Revues du ciné-club

Moi, Orson Welles

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Moi, Orson Welles

La Revue du Ciné-club universitaire, avril 2003

Édito

Orson Welles est un des artistes cinématographiques les plus étudiés, analysés, décryptés de toute l’histoire du cinéma. Pourquoi donc un cycle sur Orson Welles? Pas seulement pour proposer une fois de plus une rétrospective de ses films les plus connus. Pas non plus pour essayer d’avancer de nouvelles idées ou interprétations sur sa personnalité. L’originalité de ce cycle est néanmoins de faire circuler, à côté de ses œuvres classiques, une série de film peu vus et peu connus. Ceci a été rendu possible grâce à la collaboration avec le Bundes Verein kommunale Filmarbeit et le Filmmuseum de Munich, où les archives Orson Welles sont déposées. Ces établissements nous ont fourni cinq courts-métrages, ainsi que la version la plus complète qui existe de son dernier film (pour la télévision), Filming Othello. Ce cycle associe ces films à certaines grandes oeuvres (Citizen Kane, Othello…), à d’autres moins accessibles (It’s all true) et à des films où Welles n’est qu’acteur (seulement ? pensez à The Third Man, où il a collaboré activement avec Carol Reed), pour offrir une vision d’ensemble sur l’œuvre hétéroclite et fortement innovatrice de Welles.

Pour rendre le côté foisonnant de l’œuvre et de la personne, nous avons préféré laisser Orson Welles s’exprimer plutôt que de faire une énième analyse « stylistique » ou « psychologique » de ses films, ou de proposer une vision critique de son œuvre — ce qu’on trouvera dans la plupart des nombreux ouvrages écrits depuis le début de la carrière du cinéaste. L’intégralité de cette brochure est constituée d’une sélection de propos et de textes, extraits de plusieurs sources, pour l’essentiel d’entretiens, traduisant le regard que Welles portait sur son travail, son œuvre.

Orson Welles, plus qu’un cinéaste et/ou un acteur, est un homme extraordinairement cultivé qui se servait du cinéma et du théâtre comme d’instruments. Un film n’est jamais fermé sur lui-même, mais représente à chaque fois une occasion pour Welles de poser un regard neuf sur le monde et sur la culture. Son approche de Shakespeare en témoigne : Macbeth et Othello ne sont pas une adaptation littérale, mais des occasions de réinterpréter, quatre siècles plus tard, l’œuvre et l’univers shakespearien. Welles n’est pas le gardien d’une orthodoxie, mais le créateur d’un univers nouveau à partir d’un texte ancien. A cette fin, il s’intéresse à des éléments en apparence secondaires, qui pour lui sont essentiels à la compréhension de Shakespeare, tels que le contexte social, culturel et linguistique de l’époque élisabéthaine.

Mais Welles reste avant tout un homme de cinéma, et personne n’a contribué autant que lui au développement de la technique cinématographique. Il cherchait toujours à innover, il s’aventurait sur des chemins inexplorés : il ne tournait jamais un film, il expérimentait. Il employait les grand-angulaires car personne ne les utilisait, il s’autorisait des écarts scéniques prodigieux à des fins purement esthétiques ; il improvisait dès que possible. Orson Welles portait une attention démesurée au montage, instant suprême de liberté artistique au cinéma, qu’il explorait jusqu’à ses aspects les plus extrêmes. Le montage fut ainsi une cause importante de ses grandes difficultés avec le système hollywoodien. Il aura rarement pu monter un film jusqu’au bout. On lui retirait souvent les bobines, en argumentant que le montage prenait trop de temps. La production confiait le montage à d’autres pour terminer rapidement le film et obtenir un résultat plus conforme aux impératifs du cinéma commercial. Ceci a été une grande source de frustration pour lui, mais pas suffisante pour lui faire accepter des compromis avec le système, hormis le fait d’avoir été acteur dans des films de mauvaise qualité pour gagner l’argent nécessaire à la poursuite de son travail.

Welles acteur et réalisateur : ces deux fonctions ne sont jamais indépendantes dans ses films. Le rôle qu’il interprète est toujours celui d’un homme complexe, maudit, obscur. Le personnage est toujours au centre de son intérêt pour une histoire ou un texte littéraire (Kane, Othello, Harry Lime, Arkadin, Orson Welles lui-même dans F for fake). Souvent les choix stylistiques sont conformes aux exigences psychologiques de ses personnages : on pense, par exemple, à l’utilisation de la plongée et de la contre-plongée dans Othello.

Acteur, réalisateur, homme de théâtre, expérimentateur, Orson Welles — à l’image de ses personnages — est un homme complexe, aux facettes multiples. Son parcours a consisté à innover dans tous les domaines où il a travaillé. Malgré le fait qu’il n’ait que rarement pu achever ses projets, que ses films aient souvent été dénaturés, Orson Welles est un artiste au statut unique.

