Programme des conférences de mars 2012
Vendredi 2 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Sciences sociales et juridiques
"Le Contrat social" aujourd’hui
par Christian Lalive d’Epinay, sociologue, professeur honoraire de
l’Université de Genève.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
Voici deux siècles et demi, avec la publication de son ouvrage Le Contrat social (1762), J.-J. Rousseau proposait un pacte social afin d’associer la liberté de l’individu avec la responsabilité du citoyen.
Dans la période actuelle dite de globalisation qui, tout en écornant la souveraineté des états-nations, sacrifie l’idée de solidarité à l’autel du «Dieu-Marché», que retenir de la vision de Rousseau? Les nouveaux mouvements sociaux, du «Printemps arabe» aux «Indignés», en appellent à une refondation du pacte social mais n’en dessinent que vaguement les contours? Que retenir de la vision de Rousseau? Comment la réinterpréter aujourd’hui?
Sans prétendre détenir LA réponse, le conférencier s’efforcera de marquer quelques jalons et d’ouvrir quelques pistes.
.

Mardi 6 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Arts
Le Corbusier, succès et successeurs
par Bruno H. Vayssière, architecte et urbaniste, professeur à l'Université
de Savoie.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
Si le projet de Le Corbusier pour le palais de la Société des Nations fut écarté, l’architecte a néanmoins édifié à Genève un bâtiment remarquable, l’Immeuble Clarté (1932), récemment réhabilité.
Curieusement, depuis sa mort mystérieuse en 1965, Le Corbusier est l’objet chaque année de plusieurs dizaines de publications à travers le monde. Comment expliquer cette fortune critique? Quel a été le retentissement des réalisations ou des théories de ce natif de La Chauxde-Fonds? Le bâtiment d’Uni Dufour n’est-il pas lui-même un clin d’oeil à l’architecte de Chandigarh?
.

Vendredi 9 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Histoire - géographie
Un regard décalé, penser l'histoire à partir du Japon.
L'exemple de la seconde guerre mondiale
par Pierre-François Souyri,
professeur à l'Unité de japonais de l’Université de
Genève.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
Le Japon est le seul pays hors d’Europe à avoir connu une modernisation précoce, ce qui lui a permis de produire depuis plus d’un siècle une historiographie riche, contradictoire et rarement connue en Occident. Les historiens japonais nous offrent – parce qu’ils sont modernes sans être Occidentaux – d’autres regards que le regard occidental sur certains phénomènes du passé.
Nous prendrons ici un seul exemple, celui de la Seconde Guerre mondiale. La vision que nous avons de celle-ci est profondément liée au schéma narratif qu’en ont fourni les Anglo-Saxons au lendemain de la guerre. Or, vue par les historiens japonais d’aujourd’hui, la guerre apparaît sous d’autres formes, avec d’autres enjeux.
.

Mardi 13 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Littérature
Les Grecs anciens étaient-ils comme nous?
Remarques sur la sensation du frisson
par David Bouvier, professeur à la
Section d’archéologie et des sciences
de l’antiquité de l’Université de
Lausanne.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
Une équipe de chercheurs canadiens vient de vérifier l’effet de la dopamine dans la sensation de frisson que peut provoquer l’écoute d’un opéra de Mozart. D’où vient ce plaisir du frisson? Les Grecs le connaissaient-ils? A quelles sensations de peur, de désir, de plaisir ont-ils associé la sensation du frisson qui parcourt tout le corps et glisse sous la peau?
On pourrait écrire une histoire du frisson. Elle nous obligerait à relire la plupart des auteurs anciens pour faire une belle découverte littéraire. Par delà l’expérimentation scientifique, le frisson a, dans la littérature antique, une mémoire. Quand l’âme platonicienne frissonne devant le beau en soi, elle se souvient de Sappho qui elle-même n’oubliait pas qu’une femme amoureuse pouvait frissonner à la façon d’un guerrier sur le champ de bataille.
Le frisson réveille les sensations autant qu’il les exprime ou les trahit. Et certains théoriciens de la littérature ne s’y sont pas trompés: le but de l’écriture est aussi de faire frissonner.
.

