfois cocasses. Ainsi, à Genève, à la fin du XIXème siècle, les paroisses devaient faire appel à la gendarmerie pour empêcher les fêtards de venir troubler les messes de la nuit de Noël (le pendant protestant du culte de Noël n’apparaissant pas avant les années 1960).

Ce n’est que progressivement que toute une série de pratiques festives diverses s’est accumulée autour du 25 décembre. Ainsi la coutume du sapin décoré d’origine germanique est-elle attestée au XIXème siècle, mais elle ne se généralise en Suisse que vers 1900. Pour les catholiques, les cadeaux sont liés à la légende de saint Nicolas et se distribuaient le 6 décembre alors que, dans les régions protestantes, on était attaché aux étrennes du jour de l’An. Ce n’est qu’au XIXème  siècle que la pratique des offrandes se superposera à la fête de Noël. L’habitude de mettre des veilleuses dans les cimetières est récente (deuxième moitié du XXème siècle). A partir des années 60, la commercialisation croissante de la période «des fêtes» modifie les comportements. Le Père Noël, dérivé anglo-saxon du Santa Claus (saint Nicolas), le vacarme décoratif et les ripailles se sont désormais imposés partout dans des contextes qui n’ont plus rien à voir avec les vieilles coutumes d’origine celtique et qui ont de surcroît perdu toute signification religieuse.

Parmi les fêtes de Noël qui ont laissé des traces dans l’histoire, on peut mentionner les Noëls de guerre. Autant la veillée du 24 décembre 1914 que celle du 24 décembre 1940 ont suscité de nombreux témoignages. Les soldats mobilisés les ont vécues intensément dans l’incertitude et l’attente inquiète, loin de leurs familles. Durant les années de guerre, les célébrations de la nuit de Noël, la messe de Minuit en particulier, ont souvent été supprimées, ceci pour éviter de devoir chauffer les églises en période de pénurie de combustible.

Sylvie Delèze
Université de Genève
Presse Information Publications
Décembre 2005

http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2005/20051222noel_une.php
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