Sommaire

  • Sebastian Aeschbach, Abderrahmane Bekiekh, Sara Cenzual et Guido Ferretti, Édito, pp.1-2
  • Entretiens avec Orson Welles (extraits), pp.3-22

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Pour citer la Revue

La Revue du Ciné-club universitaire: Moi, Orson Welles. Avril 2003 (2).

Production

Ciné-club universitaire

cineclub(at)unige.ch

022 379 77 24

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Édito

Orson Welles est un des artistes cinématographiques les plus étudiés, analysés, décryptés de toute l’histoire du cinéma. Pourquoi donc un cycle sur Orson Welles? Pas seulement pour proposer une fois de plus une rétrospective de ses films les plus connus. Pas non plus pour essayer d’avancer de nouvelles idées ou interprétations sur sa personnalité. L’originalité de ce cycle est néanmoins de faire circuler, à côté de ses œuvres classiques, une série de film peu vus et peu connus. Ceci a été rendu possible grâce à la collaboration avec le Bundes Verein kommunale Filmarbeit et le Filmmuseum de Munich, où les archives Orson Welles sont déposées. Ces établissements nous ont fourni cinq courts-métrages, ainsi que la version la plus complète qui existe de son dernier film (pour la télévision), Filming Othello. Ce cycle associe ces films à certaines grandes oeuvres (Citizen Kane, Othello…), à d’autres moins accessibles (It’s all true) et à des films où Welles n’est qu’acteur (seulement ? pensez à The Third Man, où il a collaboré activement avec Carol Reed), pour offrir une vision d’ensemble sur l’œuvre hétéroclite et fortement innovatrice de Welles.

Pour rendre le côté foisonnant de l’œuvre et de la personne, nous avons préféré laisser Orson Welles s’exprimer plutôt que de faire une énième analyse « stylistique » ou « psychologique » de ses films, ou de proposer une vision critique de son œuvre — ce qu’on trouvera dans la plupart des nombreux ouvrages écrits depuis le début de la carrière du cinéaste. L’intégralité de cette brochure est constituée d’une sélection de propos et de textes, extraits de plusieurs sources, pour l’essentiel d’entretiens, traduisant le regard que Welles portait sur son travail, son œuvre.

Orson Welles, plus qu’un cinéaste et/ou un acteur, est un homme extraordinairement cultivé qui se servait du cinéma et du théâtre comme d’instruments. Un film n’est jamais fermé sur lui-même, mais représente à chaque fois une occasion pour Welles de poser un regard neuf sur le monde et sur la culture. Son approche de Shakespeare en témoigne : Macbeth et Othello ne sont pas une adaptation littérale, mais des occasions de réinterpréter, quatre siècles plus tard, l’œuvre et l’univers shakespearien. Welles n’est pas le gardien d’une orthodoxie, mais le créateur d’un univers nouveau à partir d’un texte ancien. A cette fin, il s’intéresse à des éléments en apparence secondaires, qui pour lui sont essentiels à la compréhension de Shakespeare, tels que le contexte social, culturel et linguistique de l’époque élisabéthaine.

Mais Welles reste avant tout un homme de cinéma, et personne n’a contribué autant que lui au développement de la technique cinématographique. Il cherchait toujours à innover, il s’aventurait sur des chemins inexplorés : il ne tournait jamais un film, il expérimentait. Il employait les grand-angulaires car personne ne les utilisait, il s’autorisait des écarts scéniques prodigieux à des fins purement esthétiques ; il improvisait dès que possible. Orson Welles portait une attention démesurée au montage, instant suprême de liberté artistique au cinéma, qu’il explorait jusqu’à ses aspects les plus extrêmes. Le montage fut ainsi une cause importante de ses grandes difficultés avec le système hollywoodien. Il aura rarement pu monter un film jusqu’au bout. On lui retirait souvent les bobines, en argumentant que le montage prenait trop de temps. La production confiait le montage à d’autres pour terminer rapidement le film et obtenir un résultat plus conforme aux impératifs du cinéma commercial. Ceci a été une grande source de frustration pour lui, mais pas suffisante pour lui faire accepter des compromis avec le système, hormis le fait d’avoir été acteur dans des films de mauvaise qualité pour gagner l’argent nécessaire à la poursuite de son travail.

Welles acteur et réalisateur : ces deux fonctions ne sont jamais indépendantes dans ses films. Le rôle qu’il interprète est toujours celui d’un homme complexe, maudit, obscur. Le personnage est toujours au centre de son intérêt pour une histoire ou un texte littéraire (Kane, Othello, Harry Lime, Arkadin, Orson Welles lui-même dans F for fake). Souvent les choix stylistiques sont conformes aux exigences psychologiques de ses personnages : on pense, par exemple, à l’utilisation de la plongée et de la contre-plongée dans Othello.

Acteur, réalisateur, homme de théâtre, expérimentateur, Orson Welles — à l’image de ses personnages — est un homme complexe, aux facettes multiples. Son parcours a consisté à innover dans tous les domaines où il a travaillé. Malgré le fait qu’il n’ait que rarement pu achever ses projets, que ses films aient souvent été dénaturés, Orson Welles est un artiste au statut unique.

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