Valorisations

Le sexuel : enjeu d’actualité en bibliothèque - un projet G3

Penser la place des sciences des sexualités au sein d’une bibliothèque universitaire

Entre la recherche en sciences des sexualités et les enjeux bibliothéconomiques au sein des universités de Bruxelles, Montréal et Genève

Le G3 de la francophonie regroupe l’Université de Genève, l’Université libre de Bruxelles et l’Université de Montréal, avec l’objectif de créer une communauté d’intérêts dans les domaines de l’enseignement, de la recherche et des services à la société. Ce programme partenarial a retenu, dans son appel à projets 2021, le projet : « Penser la place des sciences des sexualités au sein d’une bibliothèque universitaire : Entre la recherche en sciences des sexualités et les enjeux bibliothéconomiques au sein des universités de Bruxelles, Montréal et Genève », pour les années 2022-2024.

Web1140x350-LivresIndisciplines-Colloque-09032022.jpg

Le sexuel : enjeu d’actualité en bibliothèque
Conférences et tables rondes dans le cadre d’un projet G3 de la francophonie

 

Webinaire et en présentiel :
14h-20h (UTC/GMT+1) | 8h-14h (UTC/GMT-5)
Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités
Université de Genève | Campus Battelle, Bât. A
7, rte de Drize
CH-1227 Carouge

Lien d'inscription

Evènement dans le cadre de l’exposition « des livres indisciplinés »

**********

L’Université libre de Bruxelles, l’Université de Genève et l’Université de Montréal constatent une demande croissante de la part des usagers et des usagères des bibliothèques universitaires qui souhaitent avoir accès à des ressources documentaires pour des projets de recherche, des publications, des thèses de doctorat et des mémoires de maîtrise sur des thématiques liées aux sexualités, tous domaines confondus. De même, ces universités possèdent toutes trois des collections de nature patrimoniale dédiées à ce sujet : la collection « Robert Van Bel » (ULB), la collection « Michel Froidevaux » (UNIGE) et une collection de Curiosa (UdeM). 

Cette demi-journée d’étude va permettre de souligner les questionnements soulevés par l’émergence des sciences des sexualités au sein des universités francophones : Comment s’est formée la documentation sur les sexualités dans nos universités ? Comment s’inscrivent les collections au sein de nos bibliothèques et à quels besoins répondent-elles ? Comment rassembler des ouvrages transdisciplinaires dispersés dans différentes disciplines ? 

A travers l’exemple des collections courantes des trois universités ainsi que de dons de nature patrimoniale, les intervenant-es et participant-es à cette demi-journée essayeront d’apporter des éléments de réponses sur ces enjeux transdisciplinaires et d’actualité portés par les sciences des sexualités sur les rayons de nos bibliothèques.
Pour débuter, deux présentations scientifiques permettront de donner un contexte aux réflexions soulevées et seront suivies par deux tables rondes où dialogueront des spécialistes de l’information documentaire. Enfin, une conférence du philosophe Alexandre Lacroix, faisant écho aux collections en sciences des sexualités, viendra clôturer cette demi-journée d’étude ainsi que l’exposition « des livres indisciplinés ».


Cette demi-journée d’étude s’inscrit dans le cadre du projet « Penser la place des sciences des sexualités au sein d’une bibliothèque universitaire : Entre la recherche en sciences des sexualités et les enjeux bibliothéconomiques au sein des universités de Bruxelles, Montréal et Genève (2022-2024) » soutenu par la structure G3 de la francophonie.

**********

14h-14h45 | Visite guidée de l’exposition « des livres indisciplinés »

15h – 15h10 | Mots de bienvenue et enjeux du projet G3 de la francophonie: Penser la place des sciences des sexualités au sein d’une bibliothèque universitaire
Ferdinando Miranda, directeur exécutif du Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités de l’Université de Genève
Joëlle Muster, responsable du site Uni Mail de la Bibliothèque de l’Université de Genève

15h10 – 15h40 | Une historiographie des études sur les sexualités
Sylvie Chaperon, professeure d’Histoire contemporaine à l’Université de Toulouse Jean Jaurès et membre du Conseil d'orientation du Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités de l’Université de Genève

15h40 – 16h10 | De quelques entrelacs entre littérature et médecine à propos du sexuel
Juan Rigoli, directeur scientifique du Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités de l’Université de Genève

16h10 – 16h30 | Pause

16h30 – 17h15 (table ronde 1) | La documentation sur le sexuel au sein d’une bibliothèque universitaire : Quelle place, quelle intégration, quels enjeux ?
Joëlle Muster, responsable du site Uni Mail de la Bibliothèque de l’Université de Genève
Camille Yassine, bibliothécaire spécialiste en sciences des sexualités à la bibliothèque de l’Université de Genève
Maryna Beaulieu, directrice de la bibliothèque des lettres et sciences humaines de l’Université de Montréal
Renaud Bardez, directeur de la bibliothèque des sciences humaines de l’Université libre de Bruxelles

