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Hommage à Willem Doise

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de notre collègue Willem Doise, Professeur honoraire, survenu dans la nuit du 7 au 8 janvier 2023.

Willem a été à l’origine de la formation de psychologie sociale à Genève et a contribué au rayonnement international de ce qui, depuis, est connu comme « l’école genevoise de psychologie sociale », et au sein de laquelle il a développé, initialement, plusieurs lignes de recherche avec Gabriel Mugny, Anne-Nelly Perret-Clermont et Jean-Claude Deschamps. Après des formations en psychologie clinique et en psychologie sociale à Paris, Willem rejoint l’École de Psychologie de l’Université de Genève en 1970. Il y fera sa carrière, en devenant successivement Professeur extraordinaire (1972) puis Professeur ordinaire (1975) de psychologie sociale expérimentale dans la nouvelle Faculté de Psychologie et des Sciences de l’Éducation. Il occupera ce poste jusqu’à son départ à la retraite et sa nomination comme Professeur honoraire en 2003. Pendant ces années, il a été très investi dans plusieurs mandats institutionnels, notamment en tant que vice-président puis président, à deux reprises, de la Section de Psychologie.

Sur le plan international, Willem a été très engagé dans la création de l’Association Européenne de Psychologie Sociale, aux côtés, entre autres, d’Henri Tajfel et Serge Moscovici. Il en exercera d’ailleurs la Présidence (1978-1981), et le mandat d’éditeur de la nouvelle « vitrine » de cette association, l’European Journal of Social Psychology. Ses travaux sur le conflit entre groupes et les représentations sociales l’ont amené à obtenir plusieurs distinctions internationales (médailles, doctorats honoris causa) ainsi qu’à séjourner, en tant que Professeur invité, dans plusieurs Universités, en Europe (France, Belgique, Italie, Pays-Bas, Roumanie, Finlande) et sur d’autres continents (Argentine, Brésil, Nouvelle Zélande).

Il n’est pas aisé de rendre compte de manière succincte de la contribution de Willem sur le plan scientifique, tant elle est riche et variée. Elle est représentée par un grand nombre de publications (on en recense près de 380), de directions de thèses, et de foyers de psychologie sociale essaimés dans les universités de Suisse romande et dans plusieurs universités européennes. Cette contribution a été sous-tendue par un constant souci éthique. Tout d’abord celui de clarifier le paysage d’une discipline, la psychologie sociale, aux facettes multiples, vers l’individu d’une part, vers la société globale d’autre part. Il n’est pas étonnant que, tout au long de son parcours scientifique, Willem ait su s’entourer de collaboratrices.teurs provenant tant de la psychologie que de la sociologie, ce qui s’est traduit dans la composition d’équipes interdisciplinaires sur le plan des approches, et interfacultaires sur le plan institutionnel. On peut repérer quatre contributions scientifiques majeures dans la carrière de Willem Doise. Tout d’abord, ses travaux sur les « niveaux d’analyse », consignés dans un doctorat d’État défendu à Paris (1980), ont permis de tracer les frontières entre les explications privilégiées dans les sciences psychologiques et sociales pour rendre compte des actions individuelles et collectives et de conférer à la psychologie sociale une place plus audible dans le paysage des sciences humaines. Ensuite, il faut signaler ses recherches sur le domaine du conflit entre groupes et des moyens à mettre en œuvre pour le résoudre, ainsi que celles sur le conflit socio-cognitif dans le développement de l’intelligence. Finalement, ses intérêts se sont centrés sur l’analyse des représentations sociales, en particulier celles qui interviennent dans la construction, la défense et la violation des droits humains.

Dans son impressionnante carrière académique, Willem était un collègue d’une intelligence vive, d’une fine sensibilité aux enjeux de sa discipline, d’un conseil toujours à propos, mais également généreux et respectueux. Il a toujours soutenu et mis en avant ses collaboratrices.teurs et a toujours su créer autour de lui un contexte de travail riche et stimulant. Il n’était d’ailleurs pas que professeur de psychologie sociale. Il avait bien d’autres intérêts. Aimant la nature, il a pratiqué la randonnée. On se souvient de son visage radieux lorsqu’il nous parlait de ses marches vers et depuis Saint-Jacques-de-Compostelle. Et il était aussi intéressé par la peinture et l’architecture, en s’élançant, durant sa retraite, dans un essai sur Art et religion.

Nous adressons toutes nos pensées à sa famille et à ses proches.

Le décanat

Lucie Mottier Lopez, Nathalie Delobbe et Edouard Gentaz

17 janvier 2023
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