2018

Un nouvel écosystème contre la résistance aux antibiotiques

Un consortium international piloté par l’UNIGE et AstraZeneca propose la mise en place d’un écosystème de mesures économiques incitatives pour stimuler le développement de nouveaux antibiotiques tout en assurant leur accès et leur utilisation durable et responsable.

 

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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) classe aujourd’hui la résistance aux antibiotiques parmi les principales menaces pour la santé humaine : de plus en plus de bactéries deviennent résistantes et trop peu de nouveaux traitements sont développés pour les combattre. Le projet de recherche DRIVE-AB, un consortium piloté par l’Université de Genève (UNIGE) et AstraZeneca, montre qu’une prime de mise sur le marché d’un milliard de dollars par antibiotique, couplée à d’autres mesures incitatives, pourrait accroître de manière significative le nombre de nouveaux antibiotiques arrivant sur le marché dans les trente prochaines années. Son rapport final est publié aujourd’hui.

 

Plus de 30 mesures incitatives provenant de différentes industries ont été évaluées par les chercheurs de DRIVE-AB qui en ont déterminé l’effet sur l’innovation, l’utilisation responsable et l’accès équitable aux antibiotiques. Ils ont ainsi pu développer et évaluer les coûts de nouveaux modèles économiques. Le consortium, financé par l’Initiative pour des Médicaments Innovants (IMI), regroupe 23 partenaires incluant des universités, des sociétés pharmaceutiques et des organisations de santé publique.

Pour des antibiotiques remplissant certaines conditions précises, DRIVE-AB recommande une prime de mise sur le marché complétant le chiffre d’affaires réalisé par les ventes à l’unité. Cette mesure créerait des conditions plus attractives pour l’investissement dans la recherche et développement (R&D), attirant davantage de financements privés de manière durable. Cette prime consiste en une série de paiements financiers à toute institution ou entreprise qui obtiendrait l’autorisation des autorités réglementaires pour un nouvel antibiotique remplissant des critères préspécifiés et répondant aux besoins non couverts de santé publique. Elle serait assortie d’obligations concernant l’utilisation responsable, un accès équitable et l’approvisionnement de cet antibiotique. Basé sur ses résultats de recherche, DRIVE-AB estime qu’au maximum deux antibiotiques innovants et actifs contre des pathogènes prioritaires identifiés par l’OMS pourrait recevoir une telle prime dans les cinq prochaines années. Selon le Professeur Francesco Ciabuschi de l’Université d’Uppsala et partenaire de DRIVE-AB, « nos simulations prédisent que la mise en place de ce type de prime pourrait potentiellement amener sur le marché un total de 16 à 20 antibiotiques vraiment innovants dans les vingt prochaines années. Sans mesures incitatives, certains traitements très prometteurs du point de vue scientifique ne seront probablement jamais disponibles pour les patients ».

Parmi les mesures incitatives analysées par le consortium, trois autres modèles ont été identifiés comme étant les plus efficaces pour stimuler la R&D, tout en assurant que les antibiotiques soient utilisés de manière durable et continuent d’être accessibles au plus grand nombre : 1) des subventions de recherche non-remboursables; 2) la création de «coordinateurs de pipeline», organisations gouvernementales ou à but non-lucratif capables d’identifier et de combler les trous du pipeline global des antibiotiques; et 3) des financements de type continuité d’approvisionnement à long terme pour garantir, au cours du temps, un approvisionnement prévisible d’antibiotiques génériques cruciaux. Stephan Harbarth, professeur à la Faculté de médecine de l’UNIGE et coordinateur de DRIVE-AB, souligne que «le processus de R&D est long. Il faut donc implémenter ces mesures incitatives maintenant pour disposer de nouveaux antibiotiques d’ici 10 à 20 ans.» Toutes les mesures incitatives recommandées devront être assorties de clauses contractuelles contraignantes qui permettront de garantir un accès équitable et une utilisation durable des antibiotiques. Pour Christine Årdal, partenaire de DRIVE-AB et Senior Advisor à l’Institut Norvégien de Santé Publique, «ces mesures sont complémentaires et ne marcheront pas séparément les unes des autres. Elles sont conçues pour former un écosystème qui maximiserait la R&D tout en assurant accès et utilisation durable des nouveaux antibiotiques au cours du temps».