Modération : Ferdinando Miranda, directeur exécutif du Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités de l’Université de Genève

17h15 – 18h (table ronde 2) | Collections patrimoniales, collections transdisciplinaires : le sexuel à l’épreuve des normes de bibliothèque
Ariane Perruchoud, responsable du secteur soutien à la recherche et à l'enseignement du site Uni Mail de la bibliothèque de l’Université de Genève
Muriel Leclerc, bibliothécaire spécialiste en humanités-médecine de l’Université de Genève
Anne-Sophie Gauthier, bibliothécaire spécialiste en psychologie de l’Université de Genève
Benoit Epron, professeur en information documentaire à la Haute Ecole de Gestion de Genève

Modération : Camille Yassine, bibliothécaire spécialiste en sciences des sexualités de l’Université de Genève

18h – 18h30 | Pause

18h30-19h30 | Comment faire l’amour/le sexe aujourd’hui ? : des réponses en écho avec « des livres indisciplinés »
Alexandre Lacroix, philosophe 
Lien d'inscription

19h30 | Performance : carte blanche à Diamanda Callas en écho avec « des livres indisciplinés »

20h00 | Apéritif

Télécharger le flyer en PDF

Ces trois universités partenaires reconnaissent les sciences des sexualités en bibliothèque universitaire comme un enjeu d’avenir, tant pour celles qui possèdent déjà des collections en la matière et du personnel dédié à ses questions, que pour celles qui s’interrogent sur leur rôle. En outre, elles constatent une demande croissante de la part des usagers et des usagères des bibliothèques universitaires qui souhaitent avoir accès à des ressources documentaires pour des projets de recherche, des publications, des thèses de doctorat et des mémoires de maîtrise sur des thématiques liées aux sexualités, tous domaines confondus.

Plus particulièrement, ce projet G3 de la francophonie peut contribuer au développement du champ émergent des sciences des sexualités au sein de certaines universités francophones alors que des académies anglophones disposent déjà d’importantes et historiques collections en la matière, tels que le Kinsey Institute à l’Indiana University.

Dans le cadre de ce projet, nous considérons les « sciences des sexualités » en tant que champ interdisciplinaire qui vise à comprendre la sphère du sexuel en ayant recours à de multiples domaines, méthodologies et approches. Des mutations importantes et rapides ont lieu, qui concernent autant les pratiques sexuelles et procréatives que la manière dont sont repensées les identités sexuelles, entraînant dans ce mouvement des questionnements d’ordre éthique, juridique et politique. Dans ce cadre, des nombreuses problématiques liées à des formes de censure, historiquement inhérentes à tout ce qui touche au sexuel, peuvent persister au sein de nos collections et nourrissent notre réflexion sur les potentielles limites que peut rencontrer la liberté académique en bibliothèque universitaire. Champ en devenir, les sciences des sexualités se déploient aujourd’hui sur les plans scientifiques, culturels et sociaux, et exigent une approche holistique. La diversité et la multiplicité de ce champ échappent à des formes de catégorisation, viennent bousculer les pratiques bibliothéconomiques préexistantes et appellent à des mutations des usages en bibliothèque. Les questionnements suscités dernièrement par la création de centres d’archives liés aux expressions non-hétérosexuelles de la sexualité (archives associatives et collections privées) au sein des institutions publiques bruxelloise, montréalaise et genevoise l’attestent.

En 2000, l’Université libre de Bruxelles acquiert la bibliothèque éclectique, exotique et « olé-olé » de Robert Van Bel, bibliophile spécialisé dans la catégorie des Curiosa. Bibliothécaire de la Bibliothèque royale Albert 1e, entre les années 1970 et 2000, il cultive un penchant des sujets en marge des grands centres d’intérêt traditionnels du monde des bibliothèques. À son décès, l’ULB récupère approximativement 207 cartons de déménagement qui sont transférés vers la Réserve précieuse de l’Université. Cette collection se compose d’une part imposante de périodiques, littérature grise, bandes dessinées, roman-photo dédiés au sadomasochisme, au fétichisme et autres études « relatives aux diverses ‘perversions’ sexuelles », pour reprendre les propos de son collectionneur. Cette collection d’une quarantaine de mètres linéaires brasse de la littérature tant européenne qu’américaine et constitue un ensemble unique en son genre.

Indubitablement, durant près de deux décennies, le Département des bibliothèques et de l’information scientifique de l’Université libre de Bruxelles a volontairement ou involontairement ignoré l’existence de ce fonds dans ses murs. Une certitude néanmoins, celle de son utilisation sommaire qui a pu servir le projet Pas ce soir chéri(e) ? Une histoire de la sexualité XIXe-XXe siècles, dirigé par Valérie Piette.

