| Histoire du christianisme | |
| Hildegarde de Bingen, Lettre aux prélats de Mayence (précédée d'une présentation d'Hildegarde par Pierre Monat) |
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G. EPINEY-BURGARD et E. ZUM BRUNN éd.,
Femmes Troubadours de Dieu, Turnhout, Brepols, 1988, pp. 49-53.
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[Présentation de la
vie et de l'oeuvre d'Hildegarde par Pierre MONAT, en introduction à
son édition du Scivias «Sache les voies» ou «Livre
des visions», prés. et trad. de Pierre Monat, Paris, Cerf,
1996, pp. 1-5.]
Hildegarde de Bingen était pratiquement inconnue en France lorsque B. Gorceix publia, en 1982, sa traduction d'une grande partie du Livre des mérites de la vie. Ce fut pour beaucoup une révélation, car le public cultivé de langue française ne disposait alors, pour la connaître, que de deux biographies assez pâles et parfois naïves, de la traduction d'une partie du Scivias, mais le plus souvent ignorait jusqu'à son nom. Justice commence à être rendue
à cette grande bénédictine. Certes, le mouvement n'atteint
pas, en France, l'importance de celui qui a soulevé le monde anglo-saxon:
l'International Society of Hildegard von Bingen Studies, fondée
en 1985 à Muncie (Indiana), par le professeur B. W. Hozoski, compte
maintenant près de cent vingt membres universitaires... dont trois
Français. Cependant, une tendance s'est amorcée: on verra
dans notre bibliographie que des études encourageantes ont paru.
Il y a même parfois débordement: il semble bien que cette
oeuvre soit ici ou là mal comprise, ou exploitée à
des fins plus ou moins commerciales. Une grande synthèse, en langue
française, sur Hildegarde, semble aujourd'hui nécessaire,
mais peut-être le terrain n'est-il pas encore assez sûr. C'est
pour aider à la préparer que nous publions cette traduction,
espérant répondre en partie au voeu de B. Gorceix qui souhaitait,
en achevant sa présentation du Livre des mérites de la
vie, que les Français pussent bientôt lire dans leur propre
langue l’oeuvre complète de Hildegarde.
Hildegarde de Bingen est née à Bermesheim, en Rhénanie, en 1098, dixième enfant d'une noble famille de propriétaires terriens. Quand elle atteint huit ans, ses parents l'offrent à Dieu comme une dîme et la confient à Jutta von Spannheim, une recluse qui habitait un ermitage rattaché au monastère masculin de Disibodenberg. Grâce à cette pratique, assez courante à cette époque, les petites filles recevaient une éducation fondée sur la Règle de saint Benoît, s'initiaient à l'Écriture et à la liturgie. Adolescente, entre 1112 et 1115, elle prononce des voeux selon la règle bénédictine. De santé chancelante, souvent malade, elle mène une vie de religieuse en apparence tout à fait ordinaire. Visitée déjà par de nombreuses visions, elle n'en parle qu'à Jutta. Celle-ci ne partagera le lourd secret qu'avec Volmar, moine de Disibodenberg, qui sera plus tard le secrétaire, et comme on dit aujourd'hui, le rewriter de Hildegarde. En 1136, elle est élue «maîtresse»
de sa communauté, et le restera jusqu'à sa mort, en 1179.
Commence alors pour elle une vie à
la fois plus active et plus marquée par les épreuves.
En 1141, elle a reçu «d'en
haut» ce qu'elle considère comme un ordre divin d'écrire
ses visions. N'ayant pas obéi, elle tombe malade et considère
son épreuve comme une punition. Elle commence alors à rédiger,
avec l'aide du moine Volmar, le Scivias. Mais les doutes ne la quittent
jamais totalement. Elle sollicite alors, et obtient, les encouragements
de Bernard de Clairvaux et ceux du pape Eugène III, qui lui donnent
la force de continuer à transcrire ses visions et les méditations
qui les accompagnent. Ces «confirmations» d'origines diverses
lui ont donné également le courage de mener une vie plus
inspirée par le contenu des visions, c'est-à-dire, un peu
paradoxalement, plus tournée vers l'extérieur. Elle entretient
une large correspondance avec le pape, l'empereur, divers cardinaux et
évêques, ainsi qu'avec des princes d'Europe. Elle fonde un
nouveau couvent pour sa communauté, au Rupertsberg, où elle
s'installe en 1150, puis un autre encore à Eibingen, qu'elle visite
régulièrement jusqu'à sa mort. Elle effectue en Allemagne
des «voyages apostoliques» qui la conduisent dans des monastères,
des assemblées du clergé, et parfois même l'amènent
à prêcher en public, apportant son aide à ceux qui
tentent, de l'intérieur, une réforme de l'Église.
