Revues du ciné-club

Figures du double

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Figures du double

La Revue du Ciné-club universitaire, octobre 2003

Édito

La problématique du double, parce qu’elle pose les questions de l’identité – de soi et de l’autre – est fondamentale dans toutes les civilisations humaines. Preuve en est la prolifération de cette figure dans les mythes originels. Les héros fondateurs, qu’ils soient jumeaux, frères et sœurs ou alter ego vont souvent par deux (Caïn et Abel, Castor et Pollux, Remus et Romulus, Apollon et Artémis…), ils constituent la préhistoire du double. Dans les fictions littéraires, cette figure est extrêmement répandue et se conjugue à tous les modes: du double par division (scission de personnalité, schizophrénie, autoscopie) au double par multiplication (jumeaux, sosies, avatars, clones…) en passant par le Doppelgänger, la substitution d’identité, le reflet dans le miroir, l’ombre…

Pourquoi un cycle sur les figures du double au cinéma? Plus qu’un simple thème, il nous a semblé que le double entretenait une relation consubstantielle avec le cinéma, dans la mesure où ce dernier fonctionne sur le mode d’un dédoublement à deux niveaux: au niveau du jeu des acteurs qui doivent se faire autres pour devenir personnages, et au niveau de la reproduction du réel qu’engendre un film. Nous nous somme donc particulièrement intéressés aux œuvres qui thématisent de façon approfondie la figure du double sous un de ces deux aspects, voire qui les combinent (ce qui est le cas de la plupart des films proposés). Le cycle propose une Odyssée des figures du double: on débute par des films où le double se matérialise principalement au niveau du personnage (Doppelgänger, jumeaux) pour évoluer vers l’extension de la problématique du double au film en tant que tel (du film dans le film au film comme double du monde).

Ce cycle n’est donc pas seulement thématique, mais aussi méta-discursif: il ne parle pas seulement d’une figure représentée dans certains films, mais aussi du cinéma lui-même et du rapport qu’il entretient avec la réalité.

Notre sélection, qui s’est voulue la moins immédiate et évidente possible tout en proposant une large palette au niveau des figures comme des genres, a été conditionnée par le désir d’éviter les redondances. Cependant, bien d’autres films auraient pu trouver leur place dans cette série. Afin d’apaiser tant soit peu cette frustration, une programmation off du cycle a été organisée avec l’aimable et précieux “jumelage” du CAC-Voltaire.

Le cycle débute avec deux films incontournables, Persona et Vertigo, qui pose la question de l’identité et de son usurpation, auxquels succèderont le lundi suivant le “double film” de Jean Eustache Une sale histoire. Ce film sera suivi par une conférence de Guy Magen qui amorcera une réflexion générale sur le double dans l’ensemble des films du cycle, et par la projection de Deux, court métrage de Franz Holzer. Faux semblants traite de la question de la gémellité et Dodes’kaden est une fable où, face à une réalité inacceptable, chaque personnage fuit dans le dédoublement et s’invente un autre monde. Nous explorerons aussi le double qui sommeille en nous avec L’étrangleur de Boston (variation sur le mythe de Dr. Jeckyll et Mr. Hyde, incluant un artifice formel pertinent, les split screens). Opening Night illustre la problématique de l’incarnation de personnages par l’acteur et ce qu’elle implique. Quant à L’associé il met en scène la création d’un alter ego imaginaire qui devient envahissant et dont la destruction entraîne la mise en péril du héros (figure dérivée du Doppelgänger). Dans La mort aux trousses, Hitchcock nous donne une leçon magistrale d’usurpation d’identité.

Un deuxième volet du cycle, à partir du 1er décembre, s’intéressera à la mise en abyme et au rapport entre réalité et fiction. Avec Le magnifique et Le mépris pour commencer, ce sont l’écriture et le cinéma lui-même qui sont mis en scène, dans le premier cas sur le ton de la comédie, dans le second sur celui du drame amoureux. La rose pourpre du Caire se penche sur la même question, alors que les personnages franchissent allégrement la frontière établie par l’écran entre réalité et fiction. Ouvre les yeux nous fait entrer dans le monde brisé d’un homme qui a perdu son visage, où la fêlure du personnage se reflète dans la fêlure de sa réalité. Zelig, l’homme-caméléon, se métamorphose en fonction de son milieu et adresse la question de l’identité à l’ensemble du groupe social. Enfin le miroir se brise en centaines d’éclats narratifs avec Le Miroir, brillante tentative de restituer la vérité d’un visage de mère dans son temps, en multipliant les niveaux de réalité.

C’est maintenant à vous, spectateurs, de venir, tels Narcisse, vous contempler dans le miroir projeté qu’est l’écran, ou, tels Persée, utiliser la toile comme un bouclier pour vous réfléchir.

Sommaire

  • Flavia Ambrosetti, Abderrahmane Bekiekh, Frédéric Favre, Astrid Maury, Lucie Rebetez, Moritz Zander, Édito, pp.1-2
  • Guy Magen, Le héros naît à soi-même de son dédoublement pp.4-5
  • Astrid Maury, Le cinéma et ses doubles, pp.7-8
  • Frédéric Favre, Le cinéma et son double, pp.11-12
  • Moritz Zander, Le dédoublement de personnalité, p.14
  • Flavia Ambrosetti, La figure du double chez Hitchcock, p.16
  • Clément Rosset, L’autre réalité, p.16
  • Lysianne Léchot Hirt, Rétrospective Straub & Huillet, p.20

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Pour citer la Revue

La Revue du Ciné-club universitaire: Figures du double. Octobre 2003 (3).