Vendredi 16 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Médecine
La polymédication des seniors: savoir profiter des bienfaits des médicaments tout en diminuant le risque d'incident
par Dr Nicole Vogt-Ferrier,
Unité de gérontopharmacologie
clinique, HUG.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
Notre propos sera de revoir ce que représente la polymédication chez les personnes souffrant de plusieurs affections concomitantes, des problèmes que cela peut comporter et des moyens à disposition pour diminuer les accidents thérapeutiques.
Notre objectif sera d’aborder le thème de la polymédication sous l’angle de la collaboration possible entre la personne malade, ses proches et les professionnels de santé, et de transmettre des connaissances de base pouvant aider à devenir plus actif dans la gestion de sa propre santé.
.

Mardi 20 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Religion et philosophie
Jan Hus (env. 1371-1415): préréformateur ou réformateur à part entière?
par Michel Grandjean, professeur à la Faculté de théologie protestante de
l’Université de Genève.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
On connaît le destin de Jan Hus, ce prédicateur tchèque qui fut aussi théologien et même pour quelque temps recteur de l’Université de Prague. Sa critique féroce et parfois maladroite de la hiérarchie romaine, sa fascination pour l’Anglais John Wiclif lui ont valu d’être arrêté à Constance où il espérait convaincre les évêques de la justesse de sa cause. Il y fut jugé, puis livré au bras séculier comme hérétique et brûlé vif.
Un siècle plus tard, Martin Luther citera parfois l’oeuvre de Hus avec admiration et ira jusqu’à considérer un jour ses partisans comme des hussites qui s’ignoraient. Cette apparente proximité a souvent conduit les historiens protestants à lire Jan Hus avec les lunettes de la Réforme du XVIe siècle. Si Calvin ne le mentionne guère, le Livre des martyrs que Jean Crespin publie à Genève fait ainsi de Hus le premier martyr de la Réforme protestante!
A l’approche du sixième centenaire de la mort de Hus, cette conférence tentera de faire le point sur les lectures que les historiens actuels (Frantisek Smahel, Jiri Kejr, Peter Hilsch...) donnent de la figure de Jan Hus. Mieux on le connaît (l’édition critique des oeuvres de Hus fait actuellement l’objet d’une vaste entreprise de publication), mieux on parvient à évaluer sa compréhension de l’Eglise, mais aussi de Dieu et de l’humain, dans le contexte de la théologie de la fin du Moyen Âge.
Si Hus semble devoir perdre à jamais l’étiquette de préréformateur qu’on lui avait jadis attribuée, il accède en revanche, malgré le terrible échec du bûcher de Constance, au statut de réformateur à part entière.
.

Vendredi 23 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Sciences
La médecine personnalisée, nouvelle vision pour les médicaments de demain ou réalité dès aujourd'hui?
par Jacky Vonderscher, vice-président, Hoffmann-La Roche,
Bâle,
en charge des Sciences de la
Recherche Translationnelle.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
Moins de traitements superflus du cancer du sein ou un meilleur pronostic de guérison d’un mélanome, c’est à ce type de réponse que vise la nouvelle tendance de la recherche pharmaceutique.
Aujourd’hui, avant d’entrer dans l’arsenal thérapeutique, une substance médicamenteuse est évaluée à l’aide d’essais sur des cellules, des modèles animaux et enfin des volontaires sains et des patients. Les prédictions d’efficacité et d’innocuité de tels médicaments développés pour une maladie donnée au sein d’une population la plus large possible peuvent se traduire par des conséquences dramatiques chez certains individus: inefficacité, surdosage, intolérance, toxicité aiguë. Au contraire, grâce à la mise en évidence chez le patient d’indices spécifiques d’une maladie, on tend de plus en plus à concevoir des médicaments s’adressant à un sous-ensemble de population défini au niveau moléculaire (ADN, ARN, protéines, métabolites,…). Ces biomarqueurs sont des paramètres biologiques mesurables propres à assurer le diagnostic, le pronostic ou le choix du traitement.
Un pareil changement de cap entraîne évidemment une mutation du modèle économique de l’industrie pharmaceutique (abandon du concept de blockbuster), révolutionne la pensée médicale (par rapport à la médecine fondée sur les faits, Evidence-Based Medicine) et est susceptible de fournir au patient un traitement plus efficace et inoffensif, par augmentation du rapport bénéfice/risque.
Cette approche récente du développement des médicaments est illustrée par des exemples parmi les principales affections qui font l’objet de recherches assidues: les cancers du sein et de la prostate, l’hypertension, l’hyperlipidémie, la maladie d’Alzheimer, le diabète, le mélanome et les maladies cardiaques. Sont également discutés l’incidence de ce nouveau concept sur la durée de la mise au point de ce genre de médicament et sur le coût du traitement, ainsi que les aspects éthiques qui lui sont liés.
.

