Introduction générale

Une langue sémitique

L'Hébreu fait partie de la famille des langues sémitiques. Ces langues ont en commun un certain nombre de caractéristiques qui les distinguent très clairement des langues indo-européennes, dont le français, l'anglais, l'allemand, le latin etc÷ font partie. 
Parmi les langues sémitiques, plusieurs sont encore parlées aujourd'hui. On mentionnera, outre l'hébreu, l'arabe et ses nombreuses variantes, l'éthiopien et le néo-araméen. 
On parle de langue sémitique depuis 1781, grâce à Schlözer et à Gn 10,21-31. Ce texte de la table des nations attribue un ancêtre commun, Shem, à divers peuples qui recoupent plus ou moins la zone sémitique. 
On distingue trois groupes de langues sémitiques en les classant géographiquement.  La répartition géographique de certaines de ces langues a beaucoup varié au cours du temps. 

 Nord-Est

Le groupe du Nord-Est comporte surtout l'akkadien. Une langue que l'on subdivise souvent en assyrien et babylonien ancien, moyen et récent. On possède en akkadien une documentation cunéiforme tout à fait importante. Il est attesté entre 2600 et 600 av. J-C.

 Nord-Ouest

Le groupe du Nord-Ouest comporte notamment les langues suivantes:

L'éblaite, langue parlée à Ebla dans le nord de la Syrie. Site dans lequel on a trouvé un nombre important de documents cunéiformes (date 2500 av.J-C).

L'ougaritique, langue parlée dans la ville d'Ougarit. Il s'agit de la première écriture alphabétique connue. Avant, les graphies sont soit syllabiques (un signe rend une syllabe) ou logographiques (un signe rend un mot). Là aussi, une vaste bibliothèque nous permet d'avoir accès à cette langue.

L'araméen évolue du 9ème siècle avant notre ère jusqu'à aujourd'hui. Cette langue était, dès le 5ème siècle av. J-C (en pleine période biblique), la langue officielle de l'empire perse. Elle était donc très répandue. On la retrouve dans quelques textes bibliques (Daniel 2-7; Esdras 4-6* et 7*). A l'époque du Christ, c'est la langue parlée en Palestine (judéo-araméen). On le retrouve aussi dans le Talmud, les targoums (traduction araméenne de la Bible hébraïque). Le syriaque est une forme d'araméen, tout comme le mandéen.

Le cananéen comporte les langues de la région syro-palestinienne : le phénicien-punique, dont on a passablement d'inscriptions royales dès le 9ème s.; le moabite (stèle de Mescha), l'amorite et l'édomite, ainsi que l'hébreu (Es 19,18), lequel comporte plusieurs variantes. Des différences apparaissent notamment entre le Nord et le Sud, l'Est et l'Ouest, mais surtout en fonction des époques.

Sur la question des variantes en hébreu, on peut rappeler le texte de Juges 12,1-7 : Jephté de Galaad (Transjordanie) est attaqué par les Ephraimites (Cisjordanie) sur son territoire. Après la victoire, les hommes de Jephté tiennent le gué qui permet aux Ephraimites de battre en retraite. Chaque fois qu'un Ephraimite arrive à cet endroit et demande le passage tout en niant être Ephraimite, on lui demande de prononcer le mot Shibolèt signifiant épi. Mais les Ephraimites n'y arrivent pas, car ils prononcent un shin comme un sin -> Sibolèt. Ils sont alors égorgés.

Sud
Le groupe du Sud comporte l'arabe, langue qui depuis l'islam a eu un développement géographique tout à fait considérable et a conduit à l'absorption quasi totale de nombreuses langues. Aujourd'hui, l'araméen est en train de disparaître à cause de ce phénomène. L'arabe a un grand nombre de variantes. 

Parmi les langues sémitiques du sud, il y a aussi l'éthiopien ancien et moderne.

Caractéristiques des langues sémitiques Les langues sémitiques ont un certain nombre d'affinités entre elles, qui en font une famille relativement cohérente. 

Voici quelques-unes de ces caractéristiques, que l'on retrouve en hébreu. 