En juin 2021, la Fondation F.I.N.A.L.E. (Fondation Internationale des Arts et Littératures Érotiques) a fait don à l’Université de Genève (Bibliothèque - Centre Maurice Chalumeau en sciences des sexualités -CMCSS) d’une collection documentaire remarquable qui rassemble les innombrables livres et périodiques liés aux sexualités que Michel Froidevaux, fondateur de F.I.N.A.L.E., a regroupés sa vie durant. Cette collection doit sa valeur scientifique à l’ensemble unique qu’elle constitue, à la fois hétérogène et d’une cohérence thématique affirmée, signe de l’infatigable labeur et du bonheur sans cesse renouvelé d’un collectionneur aussi passionné qu’éclairé, dont le profil bien peu conformiste aura marqué son époque.

La collection « Michel Froidevaux » constitue, à ce jour, la ressource documentaire la plus quantitativement importante liée au CMCSS. Recensant approximativement 50 000 documents sur support papier, elle se compose d’imprimés de natures et de sujets très divers, de toutes les époques et dans toutes les langues. Michel Froidevaux a collectionné tout ce qui, à ses yeux, pouvait évoquer les infinies connaissances, expressions et fantaisies de la sexualité humaine, sans volonté de les hiérarchiser, ni de les classer. « L’éros et la liberté sont consubstantiels », affirmait-il. Une approche imprégnée de liberté et d’anarchie qui permet notamment aux collections complètes de Playboy de côtoyer des traités médicaux du XIXe siècle, aux rapports Kinsey ou Hite (premières grandes études médicales sur les sexualités) de partager les rayons avec des « classiques » de la littérature licencieuse et libertine, des romans de gare érotiques, des bandes-dessinées, des livres de cuisine, des albums de photographies, des dictionnaires, des anthologies de poésie ou de nouvelles, les premières revues gays et des revues pornos, allant du XVIIIe siècle à nos jours. Le tout en plusieurs langues, formats et rééditions.

La Bibliothèque des livres rares et collections spéciales accueille en 2022 une collection de « curiosa », terme qui, en bibliophilie, désigne des livres illustrés mêlant érotisme et sexualité. Formée d’une centaine d’imprimés le plus souvent à tirage limité et numérotés, cette collection témoigne de l’art de l’illustration érotique, surtout entre 1930 et 1960. Rééditions de grandes œuvres de la littérature occidentale ou créations contemporaines, les divers ouvrages sont émaillés de planches signées des illustrateurs ayant marqué l’époque, on pense notamment à Amandine Doré, Berthommé Saint-André, Paul-Émile Bécat, Schem ou Suzanne Ballivet.

Le projet : « Penser la place des sciences des sexualités au sein d’une bibliothèque universitaire : Entre la recherche en sciences des sexualités et les enjeux bibliothéconomiques au sein des universités de Bruxelles, Montréal et Genève » consiste en la formation d’un groupe d’échanges et de réflexions autour des collections et des services de soutien liés aux sexualités au sein des bibliothèques de ces trois universités partenaires. Il entend contribuer à l’émergence et au développement des sciences des sexualités, en se penchant plus particulièrement sur les enjeux bibliothéconomiques des collections, de leur mise en valeur et du soutien à apporter à ce domaine du savoir en émergence.

Les différentes réalités et pratiques des bibliothèques ainsi que le lien tissé avec les recherches en cours au sein de chaque université font émerger d’autres questionnements qui étayeront nos réflexions et fourniront des exemples concrets :

  • Quelle place accorder à des fonds privés au sein de bibliothèques universitaires ? Comment rationnaliser les pratiques pour les collections courantes préexistantes mais dispersées, par la transdisciplinarité du domaine, dans différents ensembles documentaires ?
  • Quel est le rapport des équipes à cette littérature ? Quelle place l’auto-censure joue dans la mise à disposition et la médiation de ces collections ? De quelles manières la liberté académique peut-elle être parfois ébranlée en rapport avec l’arrivée de ces collections ? Qui pourraient être les acteurs d’une éventuelle censure ? Comment pourrait-elle être évitée ?
  • Quelles sont ou peuvent être les pratiques d’acquisitions et de don, d’inscription au catalogue, de numérisation pour conservation ou diffusion, des expositions ? Quelles règles standardiser pour le traitement des collections pornographiques (dont sadomasochistes et fétichistes) dans les Bibliothèques universitaires ? Qu’en est-il de l’adéquation des vocabulaires utilisés pour décrire ces documents, et donc des clés d’accès pour les repérer dans les outils et moteurs de recherche, étant donné l’évolution rapide de la terminologie pour ces questions ? Qu’en est-il du processus qui mène à la diffusion et la mise en valeur de ces collections ?

Les séances thématiques, articulées autour des cas d’étude de chaque université, correspondent à des présentations de scientifiques et bibliothécaires suivies d’un dialogue autour du thème proposé. Les différentes interventions permettront de poser un cadre à la discussion qui va suivre entre les différent-es participant-es des trois universités partenaires ainsi que le public présent à ces séances thématiques. L’ensemble de ces questionnements et des réponses qui y seront apportées se trouveront réunies dans des fiches de synthèse ainsi que dans le vademecum, publié à la fin du projet, au printemps 2024.