Mardi 27 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Sciences sociales et juridiques
Cent ans de vie (1912-2012)
La Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation, héritière de l’Institut Rousseau et de l’Ère piagétienne
par Rita Hofstetter, professeur. Bernard Schneuwly, professeur
et Marc Ratcliff, Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'Université de Genève.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
Fonder le premier temple tout entier dédié à la connaissance de l’enfant, telle est l’ambition de Claparède lorsqu’il crée, avec ses premiers compagnons de route, l’Ecole des sciences de l’éducation – Institut Rousseau, à Genève, en 1912. Le patronyme de Rousseau est revendiqué, car le Citoyen de Genève – certes toujours bien controversé – aurait en précurseur reconnu la valeur propre de l’enfance.
Sous l’égide de figures illustres dans le monde éducatif – en particulier les Baudouin, Bovet, Claparède, Descoeudres, Dottrens, Ferrière –, l’Institut accueille des étudiants émanant de toutes les régions du globe qui s’y pressent pour s’initier à la fois à la rigueur de la recherche éducationnelle et aux valeurs en vogue dans ces milieux réformistes. Il se profile ce faisant dans l’Entre-deux-guerres sur l’avant-scène internationale comme capitale de l’Education nouvelle. Ces «années folles de la pédagogie» débouchent sur la création du Bureau international de l’éducation et une vague de congrès internationaux visant tous, par l’éducation, à créer l’Ère nouvelle. L’ambition n’est-elle pas démesurée?
La crise des années trente aboutit à une métamorphose de l’Institut, tenu de réduire sa militance. Piaget trouve alors là les conditions et ressources pour renouveler la psychologie de l’enfant et du développement, élaborant une théorie qui a marqué le XXe siècle et influencé puissamment l’éducation. Annexé à l’Université en 1929, l’Institut devient Inter-Facultés en 1948 puis est hissé au statut de Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) en 1975.
La petite institution familiale portée par une poignée de militants et sa vingtaine d’étudiants née voici cent ans est aujourd’hui une Faculté universitaire, où oeuvrent plus de trois cents chercheurs et sont inscrits quelque deux mille étudiants.
.

Vendredi 30 mars à 14h30 - Auditoire Piaget, Uni-Dufour
Section Arts
Au secours, mon enfant veut faire les beaux-arts!
par Valérie Mavridorakis, professeur HES en histoire de l’art
contemporain, Haute écote d’art et de
design de Genève
et Yann Chateigné, responsable du département des
Arts visuels, Haute école d’art et de
design de Genève.
Lien vers l'enregistrement de cette conférence.
Bien des clichés sont encore associés aux études artistiques: filières sans réelles finalités professionnelles, formations touche-à-tout, refuges de la marginalité, etc.
Or, les études artistiques, autant et peut-être plus que d’autres, sont soumises à de hautes exigences: celle de la responsabilité que requiert le double exercice de l’imagination et de la liberté, celle de l’application judicieuse des connaissances qui nourrissent la créativité.
En ce sens, les écoles d’art sont non seulement des laboratoires de l’expérimentation esthétique, mais encore des laboratoires de l’éducation. Les théories et les pratiques s’y articulent comme nulle part ailleurs, les savoirs y dialoguent, l’engagement critique y est de mise. En quoi une école d’art, par-delà sa mission première, celle de former les artistes de demain, est aussi, tout simplement, une institution utile à la polis. Parce qu’elle exerce ses étudiants au vivre-ensemble.

