ans la période que nous étudions aujourd'hui, asçavoir
la fin du XIe siècle et le XIIe siècle, nous allons rencontrer
les décennies les plus riches et les plus intéressantes,
de l’histoire de la spiritualité médiévale. C’est
à un véritable foisonnement de « nouveautés
» (les médiévaux n’auraient peut-être pas aimé
ce mot-là) et d’écrivains importants que nous assistons.
On ne veut certes pas vous décourager, mais jetez un oeil à
la taille du chapitre 3 du livre de Vauchez... Il lui était tout
simplement impossible de donner une vue d’ensemble de cette période
en une trentaine de pages, comme il l’a fait pour les autres chapitres.
Il a presque fallu doubler la taille du chapitre qui va nous occuper dans
cette leçon. Bref, nous avons affaire à une sorte d’«
âge d’or » de la spiritualité médiévale.
C’est d’une «renaissance» qu’il s’agit au XIIe siècle,
même si les spécialistes de tel ou tel siècle ont tendance
à voir dans leur siècle d’étude un siècle de
renaissance (on a ainsi parlé d’une « renaissance carolingienne
»...). Renaissance dans le domaine de la spiritualité, mais
pas seulement, comme les premières lignes du chapitre de Vauchez
vous en convaincront.
Le XIIe siècle est encore un siècle monastique, même
si d’autres formes de vie retrouvent une certaine légitimité
(la vie canoniale ou érémitique p. ex., mais aussi les ordres
hospitaliers, bref tout ce que Vauchez regroupe sous l’expression via apostolica).
Le XIIe siècle, c’est peut-être même LE siècle
monastique du Moyen Âge. Combien d’hommes et de femmes ont choisi
la fuite du monde (fuga mundi), le mépris du monde (contemptus
mundi) pour chercher Dieu (quaerere Deum) dans le cloître,
perçu comme un avant-goût de la béatitude éternelle
(paradisium claustri)? Impossible de le dire. Par contre, de nombreux
cartulaires témoignent de cet afflux au monastère, traces
écrites à côté des nombreux bâtiments
qui ont traversé les siècles, avec plus ou moins de bonheur...
Deux chiffres pour vous donner une idée de cet essor de la vie monastique
au XIIe siècle : en 1112 ou 1113, Bernard de Fontaine entre au «nouveau
monastère» de Cîteaux. Quarante ans plus tard, à
sa mort en 1153, celui qui s’appelle désormais Bernard de Clairvaux
laisse 345 monastères orphelins (vous en saurez plus sur Bernard
dans une courte présentation de sa vie et de son oeuvre qui est
au menu du jour). Des nombreuses initiatives de type monastique ou autres,
quantité sont tombées dans l’oubli: leur durée de
vie fut souvent brève. On oublie la grande fragilité des
débuts de ces communautés, parfois à deux doigts de
sombrer, pour diverses raisons, notamment faute d’une personnalité
marquante ou charismatique.
Pendant que les moines se retirent pour vivre la stabilitas
prônée pas la Règle bénédictine, les
masses sont en mouvement, expriment leur foi par le pèlerinage et
les croisades qui marquent leur «entrée en scène»
dans l’histoire médiévale (Vauchez, p. 96). A. Vauchez ne
détourne pas son attention de ces foules de croyants que nous perdons
trop souvent de vue. Malheureusement, le fidèle en route vers Saint-Jacques
de Compostelle était rarement en mesure de coucher par écrit
ses motivations ou un «journal de voyage»... Vous trouverez
dans le ch. 3 de Vauchez de longs développements sur l’« émancipation
spirituelle » (p. 129) des laïcs au XIIe siècle.
Les moines lettrés, eux, vivent de l’héritage des Pères
de l’Église, ou plutôt de certains d’entre eux: en premier
lieu, Augustin, mais aussi Grégoire le Grand, Jérôme
et d’autres. Il s’agit donc principalement des Pères latins. Quelques
Pères grecs, dont certains textes étaient traduits en latin
(notamment par Jérôme et Rufin), exercèrent une certaine
influence (Grégoire de Nysse ou Chrysostome, p. ex.). La lettre
de Bruno le chartreux - que vous lirez ici - n’est en rien originale de
par sa visée: il existe beaucoup d’autres lettres médiévales
ayant pour but de convaincre une personne de rejoindre la vie monastique
(on parle, pour désigner ce genre littéraire, de «
lettres de vocation »). Eh bien c’est Jérôme qui est
à l’origine de ce type de lettre, avec son épître 14
à Héliodore. Nos médiévaux sont profondément
marqués par ces textes patristiques, ils en sont comme imbibés!
Bien entendu, la Règle de Benoît est toujours là: l’ensemble
du monde monastique vit de ce texte, que ce soient les bénédictins,
les cisterciens ou les chartreux (qui s’éloigneront plus tard de
la Règle). C’est la Règle qui pousse quelques hommes, sous
l’impulsion de Robert de Molesmes, à sortir de l’ordre pour commencer
quelque chose d’autre, une vie qui appliquerait de manière plus
fidèle les exigences de saint Benoît (cf. le retour aux sources
dont parle Vauchez). C’est bel et bien d’une réforme qu’il s’agit.
Au XIIe siècle, où nous ne sommes plus très loin
de l’apparition des ordres dits « mendiants » (franciscains
et dominicains), l’idéal à réaliser n’est plus forcément
telle ou telle ancienne Règle: la seule règle, pour certains
religieux du XIIe, ce doit être l’Évangile. Vous trouverez
des signes avant-coureurs de cette idée en lisant le chapitre de
Vauchez (cf. pp. 77-78). La transformation de la société,
l’importance grandissante de la vie commerciale et de l’argent ne jouèrent
pas un rôle mineur dans cette évolution de la spiritualité...
Pour comprendre un peu le monde monastique du XIIe siècle, qui
a sa propre théologie et sa propre spiritualité, nous vous
proposons des extraits d’un maître-livre, L’amour des lettres et
le désir de Dieu, de dom Jean Leclercq (lui-même moine bénédictin,
mort en 1993). Vous y retrouverez bon nombre de thème entraperçus
dans les diverses sources de le leçon 3 et de celle d’aujourd’hui
(en particulier le credo ut intelligam, la fides quaerens intellectum1
du Proslogion d’Anselme). Si le sujet vous intéresse,
vous avez là une référence incontournable!
Voici les textes qui composent la leçon 4:
- ch. 3 du livre de Vauchez
- extrait du livre de Jean Leclercq sur l’Amour
des lettres et le désir de Dieu
- présentation de Bernard de
Clairvaux
- un texte de Bernard de Clairvaux: le sermon
74 sur le Cantique des Cantiques
- lettre à Raoul le Verd
de « maître Bruno », fondateur des chartreux
- extrait de la Lettre aux frères
du Mont-Dieu de Guillaume de Saint-Thierry
- lettre d’Hildegarde de Bingen
(précédée d’une introduction à sa vie et sa
pensée)
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Enfin, voici bien sûr quelques questions
qui vous permettront de mieux étudier cette (copieuse) leçon...
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1. Et non Fides
quaerens internetum.... (un site américain dans lequel vous
trouverez de très nombreux liens en matière de théologie).
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