Offre de formation 2013-2014

Les propositions de journées de formation continue pour 2013-2014

Pour les journées organisées dans la cadre de la formation continue du Département de l'instruction publique, inscrivez-vous à l'adresse suivante : DIP

Les journées de formation continue présentées ci-dessous sont organisées par l'ÉDHICE.

Charles Heimberg y sera discutant.

Ce que les témoignages peuvent apporter à notre connaissance du passé, avec Laurent Douzou, historien à l'Institut d'études politiques (Lyon)
Lundi 18 novembre 2013

« Bien entendu, écrit Laurent Douzou, au-delà de l'illusion d'immédiateté que l'on a souvent en face d'un témoin, son propos n'est vraiment intelligible que si un travail approfondi a été effectué au préalable avec les élèves. L'émotion vive qu'on rechercherait en ne préparant pas les élèves exposerait à un déficit total d'émotion et de compréhension. Il faut avoir bien travaillé avec les élèves pour que le témoignage porte, pour qu'il donne tous les fruits qu'on peut en attendre. »

Ainsi, l'usage des témoins et des témoignages dans l'histoire scolaire nécessite une mise à distance à l'égard d'émotions qui ne devraient pas prendre toute la place, même s'il ne s'agit pas non plus de tout refroidir et neutraliser de ce qui est transmis. « L'autre enseignement troublant de la confrontation avec les témoins, écrit encore Laurent Douzou, c'est le constat que, passée la première impression de proximité, le témoin et l'historien puisent dans des horizons extrêmement différents, que les mots qu'ils emploient en croyant spontanément les comprendre parce qu'ils leur sont communs, renvoient à des représentations très différentes. Par là, c'est l'accès à un passé enfoui qui est rendu partiellement possible » (Laurent Douzou, « Des témoins mille fois entendus ? », Le cartable de Clio, Lausanne, Antipodes, n°8, 2008, pp. 99-104, 99 et 103 pour ces deux citations.)

Dès lors se profilent à la fois le caractère irremplaçable de l'apport du témoin et la nécessité du travail de mise en contexte et de mise à distance de la part de l'historien : deux aspects qui concernent l'histoire scolaire et qui interviennent dans la réflexion sur la présence du témoin et des témoignages dans la classe.

Les utopies pédagogiques de la Révolution française, avec M. Jean-Luc Chappey, historien à l'Université Paris 1
Vendredi 6 décembre 2013

L'histoire des idées et des pratiques pédagogiques relève à la fois de ruptures et de continuités, d'évolutions et de persistances. Les historiens de l'éducation ont beaucoup travaillé sur les courants pédagogiques plus ou moins contemporains de l'émergence de l'instruction publique, laïque et obligatoire, voire sur des figures pionnières antérieures comme Pestalozzi. En revanche, les utopies pédagogiques qui se sont développées au cours de la Révolution française sont moins connues.

L'étude de ces projets et de ces expériences éphémères du passé trouve tout sens pour les enseignants d'aujourd'hui pour comparer la nature des problèmes à résoudre et des finalités à poursuivre dans des contextes scolaires et éducatifs si différents.

Cette journée est destinée à la fois à tous les enseignants intéressés et aux enseignants d'histoire qui souhaiteraient examiner la possibilité de concevoir des dispositifs d'apprentissage à partir de documents ou de récits portant sur cette thématique.

Condition ouvrière et luttes sociales : comment les enseigner ?, avec M. Patrick AUDERSET, historien au Collège du travail (Genève)
Mardi 14 janvier 2014

Les problèmes sociaux consécutifs à la crise mondiale et à son évolution redonnent une nouvelle pertinence aux récits de l'histoire sociale et ouvrière. Le mouvement ouvrier et socialiste, le projet communiste ou encore les différentes composantes de la trilogie ouvrière (partis, syndicats, coopératives) ont ainsi à trouver leur place dans notre connaissance de l'histoire contemporaine. Comme il y a lieu de les inclure dans l'apprentissage scolaire de l'histoire.