Elle intervient avec vigueur dans les débats religieux et politiques
qui déchirent son époque: comme l'écrit B. Gorceix,
«elle est à l'empire allemand ce qu'est Bernard à la
France». Et tout cela est accompli par une religieuse valétudinaire,
entre sa cinquante-deuxième et sa quatre-vingt-unième année!
Telle est la trame visible de cette destinée.
La chaîne en est beaucoup plus riche encore: c'est celle du cheminement
de cette visionnaire dans la foi. Nous ne nous arrêterons pas aux
scènes de son enfance pieusement rapportées par ses biographes,
comme celle au cours de laquelle, à cinq ans, elle décrit
avec exactitude les détails du pelage d'un veau qui n'est pas encore
né et dont elle ne voit que la mère... Mais, dans quelques
textes autobiographiques, et dans ses lettres à saint Bernard et
à Guibert de Gembloux, elle évoque des visions secrètes,
dont elle précise bien qu'elles ne doivent pas être confondues
avec des songes, et qu'elles n'ont jamais eu lieu au cours de «défaillances»
extatiques. On ne saurait même la soupçonner de s'être
complu dans des visions qu'elle cacha longtemps et qui furent souvent pour
elle cause de craintes, voire de souffrances, lorsqu'elle éprouvait
l'impression d'un dédoublement de son être ou lorsque, la
vision terminée, elle se heurtait à l'incompréhension
de son entourage. Voici en quels termes l'inspirateur qui parle par sa
bouche évoque ces peines, à la fin du Livre des oeuvres
divines: «Cette vision a si bien pénétré
les veines de cet être humain qu'elle a suscité en lui une
grande fatigue qui tantôt allège, tantôt rend plus pénible
l'épuisement dû à sa maladie.»
Épreuves donc, que ces visions. Mais
aussi et surtout occasion pour Hildegarde d'un dépassement permanent
d'elle-même. Arrachée à la quiétude d'un couvent
traditionnel, elle part, intellectuellement et physiquement, à la
recherche d'une vie plus évangélique. Se heurtant à
l'inertie des institutions, à la mauvaise volonté de bien
des responsables, alors qu'elle aurait besoin de leur approbation pour
être certaine du caractère authentique de sa mission, elle
mène parfois un véritable combat, qui lui coûte et
qui la déchire: si bien qu'on la comparerait plus justement à
un prophète vétérotestamentaire qu'à une voyante.
Ses écrits, ses fondations, ses voyages et sa prédication
répondent à cette exigence divine, d'abord venue de l'Autre
qui faisait irruption en elle, et qu'elle a, dans la douleur, accepté
de faire sienne. Sa vie et ses oeuvres se confondent alors en un unique
témoignage, d'autant plus difficile à présenter parfois
qu'il s'adressait à ceux et celles qui étaient les siens,
ses pères et ses frères dans la foi, ceux qui auraient dû
la soutenir et qui, bien souvent, la combattaient par leur inertie et leur
mauvais vouloir.
