Le bachelor de demain

REPENSER LE BACHELOR

 

Imaginer le bachelor de demain, c’est l’exercice auquel s’est prêté Jeffrey J. Selingo, professeur à la Arizona State University. Dans un essai publié en avril 2016 dans The Chronicle Review*, il évoque les limites du modèle traditionnel des études de premier cycle et argumente en faveur d’un renouveau pour mieux adapter le bachelor à la société du 21e siècle. En voici un résumé.

Vous êtes impliqué dans la création ou l'évolution d'un bachelor? Certaines idées pourraient vous inspirer!

 

Un besoin de changement

Selingo est allé à la rencontre de professeurs, de diplômés, d’employeurs et de conseillers en développement de carrière. Ses échanges l’ont amené à constater que la façon de concevoir les cursus de premier cycle aux Etats-Unis s’ancre dans une tradition historique qui prend racine… au 17e siècle !

“A desperate need exists for wholesale reform of the baccalaureate degree.” (Selingo, 2016)

Des données nationales révèlent un allongement de la durée moyenne des études, un taux d’abandon important et une perception mitigée des diplômés quant à la valeur de l’éducation supérieure : pour lui, ce sont autant de signes que le modèle traditionnel du bachelor n’est plus adapté à la réalité d’aujourd’hui.

 

De nouveaux modèles qui émergent

Selingo décrit différents projets qui proposent une vision renouvelée du bachelor. Au menu de ces programmes d’études innovants :

  • une meilleure intégration des apprentissages réalisés hors classe ;
  • une expérimentation plus poussée et plus tôt dans le parcours académique ;
  • une formation moins axée sur les disciplines, permettant un parcours personnalisé.

 

Intégrer les apprentissages réalisés hors classe - Georgetown University

Partant du principe que le développement de l’étudiant dans sa globalité se produit non seulement en classe mais également en dehors de celle-ci, l’Université de Georgetown envisage de créer un bachelor qui tiendrait compte des apprentissages réalisés hors des murs de l’université.

Les compétences visées par le programme seraient définies en amont et les étudiants auraient plusieurs possibilités pour les développer, que ce soit dans le cadre d’un cours, d’un projet personnel, de service à la communauté ou d’un stage professionnel par exemple. Les expériences qui contribuent au développement professionnel des étudiants seraient ainsi valorisées dans le cadre de leur formation académique.

 

« Flip the curriculum » - Arizona State University

Une deuxième approche pour renouveler le bachelor est mise en œuvre à la Arizona State University. Elle consiste à inverser l’ordre habituel du parcours académique, selon lequel l’étudiant apprend très tôt un grand nombre de concepts théoriques mais doit souvent patienter des mois, voire des années, avant de pouvoir les mettre en pratique.

“In a traditional course-based degree program, students might study a concept in the fourth week of a semester, but not use it until two semesters later, by which time they probably have forgotten what they learned. Or students have no idea how a theory is applied in the outside world as they are learning about it, so they quickly lose interest.” (Selingo, 2016)

Des expériences d’apprentissage engageantes sont donc proposées dès la première année d’études, sous forme de projets. Les étudiants s’attellent à une tâche d’envergure (par exemple, construire un robot) et acquièrent au fur et à mesure les concepts et savoir-faire dont ils ont besoin.

 

Un bachelor de type « Lego » - University of Southern California

Et si l’étudiant pouvait construire son propre plan d’études en fonction de ses besoins et intérêts ? C’est l’idée exploitée à la Jimmy Iovine and Andre Young Academy for Arts, Technology and the Business of Innovation (University of Southern California).

A l’image d’une construction de briques Lego, les étudiantes se composent un parcours personnalisé et unique, en choisissant les cours et les disciplines en fonction de leur projet professionnel.  Il s’agit d’un bachelor modulable à l’interface des disicplines académiques, de l’expérience en milieu de travail et des projets pratiques. L’enseignement est régulièrement dispensé sous forme de défis à relever en équipe.

 

Vers un transfert plus efficace des apprentissages

Si certains redoutent un appauvrissement de l’éducation générale avec l’apparition de ces nouveaux modèles de bachelor, Selingo ne s’en inquiète pas, bien au contraire. Pour lui, renforcer l’articulation théorie-pratique dès l’entrée à l’université permet aux étudiants de mieux retenir ce qu’ils apprennent et de transférer plus facilement les apprentissages réalisés dans un contexte (celui de la classe par exemple) dans un autre (comme un projet de recherche ou un stage). Ces nouveaux types de formation pourraient selon lui motiver davantage d’étudiants à poursuivre leurs études jusqu’à l’obtention d’un diplôme. Ils seraient également plus susceptibles de développer chez eux une nécessaire tolérance à l’ambigüité présente dans le monde du travail.

Pour l’auteur, il ne fait pas de doute que la transformation du bachelor selon ces orientations est indispensable pour préparer les étudiants à évoluer dans la société complexe de ce siècle.

Et vous, qu'en pensez-vous? Partagez votre opinion avec nous : sea(at)unige.ch

 

* Lisez l’article complet:

Selingo, J. J. (2016). Rebuilding the Bachelor's Degree, The Chronicle Review, Section B of The Chronicle of Higher Education, LXII(32), 6-9. En ligne, repéré le 29 avril 2016 à l’adresse http://chronicle.com/article/Rebuilding-the-Bachelors/236087

 

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