À la suite
de l'abdication de Dioclétien et Maximien de la tête de la
tétrarchie [mai 305], leurs Césars (Constance Chlore et Galère
) devinrent Augustes, et Sévère et Maximin Daïa accédèrent
à la dignité de Césars. À la mort de Constance
Chlore en juillet 306, Sévère devint Auguste et Constantin,
le fils de Constance Chlore, obtint le titre de César en Occident.
Dans ces circonstances, Constantin s'appropria, en plus de la Bretagne
qui lui revenait de droit, la Gaule et ensuite l'Espagne et l'Afrique;
et Maxence et ensuite son père Maximien obtinrent le titre de principes
à Rome.
Avec l’édit de Galère,
le christianisme se voyait reconnaître un droit de cité parmi
la multitudes des religions de l’Empire. Le polythéisme, après
tout, n’exclut pas de nouvelles divinités. Quelques jours après
avoir signé son édit, Galère meurt. L’homme fort de
l’Orient, Maximin Daïa (un neveu de Galère lui-même),
va tenter de réorganiser le culte païen en lançant une
campagne de diffamation contre les chrétiens. À nouveau,
des chrétiens sont chassés des villes, arrêtés,
parfois exécutés. Survenant brusquement, une victoire militaire,
près de Rome, va retourner complètement la situation en faveur
des chrétiens : c’est la victoire du 28 octobre 312 de Constantin,
empereur d’Occident, sur son rival Maxence.
Constantin [(306)312-335]
a longtemps représenté pour les chrétiens une
figure mythique de l'histoire du christianisme.
Eusèbe
de Césarée le présente
comme l'instrument de Dieu par lequel le Royaume de Dieu s'établit
sur terre. Depuis Eusèbe, toute l'historiographie
traditionnelle, du 4e au 19e siècle, identifie
Constantin au personnage clé de la christianisation de l'Empire
romain. Aujourd'hui, les historiens tendent à réduire le
rôle joué par Constantin et à repérer dans l'adhésion
au christianisme, au cours du temps, de couches toujours plus larges parmi
les élites dirigeantes le vrai facteur déclenchant de la
christianisation de l'Empire.
Selon les sources chrétiennes
anciennes, Constantin serait devenu le protecteur du christianisme à
partir de la rencontre avec le Dieu chrétien qu'il aurait faite
en 312 avant sa bataille contre Maxence (Constantin et Licinius s'étaient
en fait alliés pour écarter chacun l'un de leurs deux concurrents,
respectivement Maxence et Maximin Daïa), au pont Milvius. Selon le
récit de Lactance -Dieu lui aurait ordonné
dans un songe de dessiner sur les boucliers des soldats unchi[x]
traversé par un ro[r],
le chrisme constantinien. Selon un des récits fourni par Eusèbe
sur
l'épisode -une croix lumineuse accompagnée d'une inscription
(Tou/tw| nika~|v hoc
signo victor eris «par ce signe tu vaincras») lui
serait apparue dans une vision en plein jour.
En février 313, lors
d'une réunion à Milan, dit conférence de Milan -dont
le contenu est connu par la conservation de deux rescrits l'un par Lactance
et l'autre par Eusèbe- , Constantin et
Licinius se partageaient l'Empire, Occident dont Constantin était
déjà le seul maître de l'Occident et Licinius allait
défaire son rival, Maximin Daïa, et s'emparer de l'Orient [le
30 avril 313]. Au cours du même colloque, Constantin et Licinius,
soucieux de parvenir à l'unité et à la paix civiles,
affirmèrent le droit à la liberté religieuse, démontrant
par là d'une part leur bienveillance envers les chrétiens
(concrétisée dans la restitutio in integrum «restitution
intégrale» des biens ecclésiastiques), et, d'autre
part, officialisant et exploitant à leur faveur par le même
acte le rôle de poids désormais joué par l'Église
au sein de l'Empire.
