Histoire du christianisme Uni Genève 
Faculté de théologie 
Formation à distance 
Histoire du christianisme
Christophe Chalamet  @Chalamet 
Michel Grandjean        @Grandjean 
Programme du semestre Bibliographie Cours 4 Questions ?
 
Editorial  4
Support : Vauchez, Spiritualité,  ch. 3 (p. 68 -130) 
 
  ans la période que nous étudions aujourd'hui, asçavoir la fin du XIe siècle et le XIIe siècle, nous allons rencontrer les décennies les plus riches et les plus intéressantes, de l’histoire de la spiritualité médiévale. C’est à un véritable foisonnement de « nouveautés » (les médiévaux n’auraient peut-être pas aimé ce mot-là) et d’écrivains importants que nous assistons. On ne veut certes pas vous décourager, mais jetez un oeil à la taille du chapitre 3 du livre de Vauchez... Il lui était tout simplement impossible de donner une vue d’ensemble de cette période en une trentaine de pages, comme il l’a fait pour les autres chapitres. Il a presque fallu doubler la taille du chapitre qui va nous occuper dans cette leçon. Bref, nous avons affaire à une sorte d’« âge d’or » de la spiritualité médiévale. C’est d’une «renaissance» qu’il s’agit au XIIe siècle, même si les spécialistes de tel ou tel siècle ont tendance à voir dans leur siècle d’étude un siècle de renaissance (on a ainsi parlé d’une « renaissance carolingienne »...). Renaissance dans le domaine de la spiritualité, mais pas seulement, comme les premières lignes du chapitre de Vauchez vous en convaincront. 

Le XIIe siècle est encore un siècle monastique, même si d’autres formes de vie retrouvent une certaine légitimité (la vie canoniale ou érémitique p. ex., mais aussi les ordres hospitaliers, bref tout ce que Vauchez regroupe sous l’expression via apostolica). Le XIIe siècle, c’est peut-être même LE siècle monastique du Moyen Âge. Combien d’hommes et de femmes ont choisi la fuite du monde (fuga mundi), le mépris du monde (contemptus mundi) pour chercher Dieu (quaerere Deum) dans le cloître, perçu comme un avant-goût de la béatitude éternelle (paradisium claustri)? Impossible de le dire. Par contre, de nombreux cartulaires témoignent de cet afflux au monastère, traces écrites à côté des nombreux bâtiments qui ont traversé les siècles, avec plus ou moins de bonheur... Deux chiffres pour vous donner une idée de cet essor de la vie monastique au XIIe siècle : en 1112 ou 1113, Bernard de Fontaine entre au «nouveau monastère» de Cîteaux. Quarante ans plus tard, à sa mort en 1153, celui qui s’appelle désormais Bernard de Clairvaux laisse 345 monastères orphelins (vous en saurez plus sur Bernard dans une courte présentation de sa vie et de son oeuvre qui est au menu du jour). Des nombreuses initiatives de type monastique ou autres, quantité sont tombées dans l’oubli: leur durée de vie fut souvent brève. On oublie la grande fragilité des débuts de ces communautés, parfois à deux doigts de sombrer, pour diverses raisons, notamment faute d’une personnalité marquante ou charismatique. 
Pendant que les moines se retirent pour vivre la stabilitas prônée pas la Règle bénédictine, les masses sont en mouvement, expriment leur foi par le pèlerinage et les croisades qui marquent leur «entrée en scène» dans l’histoire médiévale (Vauchez, p. 96). A. Vauchez ne détourne pas son attention de ces foules de croyants que nous perdons trop souvent de vue. Malheureusement, le fidèle en route vers Saint-Jacques de Compostelle était rarement en mesure de coucher par écrit ses motivations ou un «journal de voyage»... Vous trouverez dans le ch. 3 de Vauchez de longs développements sur l’« émancipation spirituelle » (p. 129) des laïcs au XIIe siècle. 
Les moines lettrés, eux, vivent de l’héritage des Pères de l’Église, ou plutôt de certains d’entre eux: en premier lieu, Augustin, mais aussi Grégoire le Grand, Jérôme et d’autres. Il s’agit donc principalement des Pères latins. Quelques Pères grecs, dont certains textes étaient traduits en latin (notamment par Jérôme et Rufin), exercèrent une certaine influence (Grégoire de Nysse ou Chrysostome, p. ex.). La lettre de Bruno le chartreux - que vous lirez ici - n’est en rien originale de par sa visée: il existe beaucoup d’autres lettres médiévales ayant pour but de convaincre une personne de rejoindre la vie monastique (on parle, pour désigner ce genre littéraire, de « lettres de vocation »). Eh bien c’est Jérôme qui est à l’origine de ce type de lettre, avec son épître 14 à Héliodore. Nos médiévaux sont profondément marqués par ces textes patristiques, ils en sont comme imbibés! Bien entendu, la Règle de Benoît est toujours là: l’ensemble du monde monastique vit de ce texte, que ce soient les bénédictins, les cisterciens ou les chartreux (qui s’éloigneront plus tard de la Règle). C’est la Règle qui pousse quelques hommes, sous l’impulsion de Robert de Molesmes, à sortir de l’ordre pour commencer quelque chose d’autre, une vie qui appliquerait de manière plus fidèle les exigences de saint Benoît (cf. le retour aux sources dont parle Vauchez). C’est bel et bien d’une réforme qu’il s’agit. 
Au XIIe siècle, où nous ne sommes plus très loin de l’apparition des ordres dits « mendiants » (franciscains et dominicains), l’idéal à réaliser n’est plus forcément telle ou telle ancienne Règle: la seule règle, pour certains religieux du XIIe, ce doit être l’Évangile. Vous trouverez des signes avant-coureurs de cette idée en lisant le chapitre de Vauchez (cf. pp. 77-78). La transformation de la société, l’importance grandissante de la vie commerciale et de l’argent ne jouèrent pas un rôle mineur dans cette évolution de la spiritualité... 
Pour comprendre un peu le monde monastique du XIIe siècle, qui a sa propre théologie et sa propre spiritualité, nous vous proposons des extraits d’un maître-livre, L’amour des lettres et le désir de Dieu, de dom Jean Leclercq (lui-même moine bénédictin, mort en 1993). Vous y retrouverez bon nombre de thème entraperçus dans les diverses sources de le leçon 3 et de celle d’aujourd’hui (en particulier le credo ut intelligam, la fides quaerens intellectum1 du Proslogion d’Anselme). Si le sujet vous intéresse, vous avez là une référence incontournable! 

Voici les textes qui composent la leçon 4: 

- ch. 3 du livre de Vauchez 
- extrait du livre de Jean Leclercq sur l’Amour des lettres et le désir de Dieu 
- présentation de Bernard de Clairvaux 
- un texte de Bernard de Clairvaux: le sermon 74 sur le Cantique des Cantiques 
- lettre à Raoul le Verd de « maître Bruno », fondateur des chartreux 
- extrait de la Lettre aux frères du Mont-Dieu de Guillaume de Saint-Thierry 
- lettre d’Hildegarde de Bingen (précédée d’une introduction à sa vie et sa pensée) 
. 
. 
Enfin, voici bien sûr quelques questions qui vous permettront de mieux étudier cette (copieuse) leçon... 

 

.
      Christophe Chalamet et Michel Grandjean
       
 1. Et non Fides quaerens internetum.... (un site américain dans lequel vous trouverez de très nombreux liens en matière de théologie).