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Focus Group du Rectorat – Mai 2020

Document basé sur la participation de Mme Ashley Riggs au Focus Group et sur les témoignages de collègues de la FTI. Rappelons-nous…

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Le 11 mars 2020, le Recteur de l’Université de Genève, le Professeur Yves Flückiger, écrivait à la communauté universitaire :

« Face à la propagation du coronavirus, l’Université de Genève donne une priorité absolue à l’enseignement à distance. Dès aujourd’hui, le nombre de cours enregistrés disponibles sur la plateforme Mediaserver et sur la plateforme supplémentaire Mediaserver temporaire passe de 250 par semaine à 250 par jour. L’intégralité des cours donnés dans les 73 salles équipées sont désormais enregistrés, et 30 salles supplémentaires seront équipées dans les semaines à venir… L’Université s’appuie sur une solide expérience de l’enseignement à distance : plusieurs facultés ou centres interfacultaires proposent déjà des cours diffusés en streaming, des bachelors en ligne et de nombreux MOOCS et ont développé des outils et pratiques facilitant l’interaction à distance. »

Et le 13 mars 2020, il ajoutait : « Suite à l’ordonnance adoptée ce jour par le Conseil fédéral concernant les nouvelles mesures de lutte contre le coronavirus, l’Université de Genève suspend l’ensemble des enseignements en présentiel dès le lundi 16 mars et jusqu'à la fin du semestre de printemps 2020. Ces enseignements vont donc désormais se faire à distance… L’Université de Genève donne dès lundi 16 mars la priorité au télétravail pour l’ensemble de ses collaboratrices et collaborateurs dont les tâches le permettent. »

Face à la situation du confinement obligatoire, l’Université de Genève s’est très rapidement adaptée pour continuer à fournir un enseignement de qualité à près de 18’000 étudiant-es. La Faculté de traduction et d’interprétation a été la première à passer au tout-virtuel, réussissant ainsi à éviter une interruption de l’enseignement. L’Unité d’anglais de la FTI a également fourni un service précieux à la communauté universitaire en traduisant du français vers l’anglais les communications du Rectorat pendant la crise – un travail délicat et effectué sous la pression du temps. Pendant les trois premières semaines, il en a résulté une surcharge de travail importante (y compris pour celles et ceux qui travaillaient déjà à 100 %).

Comment cette période a-t-elle été vécue par les enseignant-es et par les étudiant-es ? Quels ont été les principaux défis ? Quelles solutions ont été trouvées ? Que retenir de cette période ? Nous vous proposons ici un premier bilan de ces derniers mois qui nous ont toutes et tous marqué-es.

Les relations humaines

L’enseignement, le travail et les études à distance ont entraîné naturellement un isolement, non seulement physique mais aussi émotionnel. Les relations n’étant plus spontanément nourries par des rencontres et des discussions dans les locaux de l’Université, il a fallu redoubler d’efforts pour garder des contacts interpersonnels, professionnels ou amicaux. Il était également important de se renseigner sur l’état de santé (physique et moral) des collègues (même si cette démarche était parfois délicate), de s’assurer que chacun-e allait (plus ou moins) bien.

Les périodes de crise sont toujours révélatrices de notre manière de fonctionner et nous offrent l’occasion d’en apprendre plus sur nous-même et sur les autres. Ainsi, certain-es ont dépassé leurs limites, en ont fait trop, sans être à l’écoute de leurs propres besoins. Cela dit, certain-es collègues ont aussi observé un élan de solidarité, non seulement entre collègues mais aussi entre étudiant-es et enseignant-es, une entraide rassurante et très appréciée en cette période si difficile. En effet, certaines tensions se sont apaisées car chacun-e s’est retrouvé-e dans la même situation, confronté-e à des contraintes similaires, indépendamment de sa position hiérarchique. Une solidarité a émané de la recherche commune de solutions et du partage des expériences vécues. Ce sentiment devrait être entretenu et pérennisé au-delà de la crise sanitaire.

