Le recteur André Hurst livre son analyse, suite à la publication du rapport de la Conférence universitaire suisse (CUS) sur les Coûts de la formation universitaire en 2004: «Dis-moi combien tu coûtes, et je te dirai… Ce que tu étudies (pour te dire «qui tu es», indiquer le prix ne suffira pas), je te dirai même où tu étudies». Une avalanche de chiffres vient de s’abattre sur le monde universitaire: les résultats de la comptabilité analytique. Comme toute avalanche, celle-ci fait des dégâts. Comme toute avalanche, elle entraîne avec elle une partie du paysage. Pour commencer, soyons clairs: tout le monde attendait les résultats de la comptabilité analytique appliquée au coût des universités, et il était grand temps que l’on se dotât d’un moyen d’évaluer au mieux les coûts comparés des différentes filières d’études. Soyons donc clairs jusqu’au bout: c’est un progrès, et il faut le saluer comme tel. Ainsi donc, qu’on se le dise, il est désormais possible de savoir combien coûte l’étudiant-e d’un bout à l’autre de la Suisse, selon les études qu’il/elle a entreprises et selon l’université ou l’école polytechnique fédérale où se déroule son programme d’études. Seule exception: la médecine, dont les chiffres sont trop compliqués à récolter, compte tenu de l’imbrication des facultés de médecine et des hôpitaux universitaires (qui fait quoi? Où commence le domaine hospitalier? Où se situe la limite des études?). Ce que nous apprenons ne nous surprend qu’à moitié: certains sont plus chers, d’autres moins. Vous le concéderez: ce n’est pas renversant. Ce qui compte, par conséquent, c’est moins ce qu’on apprend que l’usage qu’on en fera. Deux mots toutefois sur ce qu’on apprend. Si l’on considère l’ensemble des douze universités suisses et l’ensemble des domaines d’études, l’Université de Genève est dans la moyenne pour environ 43% de ses activités d’enseignement. Ce qui veut dire qu’elle ne l’est pas pour 57%. En effet, dans ces 57%, l’enseignement de notre université est plus cher que la moyenne. Plus cher, on s’en souviendra, ne veut pas dire «trop cher»: pour n’importe quel achat, on sait bien que les prix ne sont pas les mêmes selon ce que l’on choisira. Et l’on préfère parfois payer plus si l’on sait que l’on aura mieux : dicton populaire connu, «le bon marché est toujours trop cher». Qu’en est-il donc dans ces deux cas? La Faculté des sciences, pour sa part, se distingue de ses consurs helvétiques en ceci qu’elle investit beaucoup dans la formation post-graduée, laquelle attire de nombreux doctorants; rappelons qu’elle abrite deux pôles nationaux de recherche. Or, les indicateurs utilisés dans la comptabilité analytique de la CUS ne prennent pas en compte ces étudiants avancés que sont les doctorants, se limitant à ceux qui suivent la formation de base. Si l’on intègre ces étudiants, la Faculté des sciences de Genève se situe en fait dans la moyenne suisse. De la bonne manière d'en user avec les chiffres Une dernière remarque sous forme de question: on ne cesse de le répéter, nous vivons dans un «système duel», où coexistent des Universités (HEU=Hautes écoles universitaires) et des HES (=Hautes écoles spécialisées). Leur collaboration est vivement encouragée. Des passerelles sont élaborées des unes vers les autres. Est-il bien raisonnable, dès lors, de ne publier que des chiffres concernant les universités? Dans la perspective du vote du 21 mai 2006, et même au-delà, n’est-il pas urgent pour le citoyen contribuable de disposer d’une bonne vision du coût de l’enseignement supérieur dans son ensemble?
André Hurst > Le communiqué de presse de la CUS: "Coûts de la formation universitaire" |
|
Université de Genève Presse Information Publications Avril 2006 http://www.unige.ch/presse/archives/unes/2006/20060420cus_une.php Imprimer la page |