La sociologie à l'Université de Genève

Développement de la sociologie à l'Université de Genève

On doit d’abord rappeler le nom de Sismondi (1773-1842), historien, économiste et sociologue, qui enseigna à Genève, mais c’est en 1886 que l’Université institua une chaire de sociologie, d’économie sociale et d’études des systèmes politiques. Elle fut confiée à Louis Wuarin. Celui-ci avait d’ailleurs déjà donné à partir de 1885, comme privat-docent, un cours de sociologie. Sa chaire faisait alors partie de la Faculté des lettres et sciences sociales. Elle fut intégrée, en changeant quelque peu de titre (sociologie et économie sociale) à la Faculté des sciences économiques et sociales, lors de la fondation de cette dernière, en 1914.

L’introduction de la sociologie à l’Université de Genève est à peu près exactement contemporaine de la création (en 1887) de la première chaire occupée en France par un sociologue en titre (Durkheim). Mais c'est là pur accident. Les deux faits ne résultaient pas du tout des mêmes tendances intellectuelles. Louis Wuarin avait fait des études de théologie. D’abord suffragant du pasteur de Versoix, il se consacra bientôt au journalisme et à l’étude de questions sociales. Il avait accompli un long voyage aux Etats-Unis. Ses écrits combinent l’analyse empirique des maux sociaux et la réflexion philanthropique (notamment Une vue d’ensemble de la question sociale, Paris, 1896).

Guillaume-Léonce Duprat, un Français, lui succéda en 1922. Auteur fécond (Les causes sociales de la folie, Paris, 1900 ; Le mensonge, Paris, 1910 ; Le lien familial : causes sociales de son relâchement, Paris, 1924, etc.) et conférencier brillant, il a joué un rôle très actif au sein de l’Institut international de sociologie. Celui-ci tint deux importants congrès à Genève, en 1930 et 1934, au temps de la SDN. Sorokin, von Wiese, Znaniecki, en particulier, y participèrent.

Après le départ de G.-L. Duprat, Jean Piaget fut invité à enseigner la sociologie (dès 1940), tandis qu’Anthony Babel, titulaire de la chaire d’histoire économique, se chargea en outre de l’économie sociale. Jean Piaget poursuivit cet enseignement de la sociologie jusqu’en 1952. A cette date, ses tâches s’étant trop alourdies par ailleurs, il dut y renoncer.

Les douze années au cours desquelles Jean Piaget enseigna la sociologie à notre Faculté sont à marquer d’une pierre blanche. Ceux qui ont eu le privilège de suivre ses cours l’ont entendu développer les théories dont l’essentiel se re¬trouve dans les textes qui font de lui l’un des classiques de la sociologie du XXème siècle. Citons en particulier : Etudes sociologiques (1965, Droz, Genève, édition augmentée en 1977) et Epistémologie des sciences de l’homme (1970, Gallimard, collection Idées, Paris).

En 1952, avec l’appui de Jean Piaget et grâce au rôle décisif joué par le Professeur Roger Girod, un centre de recherches sociologiques indépendant fut créé (officialisé en 1958). Il servit de banc d’essai à la mise au point des principes inspirant encore l’actuel Département. Celui-ci se caractérise par l’importance accordée à la recherche, ainsi que par la diversité voulue des orientations philosophiques et méthodologiques de ses membres.

Un nouveau pas fut franchi, en 1969, avec la transformation de la chaire de sociologie en Département. Le Professeur R. Girod en fut le premier directeur. Très actif, il compléta l’équipe de professeurs et sut attirer d’autres collaborateurs de valeur. Parmi ces derniers, il faut nommer Raymond Boudon, professeur à la Sorbonne et membre de l’Institut qui, de 1970 à 1997, a assuré des cours de méthodologie particulièrement appréciés.

On trouvera, sur ce site, la liste des enseignants-chercheurs actuels. Cette équipe diversifiée et active a produit et produit encore un grand nombre d’ouvrages et d’articles de revues scientifiques qui, pour l’essentiel, ressortissent à l’étude  des stratifications et inégalités sociales, de la famille et des processus éducatifs, des cycles de vie, des mouvements sociaux, du langage et des formes discursives, de la politique sociale et des valeurs contemporaines.

Parallèlement au développement de la sociologie, la politique sociale a pris la suite de l’économie sociale. La modernisation de l’enseignement de cette branche s’est amorcée grâce à des expériences remontant à 1970. Il est intégré au programme de licence. En outre, un certificat de type nouveau, relevant de la formation permanente en politique sociale, a été instauré en 1974.

Dès octobre 1993, le Département de sociologie a offert aux licenciés en sociologie la possibilité de préparer, en un an, un diplôme d’études supérieures en sociologie. A partir de l’année académique 1998/1999, ce diplôme d’études supérieures, devenu Diplôme d’Etudes Approfondies (DEA), est venu se fondre dans un diplôme interuniversitaire qui regroupe l’ensemble des universités romandes.

L'année universitaire 2005-2006 a été caractérisée par un changement important sur l'ensemble de notre Université: l'introduction du système dit de "Bologne". Pour l'occasion, le Département de sociologie a ainsi adapté et enrichi l'offre de son cursus en termes de cours et de programmes d'étude. Ainsi, dès l'automne 2005, les étudiants débutant leurs études ont pu choisir le Baccalauréat universitaire en Sociologie en lieu et place de la Licence. Pour les étudiants en déjà en cours d'étude, le Département a mis sur pied, conformément aux normes facultaires, un système flexible leur laissant la possibilité de choisir si continuer et finir dans le système de Licence ou changer à celui de Baccalauréat.

De même, suite à la réforme de "Bologne", la rentrée 2006-2007 est marquée par l'introduction d'une Maîtrise universitaire disciplinaire en Sociologie de grande qualité autant au niveau pédagogique que par son contenu. La Maîtrise, qui prend la place du Diplôme romand d’études approfondies en sociologie (DEA), est orientée au développement des savoir-faire méthodologiques quantitatifs et qualitatifs nécessaires à la recherche scientifique actuelle.