Technologie et équipement

Au début de la crise, les collègues de l’IT ont dû faire face à une surcharge de travail très conséquente (fourniture de matériel, support technique, réparation, réunions de gestion, etc.). La crise du Covid-19 a encore accru notre dépendance au matériel informatique, et sans le bénéfice d’un ordinateur portable fourni par la FTI, beaucoup de collègues auraient eu encore plus de difficultés à gérer la situation. Celles et ceux qui ont disposé d’une machine associée au login UNIGE ont été avantagé-es par rapport aux collègues qui ont dû se contenter de leur propre matériel, mais même ainsi, certain-es n’avaient pas tout l’équipement nécessaire sous la main (imprimante, scanner, écrans multiples, etc.).

Afin de faciliter et d’accélérer le passage au numérique en cas de besoin, il faudrait que l’Université, par le biais de ses facultés, centres et instituts ou d’un service centralisé, mette à disposition de chaque enseignant-e un ordinateur portable relativement performant, programmé pour permettre un accès à distance à tous les services informatiques pertinents, et entretenu par le service informatique de l’Université. En contrepartie, les enseignant-es devraient suivre une formation obligatoire sur l’utilisation et la maintenance de leur ordinateur, ainsi que sur la sécurité informatique.

En traduction du moins, le fait de bénéficier de deux écrans minimum optimise le travail de l’enseignant-e, en lui permettant d’afficher en même temps le texte source et les solutions de traduction, ou encore de voir la classe entière tout en effectuant une recherche de groupe sur le Web, ce qui dynamise les cours.

L’enseignement à distance s’est fait sur Mediaserver ou sur Zoom, qui a également été largement utilisé pour les vidéoconférences. L’UNIGE avait déjà fortement étendu la capacité d’enregistrement de ses cours sur Mediaserver. La plateforme e-learning Moodle s’est avérée être un outil indispensable, notamment pour créer des contenus interactifs. Pour la gestion des devoirs, en particulier, Moodle est quasiment devenu le seul moyen de gérer le flux de copies sans avoir à jongler avec les courriels, bien moins pratiques pour les cours à grands effectifs.

Afin de faciliter les réunions virtuelles, l’UNIGE, voire Swissuniversities dans son ensemble, devraient se procurer un outil plus performant et plus sécurisé que Zoom. L’emploi de cette plateforme s’est avéré compliqué sur le plan humain et psychologique, engendrant un sentiment d’isolement accru, mais également des souffrances physiques comme des maux de tête. Le recours à cet outil ne paraît pas envisageable à long terme, à moins qu’il ne s’accompagne d’une amélioration importante de la qualité des prestations et des réseaux Internet suisses, et que son utilisation ne soit facilitée par la fourniture de supports adéquats. Il faudrait identifier et tester des alternatives permettant d’assurer l’enseignement à distance dans de meilleures conditions et proposer des ateliers de formation à l’utilisation de ces outils. Il convient par ailleurs d’étudier soigneusement les webcams intégrées pour s’assurer qu’elles offrent à la fois une fonctionnalité optimale et une sécurité accrue contre les piratages et autres abus associés à ces outils. Certaines universités refusent d’ailleurs d’utiliser Zoom. En conséquence, si l’on doit s’entretenir avec des collègues de ces institutions, il faut pouvoir avoir accès à d’autres outils et apprendre à les utiliser.

Enseignement

Pour les enseignant-es, la charge de travail s’est nettement alourdie avec le passage à l’enseignement virtuel. Les cours n’ayant pas été conçus au départ pour être donnés à distance, certaines activités ont été difficiles à planifier, adapter ou réaliser.

Par ailleurs, certain-es étudiant-es ne disposaient pas d’une connexion Internet à domicile assez puissante pour pouvoir utiliser la webcam, une situation qui a creusé les inégalités et affecté la dynamique des cours. Certain-es enseignant-es ont aussi observé que leurs étudiant-es semblaient assimiler nettement moins bien les nouvelles informations et connaissances que lors des cours en présentiel. La concentration n’était pas la même et le fait de ne pas pouvoir échanger avec les camarades d’études, discuter directement des questions et des doutes, réviser ensemble à la bibliothèque, a rendu les études beaucoup plus difficiles pour bon nombre d’étudiant-es.

