Mot du Doyen

Dettwiler
La Faculté de théologie a été fondée en 1559 par Jean Calvin qui voulait en faire le pivot de son Académie, ancêtre de l’Université actuelle. Elle a été marquée, dès l’origine, par une triple ambition : religieuse, puisqu’elle devait être un des vecteurs de diffusion de la foi nouvelle, culturelle et humaniste, la foi ne s’opposant pas au travail de la raison, internationale, étant ouverte tout au long de son histoire aux étudiants de tous les pays et de toutes les cultures.

Je suis fier de m’inscrire dans ce projet ambitieux et, à maints égards, toujours actuel, mais celui-ci demande, à chaque époque, une reformulation qui tienne compte de l’état présent du monde et des défis qui sont les nôtres.

Trois défis me paraissent ainsi devoir être particulièrement soulignés aujourd’hui.

  1. La nécessité d’une approche ouverte et dialogique sur le sens.
    Dans un monde où dominent les sciences, la technique et la gestion utilitariste, les grandes questions qui ont animé les sociétés et les destins personnels ne doivent pas être occultées : d’où venons-nous ? où allons nous ? quel est le sens de notre existence personnelle, de nos sociétés, de notre commune humanité ? Sans compromis sur les exigences proprement scientifiques, la Faculté de théologie est persuadée que ces questions sont partie intégrante du projet d’une université et elle s’efforce de contribuer à y répondre. Son enracinement dans une tradition particulière – la tradition protestante réformée – n’est pas gage de fermeture. Tous les étudiants doivent y trouver leur place, quelles que soient leurs croyances ou convictions. Au cœur de l’Université, la Faculté de théologie offre un espace de confrontation où les principes essentiels sont l’honnêteté intellectuelle, la liberté de pensée et le respect des convictions de l’autre. Nul besoin d’être croyant pour faire de la théologie. Mais nul besoin non plus de mettre entre parenthèses ses convictions religieuses, en passant les portes de notre faculté. Le croisement et la confrontation des opinions et des convictions sont le levier indispensable qui nourrit et maintient vivante notre réflexion.
  2. La nécessité d’une approche constamment critique sur ses propres présupposés.
    La critique ne vise pas à détruire mais à soupeser ce qui est pour écarter ce qui paraît faire sens mais n’en a pas. La critique suppose ainsi un constant discernement. La théologie universitaire s’est toujours nourrie de la critique : critique des textes bibliques par la confrontation aux textes en langues originales et par des méthodes historiques, critique des formulations des convictions religieuses par des questionnements systématiques, critique des pratiques par des interrogations éthiques. Aujourd’hui encore la théologie doit s’ouvrir à d’autres questionnements et méthodes qui viennent d’autres sciences et disciplines ou d’autres théologies émanant notamment d’autres régions du monde. La pensée critique étant en constante évolution, la théologie est consciente du caractère non définitif de sa manière de penser la foi et les traditions religieuses.
  3. La nécessité de développer des approches pluridimensionnelles et non réductionnistes.
    La théologie universitaire s’est toujours comprise comme un laboratoire interdisciplinaire où les différents types du savoir humain – en particulier les savoirs descriptifs (de type historique, par exemple) et les savoirs d’orientation (ou savoirs normatifs, par exemple dans le champ de l’éthique fondamentale et appliquée) – se croisent, se confrontent et entrent en dialogue les uns avec les autres. Cette expérience interdisciplinaire de longue durée, inscrite au cœur même de la théologie, ne cesse de nous apprendre à garder une attitude sceptique à l’égard de toute approche réductionniste de la réalité. Dans le domaine de la religion, la théologie résiste à la tentation, fréquente aujourd’hui, de percevoir l’expérience religieuse comme un simple épiphénomène d’une autre réalité, plus déterminante, qui serait d’ordre psychologique, social, économique, biologique, ou autre. Cette perspective non déterministe et pluridimensionnelle nous paraît répondre au mieux au phénomène, riche et complexe, qu’est l’expérience religieuse.

Passons des grands principes à la mise en œuvre ! En août 2009, les trois universités romandes de Genève, Lausanne et Neuchâtel ont encore renforcé leur collaboration dans le domaine de la théologie protestante par la signature d’une Convention de partenariat. Avec le concours de Lausanne dans le domaine des sciences bibliques et de Neuchâtel dans le domaine de la théologie pratique, la Faculté de Genève peut ainsi assurer une formation complète et de haut niveau dans le domaine. Nous espérons que cette nouvelle étape renforcera la formation universitaire de la théologie protestante et rendra encore plus visible nos multiples activités de recherche qui sont bien reconnues au niveau international.

Mes souhaits pour l’année académique 2009-2010 ? Que nos nouveaux étudiant-e-s trouvent, au sein de notre Faculté, un lieu de recherche et de réflexion enrichissant et une pédagogie adaptée à leurs besoins ; que nous ne cessions de rendre encore plus attrayantes et performantes nos multiples activités d’enseignement et de recherche et de les ouvrir à un public toujours plus large, en transgressant les barrières entre facultés ; que nous ne cessions d’innover, comme nous l’avons déjà fait avec l’introduction de la formation à distance (e-learning) qui reçoit un écho toujours plus important au niveau international ; que notre solidarité critique avec les Eglises protestantes de Suisse romande qui nous soutiennent, soit moralement, soit matériellement, soit perçue comme un bien et non comme une source d’agacement ; et, last but not least, que notre travail intellectuel sur les traditions religieuses, en particulier le christianisme, trouve un écho positif au sein de la communauté universitaire et de la société contemporaine.

Soyez les bienvenu-e-s à la Faculté de théologie !

Août 2009, Andreas Dettwiler

top