Revues du ciné-club

Huis clos

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Huis clos

La Revue du Ciné-club universitaire, janvier 2022

Édito

Au cinéma, on parle de huis clos lorsque l’action se passe dans un lieu unique, dans lequel un nombre restreint de personnages est enfermé – une configuration qui n’est pas sans rappeler les deux années écoulées marquées par la crise sanitaire mondiale et les restrictions multiples qui l’ont accompagnée. L’économie de lieux, d’acteurs et d’actrices impliquée par ce format permet la réalisation d’œuvres à moindre coût et certain-es réalisateurs/trices ont su exploiter cet aspect de manière ingénieuse. On pourra citer en exemple Cube (1997) de Vincenzo Natali qui, avec un budget modeste de 350’000 dollars, constitue une œuvre de science-fiction horrifique phare qui a séduit la critique et le public et engrangé au box-office une recette de presque 9 millions de dollars.

Mais il ne faut pas s’y tromper, si ce choix artistique radical entraîne des contraintes techniques et scénaristiques fortes qui peuvent donner l’impression d’un champ réduit de possibilités dans la réalisation, en réalité, et comme tout parti pris de mise en scène, il permet surtout de soutenir le propos du film, constituant ainsi un parfait exemple d’une forme mise au service du fond.

Grâce aux caractéristiques du huis clos, les cinéastes peuvent ainsi par exemple créer une atmosphère inquiétante, lorsque le public réalise que les protagonistes sont enfermés avec le danger, contraints de l’affronter puisque la fuite est rendue impossible (Alien, Ridley Scott, 1979 ; The Thing, John Carpenter, 1982 ; Jurassic Park, Steven Spielberg, 1993). Lorsque le rythme est plus calme et que l’enfermement physique oblige le scénario à se concentrer sur la substance des personnages plus que sur les dangers extérieurs qui les menaceraient, le choix d’un format huis clos permet de creuser les rapports interindividuels plus en profondeurs et ainsi de développer les personnages en les faisant traverser un parcours initiatique à travers leurs interactions avec les autres (Breakfast Club, John Hughes, 1985). Ce focus sur les relations entre les protagonistes peut aussi servir à les forcer à faire face à leur réalité, affronter qui ils sont, et finalement assumer leurs vices (Huit femmes, François Ozon, 2002). En poussant encore plus loin cette tendance à l’introspection, l’enfermement physique peut être utilisé pour symboliser l’enferment psychologique que subissent les personnages, les poussant parfois jusqu’à la folie pure (The Shining, Stanley Kubrick, 1980).

Les exemples ci-dessus impliquent que l’enfermement est subi par les personnages, mais lorsqu’il est choisi, le huis clos permet de créer une bulle en dehors de l’espace et du temps, où règne une désinhibition qui permet aux protagonistes de vivre des expériences affranchies des conventions sociales classiques (Nocturama, Bertrand Bonello, 2016 ; Climax, Gaspar Noé, 2018), ou simplement une aventure légère et rafraîchissante (Duck season, Fernando Eimbcke, 2004).

Ce large éventail (pourtant non exhaustif) de chemins scénaristiques utilisés dans les huis clos témoigne de la diversité permise par ce format, diversité que l’on retrouve également dans le vaste panel de genres cinématographiques usant de cet outil de mise en scène. Ainsi le huis clos s’est vu décliné dans la science-fiction, le polar, le thriller, la comédie, le drame, ou encore le documentaire. Cette pluralité des genres s’accompagne naturellement d’une pluralité des lieux utilisés comme décors : maison bourgeoise, tribunal, hammam, cercueil, île déserte, vaisseau spatial, magasin, base scientifique perdue au milieu de l’antarctique… Le lieu de l’action demeurant unique tout au long de l’œuvre, son choix n’est jamais anodin puisqu’il participe à la construction de l’atmosphère générale. En effet, enfermer des personnages dans un vaisseau spatial perdu au milieu de l’univers, dans un lycée déserté un samedi, ou dans un grand magasin la nuit leur confère une liberté d’action et de mouvement bien différente. Tandis que certains lieux permettent une vaste exploration alentours, et offrent aux personnages des moments d’isolement du reste du groupe (Nocturama; Jurassic Park), d’autres au contraire les pressent ensemble jusqu’à les faire étouffer (12 Angry Men). Par ailleurs, la taille et la nature du lieu influencent également la technique puisque le cadrage et l’emplacement de la caméra doivent s’adapter afin de rendre compte au mieux de l’espace offert aux personnages. Ainsi dans ce format, le lieu de l’action a plus que jamais une valeur narrative de mise en scène.