Cela étant, comment rendre cette histoire porteuse de sens pour les élèves d'aujourd?hui ? Comment aller au-delà d'une histoire ouvrière qui serait seulement celle des rapports de congrès, des porte-paroles, des théoriciens et des grandes figures ? Comment leur faire travailler des questions comme la condition ouvrière, la conscience sociale ou les horizons d'attente dans le monde du travail ?

Cette journée évoquera notamment un livre récent de l'historien Mac Vuilleumier, une exposition et un travail d'histoire immédiate effectués par des collègues de la Suisse italienne autour de la grève des usines CFF de Bellinzone en 2008, ainsi qu'un projet d'exposition en cours de préparation autour d'un lot de bannières de sociétés ouvrières qui ont été restaurées. Autant d'exemples de ressources et de documents à partir desquels il est possible d'envisager un enseignement et apprentissage de cette problématique en classe d'histoire.

Références : Marc Vuilleumier, Histoire et combats. Mouvement ouvrier et socialisme en Suisse. 1864-1960, Lausanne et Genève, Editions d'en bas et Collègue du Travail, 2012.

L'histoire des Tsiganes et de l'essentialisation de leurs identités, avec Henriette Asséo, historienne, Ecole des hautes études en sciences sociales (Paris)
Mardi 4 février 2014

« Le mot « tsigane » n'est pas péjoratif en français, c'est le terme de la culture savante, mais il recouvre deux notions totalement différentes ; d'un côté des sociétés tsiganes diversifiées, ancrées dans leurs composantes nationales et locales depuis l'histoire même des sociétés européennes : Roms russes, serbes ou slovaques, Gypsies anglo-romanies ou Manouches français ou Gitans. Les mondes romani datent de l'Ancien Régime et ils sont à l'image des sociétés d'alors, à la fois semblables et très divers. C'est cette approche polycentrée que nous voudrions valoriser, comme une composante de la diversité culturelle européenne, non seulement à préserver mais à promouvoir.

Malheureusement le mot « tsigane » recouvre une seconde composante. Les États européens, et eux seuls, ont mis en place, entre 1910 et 1926, des politiques tsiganes consistant à créer des statuts administratifs d'exception pour des populations qu'on appelle Tsiganes ou « nomades » ou encore Voyageurs. Et ces statuts administratifs d'exception sont gérés par des polices spéciales, des fichiers spéciaux et ils sont transgénérationnels, c'est-à-dire qu'à partir du moment où vous entrez dans cette catégorie, vous ne pouvez plus jamais en sortir, L'individu ne compte pas. La famille est broyée dans cette machine administrative, elle est labourée littéralement par toutes les idéologies de la destruction familiale qui ont sévi en Europe, et on sait avec quel succès: la biologie criminelle, la prétendue déviance à chercher dans les gènes de certaines familles. On retrouve ici la volonté de « séparer » le bon grain de l'ivraie » (Henriette Asséo, Diversités, n°168, avril 2012, pp. 9-10).

Cette journée de formation évoquera ces processus d'identification et ces modes de catégorisation ethnique qui ont rendu possible l'« autre génocide », celui des Tsiganes, au cours de la Seconde Guerre mondiale et qui continuent de jouer un rôle dans les regards stéréotypés portés aujourd'hui encore sur ces populations.

Les années 1968, avec Mme Christina Späti, historienne à l'Université de Fribourg
Lundi 3 mars 2014

L'expression « Années 68 » relève d'une série de représentations qui sont régulièrement convoquées dans les débats publics, parfois avec nostalgie, mais parfois aussi sur le ton de la déploration d'une sorte d'héritage problématique. Par ailleurs, cette période de l'histoire contemporaine restait jusque-là fort peu abordée dans les écoles. Or, notamment avec le nouveau Plan d'études romand et le poids qu'il donne à la période du XXe siècle, la question se pose désormais de manière accrue de savoir comment aborder ce moment historique des années 68 avec des élèves pour qui cette période est décidément éloignée.

Cette journée portera sur les contenus d'un ouvrage qui concerne la Suisse, mais qui est également inscrit dans une perspective plus générale, le « moment 68 » ayant concerné un vaste espace géographique, de Paris à Mexico, en passant par Prague.

Référence : Damir Skenderovic et Christina Späti, Les années 68, Lausanne, Antipodes, 2012.

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