"Représentation et non-représentation"
Colloque des doctorant-e-s CUSO, les 17 et 18 octobre 2012, Bossey (VD).
Programme
(139 Ko,
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Comité scientifique: Jean-Baptiste Bing, Marion Ernwein, Valérie Kohler, Muriel Monnard (doctorants du Dpt de Géographie et environnement, UNIGE)
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Rappel du questionnement | |
| Depuis le tournant culturel des années 1970 (monde anglophone) et 1980 (monde francophone), les approches représentationnelles occupent une place de choix pour comprendre les faits culturels, mais aussi plus largement pour rendre compte de la dimension socio-spatiale à travers le langage, les pratiques et les comportements. Or, à la fin des années 1990, une brèche apparaît dans le monde anglophone: comment rendre compte de tout ce qui survient avant qu’il n’y ait eu la mise en place d’un processus discursif, réflexif et interprétatif du monde?
Les NRT (Non-Representational Théories) apparaissent encore floues dans leurs fondements et au niveau de leurs statuts épistémologiques. Se pose d’abord la question du lien qui unit les deux approches, étant donné que l’une succède à l’autre: les NRT complètent-elles ou contredisent-elles les approches représentationnelles? | ||
| Ensuite, la terminologie pose un problème d’un point de vue heuristique: le non-représentationnel est-il vraiment au fondement d’une (voire de plusieurs) théorie(s) aux méthodes spécifiques? Cela rejoint une autre interrogation, qui ressurgit à chaque apparition d’une théorie : a-t-on à faire à une mode éphémère qui se révèlerait au final peu efficace, ou assiste-t-on à un véritable changement conceptuel (voire paradigmatique) porteur d’un renouvellement profond de la manière de faire de la géographie? Enfin, les types de travaux réunis derrière le « parapluie » des NRT sont effectivement aussi nombreux qu’il y a d’influences sur les modèles (Actor Network Theory, performativité ou encore phénoménologie): cette variété pose alors la question de la cohérence et de l’unité des NRT dans leur ensemble, des questionnements soulevés par Valérie KOHLER lors de l’ouverture du colloque. | ||
| Déroulement | ||
| Ces deux journées de colloque ont été organisées autour de quatre types d’échanges: deux conférences inaugurales données par des professeurs invités, trois sessions thématiques avec des présentations de doctorant-e-s, un atelier-performance pour tou-te-s les participant-e-s et une table-ronde finale. | ||
| Jour 1 Gunnar OLSSON, professeur émérite (Université d’Uppsala), a inauguré la première journée en nous invitant à penser la dimension performative de la représentation, à travers l’exemple de la carte, à la fois image et histoire, indicative et impérative, ainsi que la dimension toujours située de la vision et de la connaissance. Postuler que le savoir est un exercice de traduction, tel que le fait Gunnar Olsson, pose un certain nombre de problèmes épistémologiques aux chercheur-e-s. Jean-Baptiste BING et Iulian BARBA LATA ont développé ce point dans la session 1: «representational and non-representational approaches to epistemology». Le jeudi après-midi a ouvert la voie aux NRT, dans la méthodologie. Lors de la session 2: «representational and non-representational approaches to methodology», Marion ERNWEIN et Raphaël PIERONI ont présenté deux partis-pris méthodologiques pouvant être rattachés aux NRT pour la prise en compte du processuel, de la créativité, de l’affect et du corps, sans jamais évacuer le rôle des représentations. La question du lien entre les représentations et ce qui survient sous la forme du préconscient ou au-delà de la mise en mots, a été expérimentée par tou-te-s les participant-e-s lors de l’atelier-performance mis en place par Geneviève LADRET, professeur d’arts visuels (Université Claude Bernard, Lyon 1). Par groupes de cinq personnes, les participant-e-s ont questionné le sens du paysage lors d’un parcours sensoriel, rythmé par la récolte de traces graphiques (des mots, des empreintes végétales, des tâches de couleurs), dans les alentours du château de Bossey. Dans un deuxième temps, ces traces ont été réunies pour produire des « cartes » visuelles, lesquelles ont été narrées groupe par groupe à l’ensemble des participant-e-s. (voir photos) |
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| Jour 2 La deuxième journée a été inaugurée par Hayden LORIMER, senior lecturer (Université de Glasgow). Après avoir proposé une interprétation des NRT en huit points, il a présenté un travail inspiré par celles-ci, à la fois dans la forme - une biographie géographique et créative de William Arthur Poucher, photographe de montagne et parfumeur - que dans le thème - en questionnant l’expérience du parfum comme moment non-représentationnel. La session 3 «the notion of actor in representational and non-representational approaches» s’est intéressée au rôle des acteurs, les NRT semblant donner une plus grande part à la dimension actantielle des individus. Le contexte d’émergence de l’enfant comme nouvel acteur social a été présenté par Muriel MONNARD, tandis que Geraldine PELLE s’est intéressée à la construction de l’individu à travers la question de l’agencement, au moment de la performance. Face à l’invitation des NRT à encourager la créativité dans les méthodes comme dans l’écriture, la table ronde finale a questionné la légitimité des formes scientifiques de la reddition d’un projet de recherche en géographie. Ce débat pose notamment la question des limites de la discipline de la géographie. | ||
| Bilan | ||
| Ce colloque aura donc permis de questionner les théories dites représentationnelles et non-représentationnelles, dans leurs relations, leurs héritages mutuels et leurs ruptures. Le «non» de «non-representational theories» risque d’induire en erreur le lecteur non informé. Il s’agit en effet moins de refuser de passer par les représentations pour étudier le social, que de penser ce qui peut exister de pré-représentationnel ou de préconscient d’une part, et de plus-que-représentationnel d’autre part. Ce faisant, les pratiques et les acteurs se retrouvent au centre de l’analyse, sans pour autant que l’impasse soit faite sur les représentations. Les acteurs bénéficient d’une définition élargie, «plus-qu’adulte» ou «plus-qu’humaine» par exemple, et les pratiques sont pensées dans leur dimension corporelle et performative.
Par ailleurs, dépasser le représentationnel c’est aussi vouloir une géographie plus vivante, dans l’idée d’un monde multiple et toujours en train de se faire, où la spontanéité, l’intuition et la créativité ne sont plus négligées. Enfin, c’est aussi reconnaître la dimension émotionnelle et affective de l’humain comme constitutive de l’expérience humaine individuelle et collective. Cet ensemble de présupposés a des incidences épistémologiques et méthodologiques, mais influe aussi sur l’écriture même de la science et les modes d’expression scientifiques. Penser un monde émotionnel et en mouvement doit-il nous encourager à adopter d’autres modes d’écriture? L’écriture scientifique peut-elle, sous certains aspects, se rapprocher de l’écriture littéraire ou d’autres formes d’expression? Quelle valeur scientifique attribuer à ces nouveaux types de reddition? L’écriture comme performance mérite d’être repensée, comme un des modes possibles de la représentation de la recherche, dont l’écriture scientifique n’est qu’une modalité d’expression parmi d’autres. | ||