Qu’en est-il lorsque l’enfermement n’est pas uniquement physique mais également psychologique, symbolique ? C’est la question qui s’est posée lors de la préparation de cette revue, et nous avons décidé d’y répondre en ouvrant la définition du huis clos pour explorer des films dans lesquels les contraintes de lieux et de personnages sont remplacées par des contraintes liées au psychisme des protagonistes. Le public curieux et intéressé pourra également se rendre à la fin du présent ouvrage pour découvrir les œuvres conseillées dans la rubrique « Pour aller plus loin » dont certaines correspondent à cette définition. La diversité des œuvres réalisées en respectant les contraintes du huis clos démontre que les apparentes restrictions engendrées par ce dispositif de mise en scène masquent en réalité l’incontestable richesse d’un sous-genre cinématographique à part entière, présentant tour à tour le drame, l’horreur, le thriller, le documentaire, mais aussi le film d’animation, la comédie et la comédie musicale. Finalement, en plongeant dans ce sujet où l’enfermement est omniprésent, vous vous ouvrez à un monde regorgeant d’œuvres au ton, à l’esthétique, au fond, et aux codes multiples, apportant chacune sa contribution propre à l’univers en expansion constante qu’est le cinéma.

Sommaire

  • Anissa Naïm, Édito, pp.1-2
  • Axel Munoz, DAU: Quand le huis clos devient une méthode de production, pp.3-6
  • Noémie Baume, Regarder La Forteresse aujourd’hui: filmer des réels en huis clos pour les faire exister, un geste citoyen et engagé?, pp.7-13
  • Nicolas Sarkis, Le huis clos au service de l'horreur, pp.14-15
  • Flaminia Albertini, Un seul endroit pour un seul mouvement: La Corde de Hitchcock, un film de pure avant-garde, pp.17-21
  • Leandra Patané, Entre théâtre et cinéma: un huis clos signé Cocteau-Rossellini, pp.22-29
  • Anissa Naïm, Nocturama: une œuvre qui distingue « contemporain » et « d’actualité », pp.30-36
  • Leandra Patané, Almudena Jiménez Virosta et Flaminia Albertini, Huis clos: inferno, pp.37-41
  • Pour aller plus loin, pp.37-41

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Pour citer la Revue

La Revue du Ciné-club universitaire: Huis clos. Janvier 2022 (1).

Pour citer un article de la Revue

Naïm, Anissa. (2022). Nocturama: une œuvre qui distingue « contemporain » et « d’actualité ». La Revue du Ciné-club universitaire: Huis clos, janvier 2022 (1), 30-36

Production

Ciné-club universitaire

cineclub(at)unige.ch

022 379 77 24

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Au cinéma, on parle de huis clos lorsque l’action se passe dans un lieu unique, dans lequel un nombre restreint de personnages est enfermé – une configuration qui n’est pas sans rappeler les deux années écoulées marquées par la crise sanitaire mondiale et les restrictions multiples qui l’ont accompagnée. L’économie de lieux, d’acteurs et d’actrices impliquée par ce format permet la réalisation d’œuvres à moindre coût et certain-es réalisateurs/trices ont su exploiter cet aspect de manière ingénieuse. On pourra citer en exemple Cube (1997) de Vincenzo Natali qui, avec un budget modeste de 350’000 dollars, constitue une œuvre de science-fiction horrifique phare qui a séduit la critique et le public et engrangé au box-office une recette de presque 9 millions de dollars.

Mais il ne faut pas s’y tromper, si ce choix artistique radical entraîne des contraintes techniques et scénaristiques fortes qui peuvent donner l’impression d’un champ réduit de possibilités dans la réalisation, en réalité, et comme tout parti pris de mise en scène, il permet surtout de soutenir le propos du film, constituant ainsi un parfait exemple d’une forme mise au service du fond.

Grâce aux caractéristiques du huis clos, les cinéastes peuvent ainsi par exemple créer une atmosphère inquiétante, lorsque le public réalise que les protagonistes sont enfermés avec le danger, contraints de l’affronter puisque la fuite est rendue impossible (Alien, Ridley Scott, 1979 ; The Thing, John Carpenter, 1982 ; Jurassic Park, Steven Spielberg, 1993). Lorsque le rythme est plus calme et que l’enfermement physique oblige le scénario à se concentrer sur la substance des personnages plus que sur les dangers extérieurs qui les menaceraient, le choix d’un format huis clos permet de creuser les rapports interindividuels plus en profondeurs et ainsi de développer les personnages en les faisant traverser un parcours initiatique à travers leurs interactions avec les autres (Breakfast Club, John Hughes, 1985). Ce focus sur les relations entre les protagonistes peut aussi servir à les forcer à faire face à leur réalité, affronter qui ils sont, et finalement assumer leurs vices (Huit femmes, François Ozon, 2002). En poussant encore plus loin cette tendance à l’introspection, l’enfermement physique peut être utilisé pour symboliser l’enferment psychologique que subissent les personnages, les poussant parfois jusqu’à la folie pure (The Shining, Stanley Kubrick, 1980).