 

Une coordination au plus haut niveau politique

DRIVE-AB estime que 800 millions de dollars (680 millions d’Euros) sont nécessaires annuellement pour financer les subventions de recherche et les coordinateurs de pipeline, une augmentation de 50% par rapport aux investissements publics actuels dans la R&D des antibiotiques. Pour permettre une coordination des mesures incitatives au plus haut niveau politique, le consortium recommande comme une des options importantes de gouvernance de s’appuyer sur le G20 Global R&D Collaboration Hub on AMR. Cette structure, récemment créé pour les pays qui financent la recherche contre la résistance aux antibiotiques, a pour but d’orienter la R&D pour les antibiotiques vers les domaines où le besoin est le plus grand, de favoriser la collaboration et mobiliser des ressources. Selon DRIVE-AB, le G20 devrait travailler avec des Etats membres et non-membres pour la mise en place et le financement, sur une période de 20 ans, d’une prime de mise sur le marché assortie de mesures d’utilisation responsable. La définition de profils de produits cibles, par l’OMS ou tout autre institution appropriée, pourrait servir à diriger les investissements publics et privés là où les besoins sont les plus grands, pour le plus grand bénéfice des patients et de la société.

Parallèlement à la prime de mise sur le marché, les autorités nationales devraient s’attaquer aux problèmes économiques de leurs propres systèmes. Le rapport final de DRIVE-AB propose des pistes d’amélioration pour les processus d’évaluation des technologies de la santé, afin de mieux prendre en compte la valeur sociétale des antibiotiques dans les décisions de couverture et de remboursement des médicaments. Les chercheurs de DRIVE-AB ont aussi publié de nouveaux modèles pour décrire la dissémination des bactéries résistantes et des paramètres consensuels pour l’utilisation responsable des antibiotiques.

«Il n’y a pas de solution unique pour stimuler l’innovation dans un marché global caractérisé par des besoins, des systèmes de santé et un accès aux antibiotiques qui varient fortement. Un cocktail de mesures incitatives sera nécessaire, qu’il faudra pouvoir adapter aux contextes locaux tout en étant capable de stimuler globalement l’innovation en matière d’antibiotiques» note Judith Hackett, co-coordinatrice de DRIVE-AB et Director Global Pricing and Reimbursement chez AstraZeneca.

 

A propos de DRIVE-AB
DRIVE-AB (Driving Re-investment in research and development for antibiotics and advocating their responsible use) est un consortium public-privé qui regroupe 23 partenaires originaires de 11 pays européens différents (institutions académiques, organismes de recherche, industries pharmaceutiques et biotechnologiques). Financé à hauteur de 9,4 millions d’euros par l’Initiative européenne sur les Médicaments Innovants (IMI) dans le cadre de son programme NewDrugs4BadBugs (ND4BB), DRIVE-AB s’est attaché à proposer de nouveaux outils pour promouvoir l’innovation, tout en garantissant une utilisation responsable et un accès équitable aux antibiotiques. Son approche pluridisciplinaire a permis de réunir toutes les compétences nécessaires à la compréhension de ce marché.

Les partenaires de DRIVE-AB sont: British Society for Antimicrobial Chemotherapy, Chatham House, Center for Anti-Infective Agents, Heidelberg University, London School of Economics and Political Science, Norwegian Institute of Public Health, Radboud University Medical Center, Tel Aviv Sourasky Medical Center, University of Antwerp, Université de Genève, Université de Lorraine, University of Rijeka Medical Faculty, University of Strathclyde, University of Tübingen, Uppsala University, Wageningen University and European Federation of Pharmaceutical Industries and Associations (EFPIA) members Astellas Pharma Europe LTD, AstraZeneca AB, GlaxoSmithKline Research & Development, F. Hoffmann-La Roche Ltd, Merck Sharp & Dohme, Pfizer Limited and Sanofi-Aventis Research & Development.

 

Financement

Le programme DRIVE-AB bénéficie du soutien de la plateforme européenne « Innovative Medicines Initiative Joint Undertaking » (via l’accord de subvention n° 115618), dont les ressources se composent d’une participation financière du septième programme cadre de l’Union européenne (FP7/2007-2013) et de la contribution en nature d’entreprises membres de la Fédération européenne des associations et industries pharmaceutiques (EFPIA).

24 janvier 2018
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