L'oeuvre de Hildegarde est un véritable monument, tant par la quantité des écrits que par la variété apparente des sujets traités, qui vont de la description des plantes et des minéraux à la poésie et à la plus haute contemplation mystique, en passant par l'exégèse et l'hagiographie. Cette apparence ne saurait toutefois dissimuler une réelle et profonde unité: à tous les niveaux, il s'agit de retrouver, d'essayer de comprendre, de contempler Dieu et son oeuvre, puis de les proclamer et de les chanter. Hildegarde a, en fait, composé une véritable «symphonie divine». On peut néanmoins tenter une classification et distinguer: - Les oeuvres de science et de médecine, qui ont suscité, et suscitent encore, des enthousiasmes et des engouements allant bien au-delà de leur valeur propre, ou plutôt s'attachant plus à ce qu'elles ne sont pas qu'à ce qu'elles sont essentiellement. L’ouvrage intitulé Les Causes et les Remèdes s'ouvre sur un vaste exposé cosmologique et anthropologique, et ne correspond à ce que semble promettre son titre que dans sa seconde partie. De même, le Livre des subtilités des créatures divines, ou Physique, est beaucoup plus une tentative pour déchiffrer la création qu'un recueil de recettes merveilleuses. Même si, pour distinguer ces deux ouvrages, on a pris l'habitude de parler, pour le premier, de «Livre de la médecine simple», et, pour le second, de «Livre de la médecine complexe», on éprouverait quelque déception à mettre en oeuvre une grande partie des recettes qui s'y trouvent. - Les lettres, adressées à des correspondants de l'Europe entière, l'empereur, les papes, Bernard de Clairvaux... Le recueil qui nous a été transmis contient également un certain nombre de réponses de ces illustres correspondants: l'authenticité de cette correspondance est, pour le moment, assez généralement admise. - Des commentaires, portant sur les évangiles, la Règle de saint Benoît, le Symbole d'Athanase. - Des textes hagiographiques, vies de saint Rupert, de saint Disibode. - Des poèmes, accompagnés parfois de musique, dont un ensemble, l'Ordre des vertus, constitue une sorte de mystère. - La partie enfin la plus importante et la
plus célèbre de cette oeuvre est composée de trois
ouvrages rapportant des visions et leur commentaire: le Scivias, présenté
ici, le Livre des mérites de la vie, et enfin le Livre
des oeuvres divines.
Introduction à la lettre (tirée de l'éd. de G. EPINEY-BURGARD et E. ZUM BRUNN): Cette lettre est adressée
au chapitre cathédral de Mayence. Alors que l'évêque
Christian von Buch était à Rome pour prendre part au troisième
concile du Latran en 1179, les chanoines qui expédiaient les affaires
courantes, fulminèrent l'interdit sur le couvent du Rupertsberg
qui avait accepté d'enterrer un jeune noble excommunié, puis
réconcilié avec l'Eglise en privé, mais non publiquement.
Hildegarde se soumet à l'interdit, mais refuse d'exhumer le corps.
Qui plus est, elle fait aplanir le lieu de la sépulture pour qu'elle
ne soit pas profanée, se bornant à tracer avec sa crosse
abbatiale une croix sur la terre (Acta inquisitionis, ch, 6, PL,
197, 135). Elle écrit ici pour demander au
chapitre de reconsidérer sa décision, Devant son refus, elle
dut s'adresser à l'évêque lui-même par deux fois
avant que son bon droit soit reconnu.
Cette épître
oppose une attitude juridique (si on n'est pas vraiment sûr que le
jeune homme ait réellement reçu l'absolution, on ne peut
lui accorder une sépulture en terre consacrée, telle était
la position des chanoines) à une attitude de type charismatique.
Hildegarde accepte la sanction, se soumettant à l'Eglise institutionnelle
mais - par respect pour les sacrements du Christ reçus par le défunt
- refuse de l'exhumer. Dans son argumentation, elle rappelle le rôle
des sacrements issus du Christ pour notre sanctification, en vue de notre
union à Dieu, et qui peuvent être reçus avec assurance
si en conscience et avec une intention pure, on se considère
comme exempt de péché grave.
Le deuxième thème
est celui de l'harmonie originelle qui enveloppait le choeur des
anges et la voix de l'homme. Si celui-ci a perdu la suavité de sa
voix, prophètes et musiciens la lui rappellent par la variété
des instruments et des sons qu'ils émettent, de même que par
les paroles des cantiques. Interdire aux soeurs de chanter la louange divine,
l'opus Dei qui est le principal office des bénédictines,
c'est faire le jeu du diable. D'où la semonce au clergé.
Troisième thème:
celui du souvenir de Dieu qui est partout sous-jacent. Le péché
grave est oubli du Dieu créateur. La foi et le désir de Dieu
consistent en un ressouvenir (recordatio) comme une réinsertion
consciente dans le plan de Dieu. D'où l'importance du "mémorial"
liturgique.
