Réveil du mont Chaitén, un volcan oublié
Réveil du mont Chaitén, un volcan oublié
Durant la nuit du 30 avril 2008, dans une zone volcanique éloignée, située dans la partie sud des Andes, à environ 1000 km de Santiago, Chili, de fortes secousses ont ébranlé la région, événements précurseurs que quelque chose était en train de se produire! Des milliers de personnes ont ressenti un nombre croissant de tremblements de terre, puissants, qui ne voulaient plus cesser! 3 jours plus tard, le 2 mai 2008, le mont Chaitén, au sud du Chili, se réveillait après une période de repos de plus de 9000 ans! Ce réveil s’est caractérisé par une série d’éruptions explosives qui a causé l’évacuation spontanée des 4’700 habitants de la ville de Chaitén, située à environ 10 kilomètres, au sud du volcan. Cette ville est la porte d’entrée du tourisme chilien pour la Patagonie et un centre de production industrielle de saumons. Les autorités chiliennes ont également évacué des habitants situés à 50 km du volcan.
Pendant environ une semaine, le mont Chaitén a expédié plusieurs panaches volcaniques dans l’atmosphère, jusqu’à 20 km en-dessus du niveau de la mer et a dispersé des cendres volcaniques qui ont atteint la côte atlantique de l’Argentine, à quelques 600 km à l’est du volcan, perturbant certaines activités humaines, contaminant les ressources en eau et affectant sérieusement l’agriculture et l’aviation. Le 13 mai, une première coulée boueuse (i.e. lahar) et s’écoulant rapidement atteignait la ville de Chaitén, détruisant tout sur son passage avant de finir dans l’océan. Après ces premières semaines du mois de mai, l’activité du mont Chaitén est caractérisée par des explosions et des effondrements de dôme de faible magnitude et intensité, cependant la vie autour du mon Chaitén est toujours largement perturbée par la dispersion et l’accumulation de cendres volcaniques (une mise à jour régulière est fournie par le «Global Volcanism Program of the Smithsonian Institution»). L’éruption du mont Chaitén est caractérisée par un magma très particulier (de composition rhyolitique) qui ne se retrouve pas très souvent dans des activités éruptives (la dernière éruption rhyolitique, avant celle du mont Chaitén, a été produite par le volcan Novarupta en Alaska). Par conséquent, cette éruption exige des études détaillées, non seulement pour l’identification des aléas volcaniques potentiels de la région, mais également pour une meilleure compréhension de la dynamique éruptive liée à ce type de magma.
En janvier 2009, une équipe de scientifiques en provenance du groupe de volcanologie physique de l’Université de Genève, de l’Université de Floride du sud (USA) et de l’Université d’Oxford (GB) s’est rendue au sud du Chili afin de caractériser plus précisément le dépôt de tephra généré par l’éruption du mont Chaitén et d’évaluer les aléas potentiels liés à l’activité en cours. Ce séjour a permis l’identification de couches de tephra individuelles associées avec l’éruption de mai 2008 qui peuvent être corrélées avec les images satellitaires correspondantes. Le volume des événements les plus importants a également été obtenu ainsi que d’autres paramètres cruciaux comme la granulométrie, la hauteur des panaches, le taux de matière rejetée, la durée. Tous ces paramètres sont nécessaires pour l’évaluation des aléas. De fait, un modèle numérique développé pour l’évaluation de la dispersion des tephra peut être utilisé, en prenant également en compte les conditions de vent, pour établir une évaluation probabiliste des accumulations potentiellement dangereuses de tephra autour du volcan (voir le modèle TEPHRA). Les évaluations probabilistes d’aléas sont une information cruciale pour la planification du territoire. En outre, si elles sont associées aux différents aspects de la vulnérabilité du territoire, cela permet d’obtenir des évaluations détaillées du risque volcanique. Le groupe de volcanologie physique/risques géologiques du département de minéralogie (section des sciences de la Terre et de l’environnement), est largement impliqué dans l’analyse et l’identification de nouvelles stratégies de réduction des risques par le biais:
- d’un programme de formation internationale d’analyse et de gestion des risques géologiques (CERG).
- d’un programme européen de recherche pour le développement d’un nouveau cadre méthodologique pour l’évaluation intégrée et multi-échelle de la vulnérabilité (ENSURE).
- d'un projet commun CERG-UNOSAT pour le développement d’une nouvelle méthodologie d’évaluation rapide des risques dans les zones volcaniques actives.
C. Bonadonna