1) L'ossature des mots est formée d'une racine consonantique, généralement trois consonnes. Cette racine exprime l'idée générale du terme. Un certain nombre de consonnes et de voyelles permettent de préciser le sens du mot, d'indiquer s'il s'agit d'un nom, d'un verbe, son temps, sa fonction dans la phrase etc÷. Cette première caractéristique offre l'avantage d'aider à l'apprentissage du vocabulaire, dans la mesure où la connaissance d'une seule racine permet de deviner le sens de plusieurs termes dérivés. 

2) Les langues sémitiques sont liées entre elles par tout un vocabulaire spécifique. Par exemple, le terme mèlèk = roi en hébreu correspond à l'arabe malik, trois consonnes m-l-k. Ce vocabulaire commun nous est très utile pour définir le sens de nombreux termes hébreux rares dans la Bible hébraïque. A partir du vocabulaire des autres langues sémitiques, on peut souvent retrouver le sens du mot hébreu et ce malgré l'évolution différente de ces diverses langues. Cette spécificité du vocabulaire sémitique constituera probablement une des difficultés les plus importantes que vous aurez à surmonter. En effet, le vocabulaire sémitique n'a rien à voir avec le vocabulaire des langues indo-européennes (au contraire du grec qui, de ce point de vue, est beaucoup plus facile).

 3) Les langues sémitiques ne définissent pas les temps des verbes par le degré relatif dans le temps (passé, présent, futur) aussi strictement que dans notre langue. L'hébreu moderne a occidentalisé le système des verbes pour obtenir un système passé-présent-futur tout à fait clair. C'est entre autres pour cela que l'ivrit n'est plus vraiment une langue sémitique. 

4) On trouve aussi des tournures de phrases caractéristiques que l'on ne peut pas rendre telles quelles en langue française. Ainsi, littéralement, Gn 12,7 donne "Il dit pour-ta-descendance je-donne la-terre la-celle-ci" = "Il dit: je donne cette terre à ta descendance". Vous verrez que l'on s'habitue assez facilement à la syntaxe de l'hébreu.

Brève histoire de l'Hébreu Les premières inscriptions connues en hébreu apparaissent au 10ème siècle av. J-C. Calendrier de Gezer (10ème s), Ostraca de Samarie (8ème s.) Ostraca de Lakish (6ème s. avant la chute de Jérusalem). On parle dans ce cas de paléohébreu. La graphie des lettres est différente. Des graphies de ce type se retrouvent plus tard dans l'écriture samaritaine. On signalera même que certains manuscrits, quand ils écrivent le nom propre de Yahwé, (tétragramme) l'écrivent en écriture paléohébraique. 

L'hébreu que l'on trouve dans la Bible hébraïque est d'époque variable. On estime généralement que les textes les plus anciens qui y figurent remontent aux alentours du 10ème s. av. (poème de Déborah) et que les plus récents datent de l'époque hellénistique au 2ème siècle (Daniel). Une grande partie des textes (Pt et livres prophétiques) sont écrits peu avant, pendant et peu après l'exil babylonien (587 chute de Jérusalem; 539, début du retour). 8 siècles séparent donc les textes les plus anciens des textes les plus récents. Si vous avez essayé une fois de lire du français du 13ème siècle, vous vous rendez compte à quel point la langue peut évoluer en 800 ans. D'une certaine manière, on peut donc dire que plusieurs hébreux différents se côtoient dans la Bible hébraïque.

Les plus anciens manuscrits bibliques datent du 3-2ème siècle av. J-C. Ces textes n'ont que les consonnes, car le système de vocalisation n'a été mis sur pied que bien plus tard: à partir du 7ème s. ap. J-C et surtout au dixième (cf. plus loin).

L'hébreu a continué à évoluer après la période biblique. -> 400 ap. J-C. On parle d'hébreu mischnique, c'est la langue des rabbins. Suit la langue des Juifs du moyen-âge, parmi lesquels Rachi, le fameux exégète français, dont les textes permettent souvent de retrouver la prononciation du vieux français. C'est de cet hébreu-là qu'est issu l'ivrit. La langue parlée aujourd'hui dans l'état d'Israël (une langue qui évolue encore beaucoup aujourd'hui, notamment au travers de son comité de la langue). 

Ce cours ne donne que des notions d'hébreu biblique

© Jean-Daniel Macchi / Université de Genève