Dans la vision qui a été gravée
dans mon âme par le Dieu créateur dès avant ma naissance,
je suis contrainte de vous écrire au sujet de l'interdit infligé
par nos supérieurs parce que, sans motif de culpabilité,
nous avons enterré (dans notre cimetière) un défunt,
sous la conduite de son prêtre. Comme peu de jours après la
sépulture, nous reçûmes de nos supérieurs l'ordre
de l'enlever du cimetière, frappée de terreur, je regardai
comme de coutume la vraie lumière et, les yeux ouverts, dans mon
âme, je vis que, si selon leur ordre, le corps de ce mort était
enlevé, cette expulsion serait pour notre couvent une énorme
menace, telle une grande ténèbre; elle nous envelopperait
comme un de ces nuages noirs qui précèdent l'orage et le
tonnerre.
Dès lors, nous n'osâmes ni
enlever le corps de ce défunt - étant donné qu'il
avait reçu l'absolution, l'onction et la communion - ni suivre le
conseil et les ordres de ceux qui nous persuadaient ou nous enjoignaient
de le faire. Non pas que nous méprisions le conseil d'hommes sages
et les ordres de nos prélats, mais pour ne pas paraître -
par un acte cruel commis par des femmes - porter outrage aux sacrements
du Christ qui l'avaient fortifié de son vivant.
Mais, pour ne pas paraître tout à
fait désobéissantes, nous avons cessé, selon la teneur
de l'interdit, de chanter les louanges divines et nous nous sommes abstenues
de communier au Corps du Seigneur, comme nous avions l'habitude de le faire
presque tous les mois.
Moi et toutes mes soeurs en avions conçu
une grande amertume et étions frappées d'une grande tristesse;
oppressée d'un grand poids, j'entendis alors ces paroles dans la
vision: "Il n'est pas bon pour vous de vous priver, pour des ordres humains,
des mystères du Verbe revêtu de la nature humaine, votre Sauveur
dans une nature vierge née de la Vierge Marie ... (Suit un passage
sur le rôle réparateur de l'Eucharistie).
Dans la même vision j'entendis dire que j'étais coupable de n'être pas venue en toute humilité et soumission devant mes supérieurs demander la permission de communier, étant donné que nous n'avions pas commis de faute en accueillant ce défunt, car il avait été muni par son prêtre de tout ce qui convient à un chrétien et il avait été enterré chez nous au milieu de tous les habitants de Bingen, sans que personne ait fait une objection. Voici, Excellences, ce que Dieu m'a enjoint de vous dire: j'ai également vu quelque chose à propos du fait que, pour vous obéir, nous avons cessé de chanter l'office divin et l'avons seulement lu à voix basse. J'ai entendu une voix qui provenait de la lumière vivante et qui parlait des diverses formes de louange selon le psaume de David (Ps 150, 3-6): "Louez-le au son de la trompette, louez-le sur la harpe et la cithare" etc., jusqu'à "Que tout ce qui respire loue le Seigneur". Ces paroles nous font aller de l'extérieur à l'intérieur et nous indiquent comment, à l'image de ces instruments matériels et de leurs diverses particularités, nous devons orienter tout l'élan de notre homme intérieur vers la louange de Dieu et lui donner une expression. Si nous y sommes attentifs, nous nous rappelons combien l'homme recherche la voix de l'esprit de vie, perdue par la désobéissance d'Adam qui, avant la transgression, dans l'état d'innocence, participait de façon appréciable au choeur des louanges angéliques; les anges ont cette voix de par leur nature spirituelle, eux qui sont appelés esprits par l'Esprit - qui est Dieu. Adam a donc perdu cette affinité avec la voix angélique qu'il possédait au paradis et - comme quelqu'un qui, au réveil, ne sait plus avec certitude ce qu'il a vu dans ses rêves - la science (de Dieu) qui était sienne avant la chute s'est endormie en lui ... Mais Dieu qui sauve les âmes des élus en leur envoyant la lumière de la vérité pour les ramener à la félicité originelle, prit la décision de renouveler les coeurs d'un grand nombre en leur infusant l'esprit prophétique afin que, par l'illumination intérieure, ils retrouvent quelque chose des biens perdus par Adam et qu'il détenait avant le châtiment de sa faute. Afin de ne pas vivre dans le souvenir de