Le site du Pré-du-Stand au Grand-Saconnex (Genève, Suisse)

En raison d’un aménagement autoroutier sur le terrain du Pré-du-Stand au Grand-Saconnex, l’OFROU mandatait en 2014 le Service cantonal d’archéologie de Genève pour des sondages exploratoires. Une zone de 4000 m2 s’est avérée positive. Les fouilles ont été confiées au Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie de l’Université de Genève (LAP-UniGe) dirigé par la Professeure Marie Besse. La première partie de l’intervention s’est déroulée entre mai et septembre 2015, la seconde partie devrait commencer au printemps 2016. L’étude du mobilier composé de 1400 tessons et des structures dessinent deux grandes périodes culturelles : Néolithique final (3500-2000 av. J.-C.) et âge du Fer (800-20 av. J.-C.).

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Vue générale de la fouille

Présentation des fouilles

L’intervention sur le terrain du Pré-du-Stand par le Laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie (UniGe) dirigé par la Professeure Marie Besse s’est déroulée sur cinq mois (de mai à septembre) avec Tara Steimer comme cheffe de chantier et Stéphanie Girarclos pour la coordination des études des sciences naturelles. Il s’agit de fouilles préventives pour lesquelles une collaboration pluridisciplinaire entre géophysiciens, préhistoriens, géologues, palynologue et paléo-botaniste a été nécessaire. Outre la présence de spécialistes et d’archéologues confirmés, des étudiants en Master et des stagiaires du LAP-UniGe ont pu contribuer aux fouilles et se former au terrain du Canton de Genève.

Le site archéologique du Pré-du-Stand (Sa005) se localise sur un terrain argileux qui devient boueux lorsqu’il pleut et où l’utilisation de la pelle mécanique s’est avérée difficile, la terre s’arrachant par plaques collantes. A l’inverse les conditions estivales et caniculaires, en blanchissant rapidement les sols, ont rendu la lecture des couches archéologiques particulièrement délicate entre les limons argileux jaune-beige à brunâtre qui constituent une bonne partie des séquences archéologiques du site.

L’accent a été mis sur la compréhension de la stratigraphie du site. Cinq sondages ouverts en 2014 ont été ré-ouverts et 4 secteurs ont été fouillés :

  • Secteur 1 : 7.4 m x 19.5 m soit 144 m2
  • Secteur 2 : 18.7 m x 3.40 m soit 63.6 m2
  • Secteur 3 : 16.30 m x 9.40 m soit 153 m2
  • Secteur 4 : 9.8 m x 8 m soit 78 m2

Soit 439 m2 de surfaces fouillées, 57.5 m linéaire de stratigraphie N/S et 22.5 m E/O. Les décapages manuels sur de grandes surfaces ont favorisés la mise au jour de nombreux tessons et charbons.

plan de situation des sondages et des secteurs
Plan de situation des sondages et des secteurs

La stratigraphie N-O/S-E montre une rupture nette entre les séquences de nature archéologique du secteur 1 et celles de nature géologique dans le secteur 2. Les vestiges archéologiques les plus anciens se développent dans un terrain légèrement en creux, un contre-pendage par rapport à la topographie actuelle. Ce terrain est limité dans sa partie nord-ouest par un replat sédimentaire, reliquat de colluvions Tardiglaciaire. Par conséquent, les séquences archéologiques sont très dilatées dans la partie sud et sud-est du terrain alors qu’elles se pincent sur le replat vers le nord/nord-ouest. Ce dernier est constitué de nombreuses pierres décomposées. Les images géo-radar le signalent sous la forme d’une ligne continue de 4 m de large et de 60 m de long. Cette langue à la composition sédimentaire très caractéristique fixe une limite entre la partie aval et la partie amont du terrain.

Les fouilles au Pré-du-Stand ont pu mettre au jour deux grandes périodes d’occupations humaines :

1. Les vestiges du Néolithique final (2900-2600 BC) et du campaniforme (2500-2000 BC)

Les menhirs

Le sondage S1.2 sert d’interface entre la zone archéologique en amont et la zone stérile en aval uniquement constituée d’éléments géologiques. Le sondage S1.2 empiète dans la partie nord de l’éminence sédimentaire. A faible profondeur, un bloc de gneiss a été découvert en 2014 et identifié comme un menhir (1.32 m de haut par 0.7 m à sa base, 0.82 m dans sa partie la plus large, son poids est estimé à 400 kg environ.). La fouille minutieuse des banquettes adjacentes a mis au jour la fosse d’implantation du menhir avec ses pierres de calage, des charbons provenant de cette fosse ont pu dater l’édification de ce bloc au Néolithique final aux alentours de 2800 av. J.-C. Puis, à une date qui ne nous est pas connue, le menhir a été mis à l’horizontal.

