Thèses

Jana Lackova

L’origine de ce projet de thèse se trouve dans mon expérience professionnelle dans le contexte du Baccalauréat International (IB), où, comme beaucoup d’autres enseignants et élèves, j’ai été confrontée pour la première fois avec l’enseignement basé sur la démarche d’investigation (DI) (Chichekian & Shore, 2014, p. 77).

Depuis quelques années, plusieurs projets (Fibonacci, PRIMAS, S-Team) et groupes de travail affirment dans leurs rapports qu’il est nécessaire de « repenser l’enseignement scientifique en s’appuyant sur l’investigation » (Coquidé, Fortin, & Rumelhard, 2009, p. 51). Matheron (2010) relève deux points marquant l’enseignement des mathématiques actuellement : « une crise se manifestant par une perte de la visibilité sociale de son sens » et « une volonté institutionnelle d’un enseignement qui engage dans une authentique activité scientifique » (p. 14). De ce fait la DI et la résolution de problème ont suscité une volonté politique forte en réponse à la baisse d’intérêt des jeunes pour les filières scientifiques comme le suggère le rapport Rocard (2007).

Néanmoins, l’enseignement traditionnel semble prévaloir sur la résolution de problèmes et la DI a du mal à trouver sa place dans les classes (Dorier & Maass, 2014; Maaß & Artigue, 2013). Ainsi Tabulawa (2013) tente d’expliquer l’échec de la réforme scolaire en Afrique sub-saharienne en s’appuyant sur la théorie de Hoyle (1969) basée sur le phénomène du rejet de tissu, une métaphore empruntée du monde médical. En l’appliquant dans l’éducation, on est amené à dire que l’innovation visée est rejetée par l’environnement de l’hôte – l’école, « parce qu’elle est incompatible avec les valeurs ou l’expérience passée de celle-ci » (Tabulawa, 2013, p. 15). Hoyle (1969) remarque que les innovations s’étayent généralement sur un code qui véhicule souvent un changement trop radical par rapport aux habitudes du système scolaire concerné. Cependant, s’il existait une certaine ouverture chez l’hôte, la confrontation serait moins radicale et le nouveau code semblerait s’installer plus facilement. Face à toutes les difficultés et les nombreuses résistances, il convient donc de se demander si l’enseignement basée sur la DI entre dans la catégorie de belles utopies, se limite à rester l’affaire de quelques individus qui en sont convaincus ou bien si ce type d’enseignement peut trouver une place stable dans des classes. Je me propose d’examiner cette question à la lumière du cas de l’IB.

En effet, le contexte de l’IB met en avant le développement de certaines compétences comme la réflexion critique ou les compétences de recherche à travers un enseignement qui reflète des principes pédagogiques basés sur la DI (International Baccalaureate (IB), 2015). De plus, l’IB est une de rares institutions, qui a mis en place un dispositif d’évaluation certificative de la DI en mathématiques, obligatoire pour tous les élèves, dans le cadre du diplôme de fin d’études secondaires, il me paraît donc intéressant d’étudier comment de nouvelles pratiques pédagogiques peuvent vivre dans les classes et comment elles peuvent influencer les autres dispositifs d’enseignement.

L’objectif général de cette thèse est d’identifier et d’analyser les conditions et les contraintes de la mise en application et de la viabilité de la DI en classe de mathématiques dans le cadre de l’IB, et en particulier le rôle et l’influence du dispositif d’évaluation dans l’intégration de la DI dans les classes de mathématiques.

Vous trouverez le canevas de cette thèse qui a été accepté le 14 décembre 2017 en cliquant ici.