2020

COVID 19: dilemmes sociaux contre gestes barrières

Le profil psychosocial des personnes qui résistent à l’adoption des comportements de protection adéquats contre la transmission du virus SARS-CoV-2 est une information précieuse pour la prévention contre les épidémies.

 

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Quels sont les profils psychologiques et sociaux des personnes qui n'adoptent pas les gestes barrières? @DR

 

Il faut connaitre les profils psychologiques et sociaux pour comprendre la façon dont les gestes protecteurs contre les maladies contagieuses sont adoptés, et définir ainsi les bonnes approches préventives. Tout au début de la crise du coronavirus, avant que les mesures contraignantes soient prises, une équipe de spécialistes des comportements de santé de l’Université de Genève (UNIGE) a pu collecter de nombreuses données liées à l’adoption des gestes barrières. À travers une étude publiée dans la revue Applied Psychology : Health and Well Being, les psychologues genevois-es ont analysé comment les Britanniques suivaient les précautions recommandées dans leur pays. L’influence du comportement des autres sur les prises de décision individuelle, appelée le dilemme social, est au cœur de l’étude. Elle relève que les croyances sur la maladie COVID 19, comme se sentir vulnérable ou penser que la maladie est dangereuse, ont peu d’impact sur l’adoption des gestes barrières. Les personnes les moins enclines à les adopter sont celles qui considèrent que les précautions prises par les autres rendent les leurs inutiles. Ces profils psychosociaux, parmi d’autres, identifiés dans cette étude, fournissent des pistes pour des messages de prévention plus efficaces. 

 

Mieux comprendre le comportement humain lorsqu’il s’agit de contribuer positivement à une collectivité permet de développer des mesures et des messages plus adéquats en termes de prévention. Une démarche de modélisation du comportement très utile pour des questions de don du sang comme d’écologie. Lisa Moussaoui, maître assistante au groupe de recherche en psychologie de la santé de la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation (FPSE) de l’UNIGE et première auteure de l’étude précise la démarche: «Nous cherchons à comprendre comment les gens prennent des décisions et agissent, afin d’intervenir de manière préventive». C’est pourquoi, le 13 mars 2020, lors de l’annonce de l’entrée en semi-confinement par l’Office Fédéral de la Santé Publique, la chercheuse et ses collègues ont décidé d’apporter leur expertise à la crise sanitaire du COVID-19. 

 

Le Royaume uni comme modèle

Les psychologues genevois-es se sont tournés vers le Royaume uni, qui contrairement à la Suisse, n’était pas encore entré en confinement. Ce fait a permis d’analyser les comportements en amont de l’entrée en vigueur des mesures officielles, pour se concentrer sur les premières phases déterminantes du comportement. Un échantillon représentatif de 1006 citoyennes et citoyens britanniques a servi de base à l’étude. Elle comprenait une série de questions portant sur le suivi de l’adoption des gestes barrières recommandés par les autorités sanitaires britanniques. «Nous avons notamment mesuré des variables comme la vulnérabilité perçue au COVID-19, la gravité perçue de cette maladie et un certain nombre d’autres croyances», précise Nana Ofosu, doctorante à l’UNIGE et co-auteure de l’étude.

 

Peu de différences sociodémographiques

Les psychologues ont constaté que les gestes barrières étaient spontanément adoptés par une grande partie de la population. «C’est un phénomène connu. Informer de la présence d’un danger suffit à provoquer un changement massif et rapide de comportement. On l’a vu dans d’autres situations tragiques, comme la pandémie du SIDA. Des poches de résistant-es existent malgré tout», précise Olivier Desrichard, professeur à la FPSE et co-auteur de l’étude.

Le niveau d’éducation, l’environnement familial, l’âge et le nombre de cas déclarés dans la région n’influencent en rien les comportements. «Un résultat qui contredit les rumeurs prétendant que certaines catégories de la population, comme les jeunes, étaient moins respectueuses des consignes que les autres», rajoute Lisa Moussaoui.

 

Le comportement des autres: une source de dilemme social

Si personne ne le fait, pourquoi serais-je le seul à faire l’effort? Plus les participant-es de l’étude sont d’accord avec cette question, moins ils/elles adoptent les gestes barrières. Un autre facteur influence négativement leur adoption, le «drop in the bucket», à savoir le sentiment que sa propre contribution ne sert à rien par rapport à l’ampleur du danger. Finalement, l’étude met en avant le fait que plus les participant-es ont des contacts sociaux, comme les rapports professionnels, plus ils se sentent vulnérables, sans que cela stimule pour autant leur adoption des bons gestes. 

 

Une prévention à affiner

Une étude qui confirme donc que les dilemmes sociaux influencent les comportements. Cette approche psychosociale propose un contrepoint intéressant à la façon de communiquer sur le COVID-19, focalisée sur la dangerosité du virus et sur l’importance du respect des consignes. «Il est important de connaître les vrais déterminants des comportements avant d’entamer une action de prévention pour ne pas passer à côté du but escompté. La plupart des personnes interrogées étaient déjà convaincues de l’importance de respecter les recommandations. Ce type de messages n’influence donc pas leur comportement», conclut la chercheuse. 

 

 

1 octobre 2020
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