photo du menhir du sondage 1.2
Photographie du menhir du sondage 1.2

Un menhir plus petit a été dégagé dans le secteur 4 (0.9 cm de haut par 0.6 m à la base et 0.4 m pour la partie supérieure). Couché comme son voisin, il se situe dans la partie nord de l’éminence sédimentaire à environ 13 m au nord-est. Il a été endommagé dans sa partie supérieure par l’aménagement d’un drain moderne. On observe qu’il occupe la même position stratigraphique que son voisin.

Les deux menhirs se tenaient vraisemblablement dressés sur le replat, surplombant légèrement le terrain en amont.

Les trous de piquets

Outre les menhirs du Néolithique final, nous avons pu mettre au jour dans le secteur 1 et les sondages S1.3 et S2.2 plusieurs trous de piquets. Ils sont plantés dans une épaisse couche noire que l’on retrouve sur toute la surface fouillée du vallon. Dans le sondage S1.3 le prélèvement de charbons de l’un des piquets brulés a fait l’objet d’une datation C14. Ces structures sont également du Néolithique final. La partie supérieure des piquets est érodée, les sols du Néolithique ont été lessivés.

Le mobilier Campaniforme

Du mobilier Campaniforme a été prélevé dans plusieurs zones du site à l’interface entre la couche noire et les colluvions qui la scellent. Stratigraphiquement, les tessons du Campaniforme semblent contemporains des piquets alors qu’il semblerait que 300 ans les séparent. Les traces des groupes humains du Néolithique final et du Campaniforme sont ténues : trous de piquets, clayonnages et zones charbonneuses. La disparition des sols du Néolithiques final et du Campaniforme pose question, d’autant que sur le site du Pré-du-Stand (Sa005) cette disparition se répète dans les niveaux supérieurs au Hallstatt et à la Tène.

2. Les vestiges de l’âge du Fer : Hallstatt et La Tène

a. Hallstatt (800-480 BC)

Les vestiges Hallstatt se résument à un épandage de pierres sur un terrain légèrement en pente vers le nord-est, un drain de pierres qui s’ouvre dans ce niveau et de quelques tessons. Le drain, un ouvrage d’exception, a été identifié par les prospections géo-radar sur 60 m de long. Il a été fouillé dans le sondage S2.2 sur 6 m de long et étudié en coupe dans un transept de 1.5 m dans le secteur 3. Son architecture est complexe et requiert une quantité importante de matière première et de main d’œuvre. La fosse du drain possède un fond plat et des parois verticales. Des pierres, taillées en biseau pour la plupart, sont plantées de chant les unes contre les autres. Elles sont recouvertes par des galets et des pierres de 20/25 cm de diamètre. Une autre couche de petits galets vient sceller l’ensemble.

Photographie du drain dans le sondage 2.2
Photographie du drain dans le sondage 2.2

 

b. La Tène (480-20 BC)

Un radier de 6 m de large à cheval sur les secteurs 1 et 3 est visible sur plus de 25 m de long jusque dans le secteur 4. De faible épaisseur, ce radier est à certains endroits mal préservé (au nord du secteur 1). Les pierres décimétriques sont jetées sans ordre apparent. Dans le secteur 3, en bordure de ce radier, on observe un alignement de plusieurs grosses pierres. Il s’agit probablement d’une zone de circulation qui a été empierrée pour faciliter le passage au moment des grosses pluies.

Un drain tout aussi long que celui de la période Hallstatt, également repéré par le géo-radar, a pu être fouillé dans le secteur 3. Son insertion stratigraphique est plus tardive et correspond à la période de La Tène. Sa conception est différente, il s’agit d’un canal aménagé avec de part et d’autre des pierres de chant et une couverture de dalles plates jointives. Ce canal est comme le précédent drain recouvert d’un rang de gros galets et puis de petits galets. Ce niveau de La Tène, dont il ne reste qu’un empierrement visible dans les secteurs 1 et 3 et un drain, est recouvert par des couches de limons argileux beiges dans lesquels se trouvent des tessons roulés avec quelques formes typologiques.

photographie du radier et du drain
Photographie du radier et du drain du secteur 3

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