Les enseignant-es ont aussi souligné que les étudiant-es qui manquaient déjà d’autonomie avant la crise ont plus facilement pris du retard en raison des obstacles et de la complexité de l’enseignement à distance. Cette situation a aussi creusé les inégalités entre étudiant-es. Malgré la charge supplémentaire de travail qu’un suivi personnalisé représente, les enseignant-es devraient identifier au plus vite ces étudiant-es et prévoir plus fréquemment des réunions individuelles de manière à mieux les soutenir.

Les présentations orales demandées aux étudiant-es, moins bien réalisées et moins dynamiques sur Zoom qu’en présentiel, ont pâti du recours aux outils du virtuel. En revanche, la fonctionnalité de Zoom permettant de scinder les classes en petits groupes (break-out groups) s’est avérée plus efficace pour les cours à grands effectifs que les discussions en auditoire. En revanche, il a été beaucoup plus difficile d’aborder à distance des sujets sensibles, comme les résultats des travaux de séminaire. Dans un cadre de distanciation sociale, Zoom s’est néanmoins avéré plus utile que le téléphone pour les discussions individuelles avec les étudiant-es, car le fait de se voir a nettement amélioré la qualité des échanges.

À la FTI, nous pourrions nous inspirer davantage de l’e-Ba arabe, qui a été lancé à l’automne 2019 (voir l’entretien du numéro de décembre 2019 de l’e-bulletin) et qui nous a déjà permis de faire l’expérience des avantages et des inconvénients de cette méthode d’enseignement.

Le Rectorat a réalisé un sondage auprès des étudiant-es en Ba et Ma de l’UNIGE, dont les résultats sont très positifs pour la FTI. Il y a eu une bonne participation de nos étudiant-es, qui étaient globalement plus satisfait-es que dans d’autres facultés, notamment en ce qui concerne la qualité de l’enseignement à distance ; par ailleurs, 90 % ont indiqué avoir reçu des informations claires sur ce qui était attendu d’eux/elles pendant cette période d’enseignement à distance.

Le télétravail

Pour les collègues de l’enseignement mais aussi pour ceux de l’administration, le télétravail s’est imposé comme une méthode prioritaire. De manière générale, il peut s’agir d’une très bonne solution mais, en dehors d’une crise sanitaire, son recours devrait être limité à un ou deux jours par semaine. En effet, le télétravail peut s’avérer très difficile à mettre en œuvre selon les circonstances personnelles (peu d’espace de bureau disponible chez soi, présence des enfants et charge d’éducation, etc.). Par ailleurs, certain-es collègues ont plus de mal à se concentrer chez eux/elles – alors que pour d’autres, c’est plutôt l’inverse.

Autres aspects

D’autres questions, moins urgentes mais non moins importantes, devraient également être considérées. Par exemple, comment s’assurer que l’accès à Internet dont disposent les enseignant-es et les étudiant-es est suffisamment puissant et fiable ? Comment minimiser les risques de sécurité informatique liés à une migration rapide vers le tout-virtuel ? Comment vérifier l’identité des étudiant-es dans le respect de la loi suisse sur la protection des données et gérer les risques de fraude pendant les examens en ligne ?

Conclusion

Le bilan provisoire dressé par le Rectorat avec l’aide des diverses facultés conclut qu’il n’est pas souhaitable de généraliser l’enseignement à distance en dehors d’un contexte très particulier, à l’instar de la crise sanitaire que nous venons de vivre et qui ne nous a effectivement pas laissé d’autre choix.

Le contact humain entre enseignant-es et étudiant-es, qui facilite le développement d’une relation de mentorat dans les meilleurs cas, se doit d’être rétabli. L’enseignement à distance pourrait être autorisé dans certaines situations spécifiques, à raison de deux ou trois cours par semestre au maximum, en particulier pour les cours à grands effectifs et pour certaines formations continues. L’enregistrement des enseignements sur Mediaserver continuera comme avant, mais les cours en présentiel doivent reprendre dès que possible. Si Zoom peut servir d’outil de dépannage, les collègues, même celles et ceux qui doivent venir de loin pour enseigner, s’accordent à dire qu’il ne représente en aucun cas une alternative adéquate aux séances en présentiel. La dynamique des cours traditionnels est beaucoup plus constructive.