Pour citer un article de la Revue

Ambrosetti, Flavia. (2003). La figure du double chez Hitchcock. La Revue du Ciné-club universitaire: Figures du double., octobre 2003 (3), 16

Production

Ciné-club universitaire

cineclub(at)unige.ch

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Édito

La problématique du double, parce qu’elle pose les questions de l’identité – de soi et de l’autre – est fondamentale dans toutes les civilisations humaines. Preuve en est la prolifération de cette figure dans les mythes originels. Les héros fondateurs, qu’ils soient jumeaux, frères et sœurs ou alter ego vont souvent par deux (Caïn et Abel, Castor et Pollux, Remus et Romulus, Apollon et Artémis…), ils constituent la préhistoire du double. Dans les fictions littéraires, cette figure est extrêmement répandue et se conjugue à tous les modes: du double par division (scission de personnalité, schizophrénie, autoscopie) au double par multiplication (jumeaux, sosies, avatars, clones…) en passant par le Doppelgänger, la substitution d’identité, le reflet dans le miroir, l’ombre…

Pourquoi un cycle sur les figures du double au cinéma? Plus qu’un simple thème, il nous a semblé que le double entretenait une relation consubstantielle avec le cinéma, dans la mesure où ce dernier fonctionne sur le mode d’un dédoublement à deux niveaux: au niveau du jeu des acteurs qui doivent se faire autres pour devenir personnages, et au niveau de la reproduction du réel qu’engendre un film. Nous nous somme donc particulièrement intéressés aux œuvres qui thématisent de façon approfondie la figure du double sous un de ces deux aspects, voire qui les combinent (ce qui est le cas de la plupart des films proposés). Le cycle propose une Odyssée des figures du double: on débute par des films où le double se matérialise principalement au niveau du personnage (Doppelgänger, jumeaux) pour évoluer vers l’extension de la problématique du double au film en tant que tel (du film dans le film au film comme double du monde).

Ce cycle n’est donc pas seulement thématique, mais aussi méta-discursif: il ne parle pas seulement d’une figure représentée dans certains films, mais aussi du cinéma lui-même et du rapport qu’il entretient avec la réalité.

Notre sélection, qui s’est voulue la moins immédiate et évidente possible tout en proposant une large palette au niveau des figures comme des genres, a été conditionnée par le désir d’éviter les redondances. Cependant, bien d’autres films auraient pu trouver leur place dans cette série. Afin d’apaiser tant soit peu cette frustration, une programmation off du cycle a été organisée avec l’aimable et précieux “jumelage” du CAC-Voltaire.

Le cycle débute avec deux films incontournables, Persona et Vertigo, qui pose la question de l’identité et de son usurpation, auxquels succèderont le lundi suivant le “double film” de Jean Eustache Une sale histoire. Ce film sera suivi par une conférence de Guy Magen qui amorcera une réflexion générale sur le double dans l’ensemble des films du cycle, et par la projection de Deux, court métrage de Franz Holzer. Faux semblants traite de la question de la gémellité et Dodes’kaden est une fable où, face à une réalité inacceptable, chaque personnage fuit dans le dédoublement et s’invente un autre monde. Nous explorerons aussi le double qui sommeille en nous avec L’étrangleur de Boston (variation sur le mythe de Dr. Jeckyll et Mr. Hyde, incluant un artifice formel pertinent, les split screens). Opening Night illustre la problématique de l’incarnation de personnages par l’acteur et ce qu’elle implique. Quant à L’associé il met en scène la création d’un alter ego imaginaire qui devient envahissant et dont la destruction entraîne la mise en péril du héros (figure dérivée du Doppelgänger). Dans La mort aux trousses, Hitchcock nous donne une leçon magistrale d’usurpation d’identité.

Un deuxième volet du cycle, à partir du 1er décembre, s’intéressera à la mise en abyme et au rapport entre réalité et fiction. Avec Le magnifique et Le mépris pour commencer, ce sont l’écriture et le cinéma lui-même qui sont mis en scène, dans le premier cas sur le ton de la comédie, dans le second sur celui du drame amoureux. La rose pourpre du Caire se penche sur la même question, alors que les personnages franchissent allégrement la frontière établie par l’écran entre réalité et fiction. Ouvre les yeux nous fait entrer dans le monde brisé d’un homme qui a perdu son visage, où la fêlure du personnage se reflète dans la fêlure de sa réalité. Zelig, l’homme-caméléon, se métamorphose en fonction de son milieu et adresse la question de l’identité à l’ensemble du groupe social. Enfin le miroir se brise en centaines d’éclats narratifs avec Le Miroir, brillante tentative de restituer la vérité d’un visage de mère dans son temps, en multipliant les niveaux de réalité.

C’est maintenant à vous, spectateurs, de venir, tels Narcisse, vous contempler dans le miroir projeté qu’est l’écran, ou, tels Persée, utiliser la toile comme un bouclier pour vous réfléchir.

Sommaire

  • Flavia Ambrosetti, Abderrahmane Bekiekh, Frédéric Favre, Astrid Maury, Lucie Rebetez, Moritz Zander, Édito, pp.1-2
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La revue au format numérique

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Pour citer la Revue

La Revue du Ciné-club universitaire: Figures du double. Octobre 2003 (3).

Pour citer un article de la Revue

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