Les thématiques étudiantes

Réussite en BA1

Nous ne pouvons évidemment pas passer en revue tous nos résultats. Nous allons donc sélectionner les données de travail de deux façons.

Nous nous concentrerons sur le taux de réussite à la fin de la première année de bachelor. Il s'agit d'un prédicteur très important de la réussite future. C’est également un taux extrêmement crucial si on veut agir sur l’inflexion positive des trajectoires étudiantes. Ce choix a enfin un avantage pragmatique qui est lié à l’historique de nos enquêtes. Il permet en effet de s’intéresser aux étudiants ayant répondu à notre enquête du printemps 2011, pour lesquels nous avons le taux de réussite en première bachelor mais dont nous ne disposons pas encore du taux d’obtention de ce bachelor après 5 ans.

Enfin, même à l’intérieur de cette sélection nettement plus serrée que l’ensemble des données dont nous disposons, nous n’allons pas effectuer une revue par le détail qui pourrait s’avérer rapidement laborieuse. Ainsi, nous avons sélectionné quelques taux qui permettent d’illustrer quelques grands faisceaux de constatations que nos données permettent d’établir. Nous procéderons ainsi en cinq pistes: la confirmation de l’importance du cheminement scolaire, la conviction d’avoir fait le bon choix (la capacité de réfléchir et de se positionner), l’articulation entre les paradigmes instrumental et expressif, la question de l’intégration sociale et, enfin, celle de l’allègement des contraintes structurelles qui pèsent sur certaines existences étudiantes…
 

 

 

Cette première constatation apparaît comme une évidence, un truisme. Le passé scolaire de l’étudiant permet de façon assez sûre de prédire sa trajectoire académique. Ainsi, la note qu’il a obtenue en terminant ses études secondaires est clairement en relation avec sa probabilité de réussir sa première année. C’est également la qualité de la préparation à l’université par ces études secondaires.

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Le type d’études secondaires effectuées est également associé à des taux de réussite particulièrement variables. Nous n’allons pas nous arrêter ici sur la réputation, le prestige et la composition sociale de chacune de ces filières. Il nous suffit à ce stade de constater cette variation (de 54 à 80 %).

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Daniel Filâtre (2013) rappelait à quel point la capacité à s’orienter est centrale. Les résultats présentés dans le graphique ci-dessous sont une confirmation éclatante de ce que déclarait ce spécialiste de l'éducation et de l'enseignement universitaire. C'est le même scientifique qui nous apprend qu'en France, plus de la moitié des élèves s’orientent dans les trois derniers jours. Or, nous voyons ici qu’un choix de filière tardif est associé à de moins bons taux de réussite.

Cela ne peut que nous pousser à réfléchir à des moyens permettant aux étudiants de se positionner de façon plus assurée sur leur choix d’orientation et sur leur rapport à la filière qu’il ont choisie. La stabilité, la certitude du choix… voilà des variables qui déterminent la réussite dès la première année d'étude.

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Le métier d’étudiant ne se compose pas que de grandes notions éthérées. Il y a aussi des notions plus pragmatiques, plus directement quotidiennes. Une problématique semble revenir très régulièrement dans les variables associées à des variations des taux de réussite: c’est la capacité (ou l’incapacité) de gestion du temps. Ce graphique illustre quelques variables indiquant cette capacité ou, au contraire, cette difficulté à gérer le temps, en particulier s’il est lié au volume du travail universitaire.

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Ces items d’adaptation illustre la même réalité. Les difficultés de gestion du temps sont associées à des taux de réussite significativement moins bons.

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Les deux variables suivantes (difficultés d'adaptation aux exigences universitaires et état d'esprit global vis-à-vis de la formation) subsument l’ensemble des variables de gestion du temps, elles indiquent une perception plus globale de la position des étudiants vis-à-vis de l’adaptation à leur formation.

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Un autre aspect du métier d’étudiant constitue tout ce qui touche son intégration sociale, plus exactement son intégration relationnelle. Un certain nombre de recherches ont montré l’importance de la socialisation entre pairs pour la persévérance dans les études supérieures, persévérance qui est très fortement associée à la réussite. Cette intégration doit son succès dans ces recherches en partie au modèle de Tinto, qui en fait une notion centrale. Nos conclusions confirment ces conclusions empiriques. Ici, on constate que le fait de s’être fait des connaissances à l’université est associé à des taux de réussite nettement meilleurs. Le sentiment d’isolement montre des variations encore plus grandes. C’est également le cas si on observer la relation avec la place tenue par les camarades d’études dans la formation intellectuelle du répondant. Les variations qu’on observe ici sont encore plus nettes que celles que nous avions présentées jusque là.

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Cela se vérifie également quand on s’intéresse à l’activation des réseaux de relations en cas de problèmes. Plus on est isolé, moins on est connecté ou intégré, plus grandes seront les probabilités de se retrouver en échec.

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Mais il n'y a pas que le métier étudiant qui est difficile à apprendre. Nos résultats semblent montrer que le métier d'enseignant, s'il est bien exercé, permet également de constater de meilleurs taux de réussite en première année. C'est ce que nous indiquent, par exemple, les deux graphiques ci-dessous.

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Les enseignants ne sont pas que des personnes avec lesquelles on peut avoir des contacts. Ce sont aussi, et surtout, des personnes qui sont chargées d’enseigner. Les jugements sur la qualité de l’encadrement pédagogique sont également associés à de fortes variations des taux de réussite. Il est clair, que cela ne peut être que bénéfique de sensibiliser les enseignants universitaires aux questions de pédagogie (M. Pons-Desoutter, 2013). En d’autres termes, les pratiques pédagogiques ont une influence sur les motivations, les manières d’étudier et, in fine, la réussite des étudiants (A. Duguet, 2013).

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Pour conclure rapidement et de façon imagée ce focus, reportons à ce schéma qui reprend les différentes influences que nous avons trouvées comme déterminants de la réussite académique en première année de bachelor. Nous avons mis en rouge celles sur lesquelles les universités peuvent agir. Travailler à l'amélioration de l'apprentissage des métiers d'étudiant et d'enseignant offre des perspectives aux universités qui souhaitent lutter contre l'échec académique, en faveur de la persévérance et de la réussite.