Pôle de recherche national "LIVES"

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Aux sources de la vulnérabilité

Le Pôle de recherche national (PRN), «LIVES» a pour objectif de cerner les mécanismes qui font que certains individus s'accommodent mieux que d'autres à l'évolution de la société. Avec, en ligne de mire, la volonté de contribuer à une refonte des politiques sociales.

Comment les individus font-ils face à un monde qui change? Synonyme d'allongement de la durée de vie et d'augmentation du confort matériel, le développement des sociétés post-industrielles est également source de nouvelles menaces entravant l'épanouissement de nombreuses personnes. Confrontés aux altérations des repères familiaux, religieux ou identitaires, fragilisés par les mutations qui caractérisent l'activité économique sur une planète mondialisée, nombreux sont ceux qui se sentent ou qui se trouvent réellement en situation de vulnérabilité. Ainsi, selon le Secrétariat d'Etat à l'économie, le stress affecterait actuellement 82% de la population suisse, dont 12% de façon sévère. Ceci pour un coût évalué à 8 milliards de francs, soit 2.3 % du PIB. Le PRN «Surmonter la vulnérabilité: études des trajectoires biographiques» (LIVES) vise précisément à comprendre pourquoi et comment certains parviennent à s'en tirer mieux que d'autres. Destiné à contribuer au renouvellement des politiques sociales en Suisse, le projet dirigé par Dario Spini et Michel Oris se distingue par une démarche novatrice qui consiste à considérer et à analyser l'intégralité du parcours de vie d'un individu en le replaçant dans son contexte social, historique et institutionnel.

Concentrés soit sur des observations à court terme, soit sur des domaines partiels de l'existence (travail et famille, santé) ou des phases déterminées de l'existence, les différents travaux menés jusqu'ici sur ce type de problématique n'apportent en effet qu'une connaissance partielle des processus qui rendent certains individus plus vulnérables que d'autres. Ainsi, on comprend encore mal pourquoi des personnes aisées ou possédant un bon capital santé peuvent se retrouver fragilisées, tandis que des individus issus de milieux plus modestes ou exerçant des métiers mettant leur santé à rude épreuve, parviennent à tirer leur épingle du jeu.

«Toute la difficulté de l'exercice réside dans le fait que pour comprendre où et comment se creusent les écarts, il faut dépasser les grilles de lecture traditionnelles et replacer les trajectoires individuelles dans un contexte global. Pour ne citer qu'un exemple, le fait de subir un chef tyrannique au travail peut très bien conduire au divorce, même si en apparence rien ne lie les deux. Afin de saisir ce type d'interactions, il est indispensable que toutes les équipes qui réalisent un suivi sur une population particulière posent également des questions qui vont servir à d'autres membres du PRN. Cela implique un important travail de coordination, mais c'est un aspect qui a beaucoup séduit les experts internationaux chargés d'évaluer le projet pour la Confédération.»

Cette partie du travail ne devrait pas poser de problèmes insurmontables aux chercheurs du PRN qui, pour la plupart, collaborent régulièrement depuis une dizaine d'années dans le cadre du Centre Pavie. Cet espace interdisciplinaire dédié à l'étude des parcours et des modes de vie humains a été créé en 2001, à l'issue du premier appel d'offre pour les pôles de recherche nationaux. Concrètement, la première tâche qui attend les chercheurs du PRN est de définir avec précision la notion de vulnérabilité. Cette dernière peut en effet être objective pour des personnes qui manquent de ressources, qui ont des difficultés de santé ou qui cumulent les désavantages. Mais elle peut également être latente. «Une femme qui ne travaille pas pour élever ses enfants ne prend guère de risque si elle reste en couple, explique Michel Oris. C'est un choix qui est peut-être discutable, mais qui ne la rend pas forcément vulnérable. En revanche, en cas de divorce, si elle souhaite retrouver du travail, elle se trouvera avec un handicap sur le marché du travail dans la mesure où ses connaissances ne sont plus à jour, son "employabilité" s'est réduite. Avant de pouvoir aller plus loin, il nous faudra identifier ce type de situation de façon aussi complète que possible.»

Les équipes du PRN s'attacheront par ailleurs à comprendre comment s'échafaudent les représentations sociales des vulnérabilités. Un nombre croissant d'individus est en effet persuadé de vivre dans une société de plus en plus incertaine et de plus en plus oppressante. Mais jusqu'à quel point est-ce vrai? «Certaines analyses effectuées sur le Panel suisse des ménages montrent qu'il n'est pas évident que les trajectoires biographiques familiales des personnes questionnées soient plus tourmentées que par le passé.

Le domaine du PRN reste la recherche fondamentale. Mais deux groupes s'attacheront à une réflexion sur la refonte des politiques sociales. Il n'est pas question de proposer des recettes miracles applicables du jour au lendemain, mais plutôt de dessiner des pistes.

Equipes genevoises participantes:

  • Claudio Bolzman, chargé d'enseignement au Département de sociologie, Faculté des sciences économiques et sociales et professeur à la Haute école de travail social, From youth to adulthood: second generation immigrants' insertion in the Swiss society
  • Claudine Burton-Jeangros, professeure au Département de sociologie, Faculté des sciences économiques et sociales, Health trajectories and life transitions. A life-course approach to health vulnerability
  • Jean-Marc Falter, MER suppléant au Département d'économie politique, Faculté des sciences économiques et sociales, The making of educational inequalities: towards pathways out of vulnerability
  • Nicolas Favez, professeur associé à la Section de psychologie, Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation, Women facing cancer: the impact of the couple relationship as the primary source of social support
  • Michel Oris, professeur, Faculté des sciences économiques et sociales, et directeur du Centre interfacultaire de gérontologie, Behind the democratization of old age: inequalities within progress
  • Gilbert Ritschard, professeur au Département d'économétrie, Faculté des sciences économiques et sociales, Measuring life sequences and the disorder of lives
  • Eric Widmer, professeur au Département de sociologie, Faculté des sciences économiques et sociales, Critical events and family configurations

Autres participants genevois: Claudine Sauvain, Cornelia Hummel, Catherine Ludwig, Stefano Cavalli, Giovanni Ferro-Luzzi, Yves Fluckiger, Doris Hanappi, Paolo Ghisletta, Reto Schumacher, Alexis Gabadinho, Sandro Cattacin, Christophe Luthy, François Herrmann, Christine Cedraschi, Alessandra Canuto, Kerstin Weber, Delphine Courvoisier, Stéphane Cullati, etc.

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