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La FPSE: une faculté sous les feux des projecteurs

Depuis juillet 2006, Bernard Schneuwly est le nouveau doyen de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE). Il nous a accordé l’entretien qui suit, alors que la FPSE se retrouve sous les feux des projecteurs à propos de la rénovation de l'enseignement primaire.

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Bernard Schneuwly, vous êtes à la tête d'une faculté bicéphale, avec d'un côté la psychologie, de l'autre les sciences de l'éducation. Comment cette situation est-elle vécue?
Il faut rappeler que la FPSE, avec ces deux entités, est le résultat d'une histoire. Genève a fait oeuvre de pionnière dans les années 20 et 30 en utilisant des concepts développés en psychologie pour la recherche en sciences de l'éducation. Ce modèle s'est ensuite exporté ailleurs. Il a donc fait ses preuves. Les deux sections s’enrichissent mutuellement dans des domaines qui leur sont communs et développent par ailleurs chacune des activités de recherche et d’enseignement propres.

Votre Faculté a été  fortement critiquée à la suite du vote sur le rétablissement des notes. On l’a notamment rendu responsable de la réforme de l’enseignement primaire dont on a beaucoup parlé dans ce contexte. Comment réagissez-vous à ces critiques?
Elles nous touchent, et ce d’autant plus que nous pensons qu’elles sont en grande partie non fondées. Mais j'y vois aussi un aspect positif: elles nous permettent de clarifier notre position face au public et à la cité, et aussi entre nous. Voici quelques éléments de réflexion à ce propos. Ce n'est pas la FPSE ou la Section des sciences de l'éducation qui ont proposé cette réforme, mais des personnes appartenant à différents milieux: enseignants, membres de la direction de l’enseignement primaire, formateurs d’enseignants, ainsi que des membres de la FPSE.  Ceux-ci ont soutenu une approche, qui a fait l'objet de nombreux débats au sein de la Faculté. Divers points de vue s'expriment et cohabitent, et nous tenons beaucoup à cette diversité. Cela signifie aussi qu'il n'y a pas un endoctrinement des étudiants, comme on a pu le lire. Ces derniers sont soumis à des points de vue divergents, voire parfois contradictoires. Nous sommes cependant d’accord sur une chose: il faut améliorer encore l’école pour qu’elle permette au plus grand nombre possible d’élèves d’accéder à plus de savoirs et de connaissances. Nous pouvons et voulons y contribuer par nos recherches et par nos collaborations avec les enseignants et les autorités. Beaucoup de progrès ont été faits. Nos recherches le montrent si l’on regarde cela avec le recul historique de 30, 50, sans parler de 100 ans. Beaucoup reste à faire.

On émet aussi des critiques sur la volonté de la FPSE de rendre obligatoire l'obtention d'une maîtrise pour enseigner dans le primaire. Comment défendez-vous cette position?
D’abord, ce n’est pas la volonté de la FPSE. Le Grand Conseil, unanime, a accepté le principe de reconnaître une licence en sciences de l’éducation, mention enseignement, comme diplôme donnant accès à la profession d’enseignant. Le passage à la maîtrise ne constitue, de fait, qu'une simple adaptation dans le cadre du processus de Bologne: toutes les licences de l’Université ont été transformées en maîtrises, ce qui est d’ailleurs considéré par la Conférence universitaire suisse comme la fin normale des études.

Qu'en est-il dans les pays avoisinants?
Une formation universitaire des enseignants primaires de 4 à 4 ans et demi est de plus en plus la règle en Europe. Genève a été pionnière dans ce domaine, en introduisant dans les années 1930 déjà une formation partiellement universitaire des enseignants primaires. Aujourd'hui, qui remettrait en cause le fait que les médecins ou les juristes ont besoin d'une formation universitaire de haut niveau? Pourquoi en irait-il autrement des enseignants qui exercent une profession d’une très grande complexité? Et pourquoi revenir en arrière et passer de 4 à 3 ans de formation quand on sait qu’une formation de haut niveau est nécessaire et qu’ailleurs en Suisse on commence déjà à voir les limites d’une formation en trois ans? Nous ne pouvons plus nous contenter d'une école normale, qui correspondait, précisément, à une vision très normative de l'éducation. Les futurs enseignants doivent bénéficier de la diversité d'approches que leur offre l'Université, tout en étant formés dans une alternance entre théorie et pratique, comme c’est le cas par exemple pour les médecins.

Le Département de l'instruction publique (DIP) voudrait maintenant que la formation des maîtres soit confiée à un institut universitaire. Qu'en pensez-vous?
Selon la demande de Charles Beer, un tel institut universitaire fonctionnerait en partenariat avec les facultés impliquées, en premier lieu la FPSE. Notre Faculté est donc d’emblée fortement sollicitée et se réjouit de la confiance qui lui est ainsi témoignée. Par ailleurs, la demande du DIP confirme le principe d’une formation universitaire. Un tel institut aurait l'avantage de mieux articuler les différentes formations d’enseignants, notamment primaires, secondaires et spécialisés, et de les rendre plus visibles. Il s’agit là de deux principes que notre Faculté défend depuis très longtemps. Il faut maintenant trouver des solutions institutionnelles pour répondre à cette demande. Deux élément devraient participer à la réflexion. Il faut, d'une part, tenir compte des expériences acquises dans le domaine de la formation des enseignants primaires. D'autre part, la mise sur pied d’un centre interfacultaire de formation des enseignants secondaires et la restructuration de la formation des enseignants primaires, nécessaire dans le cadre du processus de Bologne, ont créé une dynamique, dont il s'agira de tirer parti. Un beau défi auquel la Faculté entend participer avec toutes ses forces et toutes ses compétences.

