Cinéma

Invisibles. Festival Histoire et Cité 2022

Invisibles

La Revue du Ciné-club universitaire, hors-série mars 2022

Ce numéro hors-série de la Revue du Ciné-club universitaire paraît à l'occasion de la 7e édition du Festival Histoire et Cité.

Édito: Oxymore

Le cinéma entretient avec l’invisible un rapport que la seule figure d’un oxymore paraît grossièrement épuiser. Imperceptible à la vue, l’invisible ne se concevrait a priori que comme ce qui résiste aux moyens de sa captation technique (l’œil de la caméra, la pellicule photosensible) puis de sa projection écranique : l’invisible échapperait à la représentation filmique.

Plus finement cependant, le cinéma ne limite pas les moyens de représenter à l’évidence de ce qui s’affiche à l’image. Il convoque à son déploiement toutes les figures – in praesentia bien sûr mais encore in absentia – qui depuis son invention modèlent les formes de son langage : hors-champ, elliptique, métonymique, syncopé, tout ce qui ne se voit pas à l’image, sa part invisible, définit alors la représentation filmique.

La programmation cinéma du Festival Histoire et Cité, pour sa version 2.022, ouvre le champ hors des limites de ce que l’on a ainsi naturellement la possibilité, techniquement les moyens, socialement le droit,moralement l’envie ou le courage, de voir.

Défi formel quand il s’agit, exemplairement avec L’homme invisible (James Whale, 1933) et ses avatars jusqu’au dernier Invisible Man de Leigh Whannell (2020), d’inventer les ressorts rhétoriques propres à configurer notre expérience esthétique de ce qui doit échapper à notre perception. Mais engagement politique dès lorsqu’il s’agit aussi d’amener à sa meilleure considération une communauté de personnes économiquement ou socialement marginalisées – invisibilisées : Sergeant Rutledge (John Ford, 1960) ou On the Bowery (Lionel Rogosin, 1956) rétablissent, dans un régime tantôt documentaire tantôt fictionnel, une part de leur visibilité aux perdants que l’histoire des gagnants persiste à refouler hors cadre. Le geste est militant quand, avec Les invisibles, Sébastien Lifshitz (2012) recueille pour les publier les témoignages intimes de couples homosexuels dont les relations étaient jusque-là encore fortement stigmatisées. Il appelle à résister quand, par exemple, Pere Portabella imagine pour Cuadecuc (1971) un dispositif filmique abyssal et retourne la narration spectrale des Nuits de Dracula dont il filme les coulisses du tournage pour dénoncer le régime fasciste en Espagne. Le geste enfin est mémoriel, avec les travaux de Rithy Panh et de Christophe Cognet qui ont cette intention partagée de restituer à la mémoire commune les images manquantes, défigurées, de l’expérience traumatique génocidaire.

Les articles au sommaire de ce numéro hors-série de la Revue du Ciné-club universitaire déploient extensivement ces problématiques selon lesquelles le cinéma se figure (par) l’invisible.

Sommaire

  • Ambroise Barras, Édito: Oxymore, p.1
  • Cerise Dumont, À la recherche de l'homme invisible, pp.5-12
  • Michel Porret, Un homme invisible peut dominer le monde: signes, traces et emblèmes de l'invisibilité filmique, pp.13-23
  • Jean Perret, Images recomposées: À pas aveugles, de Christophe Cognet, pp.25-31
  • Bertrand Bacqué, Images malgré tout: L'image manquante, de Rithy Panh, pp.33-40
  • Noémie Baume et Nicolas Sarkis, Des invisibles et des impensés: à propos de la trilogie de la terre mère de Patricio Guzmán, pp.41-44
  • Suzanne Liandrat-Guigues, John Ford et la cause afro-américaine: Le sergent noir, pp.45-50
  • Almudena Jiménez Virosta, Donde la luz no llega: Cuadecuc, de Pere Portabella, pp.63-62
  • Mireille Berton, Femme, es-tu là? Médiums spirites, genre et cinéma, pp.63-69
  • Leandra Patané, Anthropologie du perdant: Accattone de Pier Paolo Pasolini, pp.71-77
  • Michel Porret, Men of Bowery: l'invisibilité en plein-champ et en hors-champ, pp.79-87
  • Bertrand Bacqué: La méthode Rogosin, pp.82-84
  • Taline Garibian, Les invisibles s'affichent: autour du film de Sébastien Lifshitz, pp.89-92
  • Nicolas Appelt, Fin de partie: L'échiquier du vent, de Mohammad Reza Aslani, pp.93-100
  • Eléonore Beck et Clarissa Yang, Furieuses: à la recherche des transgressions oubliées, pp.101-107
  • Films au programme, pp.109-114

La revue au format papier

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Pour citer la revue

La Revue du Ciné-club universitaire: Invisibles. Hors-série mars 2022

Pour citer un article de la revue

Liandrat-Guigues, Suzanne . (2022). John Ford et la cause afro-américaine: Le sergent noir. La Revue du Ciné-club universitaire: Invisibles, hors-série mars 2022, 45-50

Production

Ciné-club universitaire

cineclub(at)unige.ch

022 379 77 24

Horaire

  • mardi 1 mars 2022 00:00 ‑ 00:00
								
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