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Ouvrir ses fenêtres ne suffit pas ! La qualité de l’air intérieur mérite davantage d’attention

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Combien de temps passez-vous à l’intérieur d’un bâtiment public, de votre appartement ou d’un véhicule ? En ville, il est probable que vous passiez 90% de vos journées dans un espace clos. C’est ce qu’a révélé en 2001 une étude de l’Agence pour la Protection de l’Environnement aux États-Unis.1

Aujourd’hui, avec l’augmentation de l’urbanisation dans le monde et les récentes mesures de confinement en lien avec la pandémie de Covid-19, la qualité de l’environnement intérieur dans lequel nous vivons est de plus en plus considérée comme un déterminant de notre qualité de vie et de notre santé.

La pollution de l’air intérieur en particulier peut entraîner de nombreux problèmes de santé dont des maladies respiratoires et cardiovasculaires, des allergies, des cancers et une mortalité prématurée.2 Dans l'Union européenne, chaque année, une mauvaise qualité de l’air intérieur entraîne la perte de deux millions d'années de vie saine.3 Cela signifie non seulement une perte de productivité, mais aussi une lourde charge pour nos systèmes de santé.

Pollution intérieure : quels effets sur la santé ?

L’air intérieur peut être contaminé par un grand nombre de composés provenant de l’extérieur ou introduits via les matériaux de construction, l’ameublement et les objets de la vie quotidienne ou par l’activité des habitants eux-mêmes comme le nettoyage, la fumée de tabac, le chauffage, la cuisine, etc. Il existe de nombreux polluants dont les effets peuvent se potentialiser. Un système d’aération de mauvaise qualité ou mal entretenu ainsi que l’humidité peuvent aggraver le problème.2

Par exemple, les composés organiques volatils (COV), sont émis sous forme de gaz par certains solides ou liquides lors d’un processus nommé « dégazage » qui peut durer des mois, voire des années. On trouve des COV dans un grand nombre de produits, dont entre autres les panneaux de particules, revêtements de sols, peintures, vernis, colles, produits de nettoyage, pesticides, cosmétiques et appareils électroniques. Ils peuvent aussi être émis par des processus de combustion tels que la fumée de cigarette, le chauffage au bois, charbon ou mazout, la cuisson ou la combustion de bougies ou d'encens. Le formaldéhyde, l'un des COV les plus connus, peut provoquer des irritations et allergies de la peau, des yeux et des voies respiratoires, de l’asthme et favoriser l’apparition de cancers.2
Dans les pays à bas niveau de revenu, où la population se chauffe et cuisine le plus souvent en brûlant du bois, du fumier ou des déchets provenant de l’agriculture, les femmes chargées de la cuisine et leurs jeunes enfants sont exposés à des polluants de l’air générés par la combustion de ces matériaux. Cette exposition augmente leur risque de développer des maladies pulmonaires, cardiovasculaires et des cancers, ainsi que des infections respiratoires aiguës, principale cause de décès chez les enfants de moins de 5 ans dans ces pays.4

Un enjeu de santé publique encore sous-estimé

Des niveaux d’exposition acceptables à certains polluants ont été définis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ainsi que des recommandations pour diminuer cette exposition. Il s’agit par exemple d’utiliser des matériaux et des produits de construction à faible taux d'émission, de bénéficier d’une ventilation efficace, et de restreindre l’exposition à la fumée de tabac ambiante et d'autres produits de combustion.2

De nombreux pays ont mis en place des réglementations pour limiter l’utilisation de certaines substances toxiques dans les produits de consommation et plusieurs écolabels et systèmes d'évaluation volontaires en Europe garantissent de faibles émissions, tels que EMICODE5, Blue Angel6, ou encore Indoor Air Comfort7. Cependant, la qualité de l’air intérieur est encore inférieure dans plusieurs études aux standards définis par l’OMS. De plus, ces directives établies en 2006 ne sont plus à jour par-rapport à la recherche sur le sujet, qui reste par ailleurs encore limitée par comparaison, par exemple, avec la pollution atmosphérique.8,9

Le chemin est ainsi encore long : les professionnel-les de la santé publique ont un rôle central à jouer pour prendre à bras le corps les enjeux de la pollution intérieure.

L’Université de Genève participe à la formation des expert-es de santé publique

La Maîtrise universitaire d’études avancées en Santé publique de la Faculté de Médecine consacre un module aux questions de politique de gestion en santé publique, durant lequel les participant-es abordent notamment les questions de santé environnementale, dont la qualité de l’air intérieur. Les thématiques sont traitées par des expert-es du domaine, et permet aux participante-es d’intégrer ces aspects dans leur pratique professionnelle.

 

Références
1. Klepeis NE, Nelson WC, Ott WR, et al. The National Human Activity Pattern Survey (NHAPS): a resource for assessing exposure to environmental pollutants. J Expo Sci Environ Epidemiol. 2001;11(3):231-252. doi:10.1038/sj.jea.7500165
2. World Health Organization, ed. Who Guidelines for Indoor Air Quality: Selected Pollutants. WHO; 2010.
3. Jantunen M, Kephalopoulos S, Carrer P, Oliveira Fernandes E, European Commission, Directorate General for Health & Consumers. Promoting Actions for Healthy Indoor Air (IAIAQ). European Commission; 2011.
4. Bruce N, Perez-Padilla R, Albalak R. Indoor air pollution in developing countries: a major environmental and public health challenge. Bull World Health Organ. 2000;78(9):1078-1092.
5. GEV – Association for the Control of Emissions in Products for Flooring Installation, Adhesives and Building Materials. EMICODE. EMICODE. Accessed April 13, 2021.
6. German Federal Ministry for the Environment, Nature Conservation and Nuclear Safety. Blue Angel. Blue Angel. Accessed April 13, 2021.
7. Indoor Air Comfort Certification. Indoor Air Comfort. Accessed April 13, 2021.
8. Vardoulakis S, Giagloglou E, Steinle S, et al. Indoor Exposure to Selected Air Pollutants in the Home Environment: A Systematic Review. Int J Environ Res Public Health. 2020;17(23). doi:10.3390/ijerph17238972
9. Update of WHO Global Air Quality Guidelines. Accessed April 13, 2021.

Les termes utilisés pour désigner des personnes sont pris au sens générique; ils ont à la fois la valeur d'un masculin et d'un féminin.