L’une des plus grandes questions
historiographiques relatives à ce tournant est celle de la conviction
intime de Constantin. A-t-il agi par réelle conviction chrétienne
ou plutôt par opportunisme politique, sentant que le vent était
en train de tourner en faveur du christianisme ? Si un auteur comme Eusèbe
se fait le véritable thuriféraire de l’empereur chrétien
et met en avant sa législation chrétienne (vous trouverez
ici
un extrait de son Panégyrique de Constantin et un extrait de sa
Vie de Constantin), on peut se montrer plus critique : l’empereur semble
peu intéressé de s’informer réellement sur le christianisme
(il ne comprend de toute évidence pas grand-chose aux débats
qui vont bientôt faire rage sur la Trinité) ; il vénère
certes un Dieu unique, mais continue à l’appeler le Sol invictus;
il n’envisage pas de renoncer au titre de pontifex maximus que portaient
les empereurs en tant que garants de la religion romaine traditionnelle;
en outre, selon une pratique assez courante mais que les théologiens
dénonceront vigoureusement, il attendra d’être à la
veille de sa mort pour demander le baptême chrétien.
Quoi qu’il en soit de la
conviction personnelle de Constantin, il serait de faux de limiter la victoire
du christianisme à la conversion d’un empereur. En prenant du recul,
on perçoit le christianisme comme une lame de fond, qui avait déjà
gagné de larges parts de la population (en particulier dans les
villes et au sein des classes les plus importantes de la société).
L’Église, bien organisée, dispose de réseaux efficaces
et de sympathisants, souvent impressionnés par le fait que les victimes
de brimades et de persécutions ne sont pas animées de sentiment
de vengeance à l’endroit de leurs bourreaux de naguère.
Constantin a fort bien pu
se rendre compte que le christianisme avait déjà vaincu dans
les faits, ou qu’il allait le faire de façon imminente. Il est difficile
à l’historien d’en dire beaucoup plus…
À partir de 324, Constantin
est seul empereur, après s'être débarrassé de
Licinius à Chrysopolis: il fonde une nouvelle capitale, Constantinople,
sur les fondations de l'ancienne Byzance [330, date de la dédicace].
Constantin impose et complète la législation religieuse élaborée
au cours des années précédentes, faisant du christianisme
la religion officielle de l'Empire, et
introduisant dans le langage juridique les termes ecclesia pour
désigner les chrétiens -auparavant appelés corpus
christianorum, le « corps des chrétiens»- et le
mot clericus «clerc» pour qualifier une classe particulière
de chrétiens. Dès 321, le dies Solis «jour du
soleil» -appelé par les chrétiens
dies domenicus
«jour du Seigneur»- est proclamé jour festif. Constantin
manifeste aussi sa prodigalité envers l'Église en faisant
construire des édifices religieux aux lieux saints de Palestine,
comme le Martyrium, basilique érigée là où
traditionnellement on situait le tombeau du Christ.
Le pouvoir impérial
accepte ainsi le christianisme comme ferment possible de l'Empire. Comme
le but poursuivi par les empereurs est l'unité et la stabilité
de l'État et comme le christianisme est divisé, Constantin
et ses successeurs vont s'efforcer de protéger l'Église contre
ses propres dissensions. Au 4e siècle, deux controverses
majeures partagent l'Église, le donatisme et l'arianisme (cf. leçon
4).
Vita Constantini.
LACTANCE, De la mort des persécuteurs
(SC 39,1-2) 44,5.
EUSÈBE DE CÉSARÉE,
Vita
Constantini (PG 20) ,28; tandis que le récit d'Histoire ecclésiastique.
3. Livres VIII-X (SC 55) IX,9,5-11 mentionne l'intervention divine, mais
non la vision.
De la mort des persécuteurs
(SC 39,1-2) 48,2-12.
Histoire ecclésiastique.
3. Livres VIII-X (SC 55) X,5,1-13.
Naissance d'une chrétienté
(250-430), 1995, pp. 209s, 212-215.