Projets de recherche

Violences conjugales

Emergence et reconfigurations d'un problème public. Les violences faites aux femmes en Suisse (1970-2012)

Durée: 01.01.2014-31.12.2016

Financement : FNS division 1

Requérante principale

Marylène Lieber, sociologue, professeure associée au Département de sociologie, Institut des études genre, Université de Genève

Co-requérante

Marta Roca i Escoda, sociologue, MER, Centre en Etudes genre, ISS, SSP, Université de Lausanne

Collaborateurs/trices

Pauline Delage, Maître assistante ; Géraldine Brown, assistante-doctorante.

Résumé

Les violences faites aux femmes sont désormais une catégorie d’action publique. Elles font l’objet de débats et de controverses dans l’espace public, de comptages - quoique partiels - par les pouvoirs publics et de politiques publiques, via des campagnes de prévention, la création de refuges ou de centres de conseils, qui réunissent une pluralité d’acteurs institutionnels et non institutionnels, à l’échelle nationale comme à l’internationale. Elles font également l’objet de législations spécifiques.

Si les mouvements féministes ont joué et jouent toujours un rôle essentiel pour la définition et la reconnaissance de ces violences, et si la 4ème conférence mondiale sur les femmes de Pékin, en 1995, a été un élément clé de la diffusion de cette catégorie d’action dans les sphères gouvernementales, il reste que l’on ne sait que peu de choses de son émergence en Suisse et des diverses formes qu’elle a prises. Ce projet de recherche entend combler en partie cette lacune en retraçant la généalogie de la question des violences faites aux femmes dans trois cantons représentatifs des diverses configurations des politiques cantonales et des effets des législations fédérales : Genève, Vaud et Zurich. En s’intéressant à la façon dont, dans ces trois cantons, la question des violences faites aux femmes a été et est toujours débattue, à la façon dont elle a été définie et aux controverses qui l’entourent, il importe de faire une généalogie des catégories d’action construites autour de cette question et des acteurs qui l’ont porté sur la place publique, afin de comprendre la variété des solutions qui sont proposées par les pouvoirs publics.

La notion de violences envers les femmes elle-même, dont les frontières sont fluctuantes, est investie de façon variée. Les violences faites aux femmes ont été définies comme des violences interpersonnelles et institutionnelles structurelles aux rapports sociaux de sexe et l’usage féministe de ce terme entend souligner les rapports de pouvoir qui sont au cœur de ce phénomène. Cette acception très large du terme, qui recouvre des réalités diverses, a amené les acteurs sociaux, juridiques et politiques à différencier les catégories en violences sexuelles et violences conjugales ou encore en violences intrafamiliales, et à développer des actions diverses sur certains types de violences faites aux femmes au détriment d’autres types (par exemple, les violences domestiques font davantage l’objet d’action publique que les violences dans les espaces publics ou le harcèlement sexuel au travail, quand bien même ces pratiques sont également des variantes de violences à l’encontre des femmes).

Dans une perspective de recherche sur l’action publique et la construction des problèmes publics, ce projet entend rendre compte, dans les trois cantons choisis, de l’émergence et des définitions multiples qui ont été faites des violences envers les femmes. Afin de mieux cerner les enjeux qui entourent cette thématique et les différentes problématisations qui émergent, se confrontent ou se sont succédé, nous nous intéresserons aux archives des mouvements féministes, des diverses associations et des institutions qui centrent leurs actions sur les violences dont les femmes sont les principales victimes, aux travaux autour de la création des lois, et nous interrogerons des personnes clé dans la diffusion de cette question sociale. Une telle perspective est inédite en Suisse. Retracer la genèse du traitement des violences envers les femmes permettra de mieux comprendre les enjeux actuels de l’action politique en la matière.

Collaborations nationales et internationales autour du projet 

- Centre en Etudes genre – ISS/SSP, Université de Lausanne.

- HESAV Haute école de santé Vaud

- Haute école de travail social, Genève

- Historisches Institut, Université de Berne

- Pôle de recherche nationale LIVES

- Ecole des sciences criminelles, Université de Lausanne

- Groupe de recherche sur l’action publique – Université libre de Bruxelles

- Institut of Law and technology, Université autonome de Barcelone.