Objectifs

Durant des décennies, la science a été considérée comme une pourvoyeuse de connaissances, d’inventions, de hautes technologies, de développement économique et d’emplois. De nombreux secteurs d’activité lui en sont redevables. Toutes les études montrent que la recherche et l’innovation scientifiques vont jouer un rôle-clé dans le maintien de la position stratégique des pays développés tels que la Suisse. La compétitivité de notre économie est et sera largement le fruit des investissements continus en recherche fondamentale et appliquée. Fort de ses Hautes Ecoles, notre pays génère une production scientifique dont l’impact est le plus élevé au monde. Cette situation enviable peut cependant changer sur une échelle de temps courte au vu des investissements très importants consentis dans de nombreux pays tels que l’Allemagne, les Etats-Unis, le Japon, l’Inde, la Chine ou encore Singapour.

Les Universités suisses, qui ont développé une formation de haut niveau et se sont concentrées principalement sur la recherche fondamentale, doivent aujourd’hui répondre aux évolutions de notre société et renforcer leurs liens avec l’industrie. C’est un enjeu essentiel. On discerne cependant mal les limites de cette intégration. Comment la science peut-elle contribuer à la croissance économique à long terme ? Quelles formations nouvelles donner aux jeunes scientifiques ? Sur quelles bases les collaborations entre les entreprises et les Hautes-Ecoles doivent-elles s’élaborer ? Faut-il préserver et défendre la recherche de base ?

Cette dernière question est fondamentale. L’expérience a montré que la rentabilité à court terme, l’organisation de la recherche par le marché et l’institution de droits de propriété intellectuelle n’assurent pas une solide recherche de base, seule garante d’innovation à long terme. La cryptographie quantique de l’information développée par le Professeur Gisin n’aurait pas vu le jour sans un patient cheminement de recherches fondamentales inspirées des principes de la mécanique quantique développés au début du XXème siècle. De même, l’invention de l’ampoule électrique n’aurait pas été possible si l’on avait incité les scientifiques à développer la bougie !

Un nouveau dialogue science et économie s’est instauré. Il pose de nombreuses questions. On peut, par exemple, s’interroger sur la manière de transférer au mieux les connaissances développées dans le milieu académique vers le monde économique. On peut également se demander si les scientifiques sont les mieux habilités à développer les résultats de leurs recherches au niveau économique. Enfin, une diminution du financement de leurs travaux par l’Etat pourrait engendrer des pressions économiques et des choix stratégiques peu compatibles avec un travail qui doit rester indépendant et se développer sur le long terme.

Les décisions politiques sont importantes dans ce domaine. Elles peuvent contribuer à fragiliser ou à renforcer l’enseignement des sciences, la relève scientifique et la recherche qui assureront demain le développement des domaines de l’économie, de la santé, de l’innovation technologique dans notre pays et dans le monde. Le politique ne peut pas s’en remettre au marché. Dès lors, une alliance entre la science, l’économie et le politique est indispensable. Il convient d’en fixer les termes. Il y a urgence face à ces enjeux.

Ces questions doivent être étudiées en commun, c’est la vocation de notre deuxième Conférence.

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