Les exemples ci-dessus impliquent que l’enfermement est subi par les personnages, mais lorsqu’il est choisi, le huis clos permet de créer une bulle en dehors de l’espace et du temps, où règne une désinhibition qui permet aux protagonistes de vivre des expériences affranchies des conventions sociales classiques (Nocturama, Bertrand Bonello, 2016 ; Climax, Gaspar Noé, 2018), ou simplement une aventure légère et rafraîchissante (Duck season, Fernando Eimbcke, 2004).

Ce large éventail (pourtant non exhaustif) de chemins scénaristiques utilisés dans les huis clos témoigne de la diversité permise par ce format, diversité que l’on retrouve également dans le vaste panel de genres cinématographiques usant de cet outil de mise en scène. Ainsi le huis clos s’est vu décliné dans la science-fiction, le polar, le thriller, la comédie, le drame, ou encore le documentaire. Cette pluralité des genres s’accompagne naturellement d’une pluralité des lieux utilisés comme décors : maison bourgeoise, tribunal, hammam, cercueil, île déserte, vaisseau spatial, magasin, base scientifique perdue au milieu de l’antarctique… Le lieu de l’action demeurant unique tout au long de l’œuvre, son choix n’est jamais anodin puisqu’il participe à la construction de l’atmosphère générale. En effet, enfermer des personnages dans un vaisseau spatial perdu au milieu de l’univers, dans un lycée déserté un samedi, ou dans un grand magasin la nuit leur confère une liberté d’action et de mouvement bien différente. Tandis que certains lieux permettent une vaste exploration alentours, et offrent aux personnages des moments d’isolement du reste du groupe (Nocturama; Jurassic Park), d’autres au contraire les pressent ensemble jusqu’à les faire étouffer (12 Angry Men). Par ailleurs, la taille et la nature du lieu influencent également la technique puisque le cadrage et l’emplacement de la caméra doivent s’adapter afin de rendre compte au mieux de l’espace offert aux personnages. Ainsi dans ce format, le lieu de l’action a plus que jamais une valeur narrative de mise en scène.

Qu’en est-il lorsque l’enfermement n’est pas uniquement physique mais également psychologique, symbolique ? C’est la question qui s’est posée lors de la préparation de cette revue, et nous avons décidé d’y répondre en ouvrant la définition du huis clos pour explorer des films dans lesquels les contraintes de lieux et de personnages sont remplacées par des contraintes liées au psychisme des protagonistes. Le public curieux et intéressé pourra également se rendre à la fin du présent ouvrage pour découvrir les œuvres conseillées dans la rubrique « Pour aller plus loin » dont certaines correspondent à cette définition. La diversité des œuvres réalisées en respectant les contraintes du huis clos démontre que les apparentes restrictions engendrées par ce dispositif de mise en scène masquent en réalité l’incontestable richesse d’un sous-genre cinématographique à part entière, présentant tour à tour le drame, l’horreur, le thriller, le documentaire, mais aussi le film d’animation, la comédie et la comédie musicale. Finalement, en plongeant dans ce sujet où l’enfermement est omniprésent, vous vous ouvrez à un monde regorgeant d’œuvres au ton, à l’esthétique, au fond, et aux codes multiples, apportant chacune sa contribution propre à l’univers en expansion constante qu’est le cinéma.

Sommaire

  • Anissa Naïm, Édito, pp.1-2
  • Axel Munoz, DAU: Quand le huis clos devient une méthode de production, pp.3-6
  • Noémie Baume, Regarder La Forteresse aujourd’hui: filmer des réels en huis clos pour les faire exister, un geste citoyen et engagé?, pp.7-13
  • Nicolas Sarkis, Le huis clos au service de l'horreur, pp.14-15
  • Flaminia Albertini, Un seul endroit pour un seul mouvement: La Corde de Hitchcock, un film de pure avant-garde, pp.17-21
  • Leandra Patané, Entre théâtre et cinéma: un huis clos signé Cocteau-Rossellini, pp.22-29
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Pour télécharger ce numéro de la Revue, suivre ce lien.

Pour citer la Revue

La Revue du Ciné-club universitaire: Huis clos. Janvier 2022 (1).

Pour citer un article de la Revue

Naïm, Anissa. (2022). Nocturama: une œuvre qui distingue « contemporain » et « d’actualité ». La Revue du Ciné-club universitaire: Huis clos, janvier 2022 (1), 30-36

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