son bannissement, mais dans celui de cette douceur de la louange divine dont jouissait Adam avec les anges, et pour y inciter les hommes, les saints prophètes, enseignés par ce même esprit qu'ils avaient reçu, n'ont pas seulement composé les psaumes et les cantiques qu'ils chantaient pour enflammer la dévotion des auditeurs, mais encore ils ont créé à cette fin les instruments sur lesquels les psaumes seraient joués, avec leurs diverses sonorités; de la sorte, tant par l'aspect extérieur et les particularités de chaque instrument de musique que par le sens des paroles proférées, les auditeurs - comme nous l'avons dit plus haut - avertis et bien disposés par les formes extérieures, reçoivent un enseignement intérieur. A l'exemple des saints prophètes, les sages et les savants ont aussi inventé par leur savoir-faire humain de nombreux instruments afin de pouvoir chanter selon la joie de leur âme. Ils adaptaient leur chant à la flexion des doigts pour se rappeler qu'Adam fut créé par le doigt de Dieu, le Saint-Esprit. Dans la voix d'Adam, avant la chute, il y avait toute la douceur et l'harmonie de l'art musical. Et s'il était resté dans l'état où il avait été créé, la faiblesse de l’homme mortel n'aurait pu supporter la force et la sonorité de cette voix. Lorsque le diable eut entendu que l'homme pouvait chanter sous l'inspiration divine et être incité à se rappeler la douceur des chants de la patrie céleste, voyant échouer ses machinations perfides, il fut si effrayé et tourmenté qu'il ne cessa de troubler ou d'empêcher la proclamation, la beauté et la douceur de la louange divine et des cantiques spirituels: dans le coeur de l'homme par des insinuations malveillantes, des pensées impures, des distractions diverses, mais aussi dans le coeur de l'Église, partout où il le pouvait, par des discordes, des scandales, des oppressions injustes. C'est pourquoi, vous et tous les prélats, vous devez bien prendre garde avant de fermer par un jugement la bouche d'une assemblée qui chante pour Dieu, de lui interdire de célébrer et de recevoir les sacrements. Veillez à ne pas être trompés dans vos jugements par Satan qui arrache l'homme à l'harmonie céleste et aux délices du paradis ... Réfléchissez-y: de même que le corps du Christ a pris chair de la virginité intacte de Marie par l'Esprit-Saint, de même le cantique de louanges, écho de l'harmonie céleste, est enraciné dans l'Eglise par l'Esprit-Saint. Le corps est le vêtement de l'âme qui donne vie à la voix. C'est pourquoi il convient que le corps uni à l'âme chante de vive voix les louanges de Dieu ... Et puisqu'à l'audition de quelque cantique, l'homme soupire et gémit, se souvenant de l'harmonie céleste, le prophète, considérant avec pénétration la profondeur de la nature spirituelle et sachant que l'âme est symphonique nous exhorte dans le psaume à confesser Dieu sur la cithare et la harpe à dix cordes (Ps 32, 2; 91, 4): la cithare qui résonne en bas, pour appeler à l'ascèse corporelle; la harpe qui transmet les sons d'en haut à l'intention de l'esprit; les dix cordes pour la contemplation de la Loi. Par conséquent, ceux qui imposent, sans avoir bien pesé leurs raisons, le silence à l'Eglise qui chante la louange de Dieu, privent Dieu injustement de la beauté des louanges qui lui reviennent sur terre et seront eux-mêmes privés de la participation aux louanges angéliques dans le ciel, à moins qu'il n'y remédient par "une vraie pénitence" et une humble satisfaction (Sg 11, 24). Que ceux qui détiennent les clés du ciel prennent bien garde de ne pas ouvrir ce qui doit rester fermé et de ne pas fermer ce qu'il faut ouvrir. Car ceux qui président seront soumis au jugement le plus sévère, à moins qu'ils "ne président avec diligence" (cf. Rom 12, 8). Et j'entendis une voix qui disait: "Qui a créé le ciel? Dieu. Qui ouvre le ciel à ses fidèles? Dieu. Qui est semblable à Lui? Personne". Et c'est pourquoi, ô fidèles, que nul d'entre vous ne lui résiste ni ne s'oppose à lui, de peur qu'il ne fonde sur vous avec sa puissance, sans que vous puissiez avoir un défenseur qui vous prenne sous sa protection lors du jugement ... |