Le terme de "sciences de l'éducation" pourrait laisser entendre que vous arrivez à des certitudes en matière de pédagogie. Est-ce vraiment le cas?
Vous remarquerez qu'il y a un 's' à sciences, ce qui indique déjà l'accent mis sur la diversité des approches... Bien entendu, il faut entendre ici le mot 'sciences' au même titre que dans les autres sciences sociales. Nous n'avons pas de certitudes absolues à offrir. Cela dit, nous pouvons donner des indications relativement précises concernant certains problèmes, sur la base de nombreuses études. On peut, par exemple, dire que si l'école a une fonction d'égalisation des chances, ce qui est inscrit dans la loi, alors le redoublement ne semble en général pas constituer une bonne mesure. Elle permet certes aux élèves de progresser, mais beaucoup moins que les autres qui n’ont pas redoublé, ce qui creuse les inégalités. Des mesures de différenciation avec des appuis ciblés, proportionnels aux difficultés, sont plus efficaces. Le ciblage des appuis et des interventions en fonction des difficultés des élèves nécessite un haut degré de compétence des enseignants pour diagnostiquer les obstacles et adapter les moyens d’enseignement.

En tant que doyen de la FPSE, comment voyez-vous les grandes orientations de la Faculté ces prochaines années?
Beaucoup de temps et d'énergie ont été employés à mettre en place la réforme de Bologne. Il est donc prioritaire de consolider cet acquis, en permettant aux membres de la Faculté de reprendre leur souffle, d'observer ce qui marche bien ou moins bien dans cette réforme, et de faire les adaptations nécessaires. Nous devons ensuite travailler sur le troisième volet de la formation, dans l'optique Bologne, à savoir les études post-grade et le doctorat. Il y a toute une réflexion à mener sur la manière de former des chercheurs, ce qui est le but de l’obtention d’un doctorat. Plusieurs écoles doctorales fonctionnent actuellement dans notre Faculté, et il s’agit de leur donner une structure plus stable. Il faut sans doute aussi adapter la forme de la thèse aux nouvelles conditions de la recherche. Tout cela est actuellement en discussion.

Sur le plan de la recherche, précisément, quelles sont les priorités?
La Section de psychologie a été fortement restructurée ces dernières années, suite au départ à la retraite de nombreux professeurs. De nouveaux domaines de recherche ont été créés, d’autres ont été maintenus et parfois renforcés. Le secteur de la psychologie du développement notamment, spécificité genevoise depuis très longtemps, continue à être fortement investi. De manière générale, la Section de psychologie a beaucoup axé ses travaux sur des approches empiriques. Cela donne de très bons résultats. Pour preuve, l'attribution du Pôle de recherche national en sciences affectives, qui signale l'importance des travaux menés à Genève en psychologie. Il faut consolider tout cela et continuer dans cette direction.

Et en sciences de l’éducation?
La tendance vers la recherche empirique au sens large du terme s’y est renforcée, notamment parmi la jeune génération. Mais les approches sont nécessairement plus diversifiées qu’en psychologie étant donné que plusieurs disciplines cohabitent au sein de la Section qui ont toutes des méthodologies propres: enquêtes historiques, mesures des capacités des élèves comme dans PISA, comparaison de méthodes d’enseignement, observation et enregistrement de pratiques d’enseignement, etc. Elles ont néanmoins toutes en commun – c’est le b-a-ba de la recherche scientifique – de décrire minutieusement la réalité éducative en fournissant des données systématiquement récoltées que d’autres chercheurs peuvent contrôler, contester, interpréter différemment. Nous avons la plus grande section de sciences de l’éducation en Suisse, et l'une des plus grandes de la francophonie. Nous devons maintenir cette position. De manière générale, j’espère aussi que cette période post-Bologne soit employée à relancer de nouveaux projets de recherche.

Comment voyez-vous le rôle du doyen de Faculté?
C’est d’abord un médiateur entre les différentes composantes de la Faculté. A la FPSE, cela se passe bien de ce côté-là. Ensuite, c’est un médiateur auprès du Rectorat. Nous travaillons tous dans des microcosmes facultaires. Or, il est primordial aujourd’hui d’avoir une bonne coordination entre nous. J’accorde ainsi beaucoup d’importance au Conseil des recteurs et doyens. Nous devons, enfin, jouer un rôle de coordinateurs avec les doyens des autres universités: comment penser la psychologie et les sciences de l’éducation au niveau régional, avec les particularités qui nous distinguent déjà.

Comment l’Université de Genève doit-elle s’y prendre pour redorer son image auprès du public?
Continuer à être les meilleurs! (rires). Sérieusement, nous travaillons bien dans cette Université, et nous devons continuer de cette manière. Peut-être faut-il davantage montrer ce que nous faisons. C’est en partie le travail déjà effectué par les différentes passerelles avec la cité. Parallèlement, nous devons faire preuve de notre capacité à nous adapter, surtout en matière de gestion.

A lire sur la FPSE: La Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, de l'Institut Rousseau [1912] à la FPSE, ouvrage édité à l'occasion des 30 ans de la FPSE, disponible sur demande auprès du Secrétariat du Décanat.

 
Propos recueillis par Jacques Erard

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Mise à jour: 17/10/06