Actualités 2022

Le premier diplômé Master conjoint HES⁠-⁠SO – UNIGE en Développement Territorial

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M. Ayité Mawussi est le premier diplômé du master conjoint HES-SO/UNIGE en développement territorial (MDT) toute orientation confondue; il a obtenu une bourse d'excellence d'une fondation privée genevoise d'une année pour intégrer cette formation.

La fondation finance chaque année 4 bourses pour des étudiants venant des Suds pour intégrer le MDT conjoint, orientation Développement territorial des Suds.

M. Ayité Mawussi  a obtenu son diplôme en juin 2021 suite à la soutenance de son mémoire sous la direction de la Prof. Armelle Choplin: "Mobilités, innovations digitales et ville durable à Lomé (Togo)".

Pour en savoir plus sur son parcours, son mémoire, ses projets et le master conjoint en développement territorial, découvrez son témoignage.

 

Témoignage de M. Ayité Mawussi, premier diplômé MDT conjoint.

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Ayité Mawussi,  titulaire d’un Master de sociologie que j’ai obtenu à l’Université de Lomé (Togo) en 2017.  J'ai obtenu mon Master en Développement territorial, Orientation Développement territorial des Suds à l’Université de Genève et à la Haute Ecole de Suisse Occidentale en juin 2021.

En novembre 2021, j’ai déménagé à Paris où j’ai commencé ma thèse à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées. Je m’intéresse à l’Urbain, à la mobilité et au numérique en Afrique de l’Ouest.

Pourquoi avoir candidaté au master en développement territorial, Orientation SUDS alors que tu as déjà validé un master ?

Comme je viens de le dire j’ai à la base une formation de sociologue. J’ai d’abord eu une licence de sociologie assez généraliste et ouverte sur d’autres disciplines en sciences humaines et sociales. J’ai ensuite continué dans un Master recherche en sociologie avec un mémoire sur la mobilité des résidents des périphéries de Lomé (Togo). J’en arrivais à la conclusion selon laquelle les problèmes de mobilité mais aussi des autres services urbains à Lomé comme dans d’autres villes d’Afrique de l’Ouest sont dus à un manque d’anticipation sur l’urbanisation.
Suite à ce mémoire, j’avais la possibilité et des propositions pour continuer directement en thèse mais certaines questions me taraudaient. A quoi sert de faire une thèse sur le même sujet pour aboutir à la conclusion que les problèmes des villes et notamment en termes de mobilités sont dus à la configuration de l’urbanisation sans pouvoir agir sur le problème ?
Cette question de légitimité du chercheur et de l’utilisé sociale de la recherche qui servait à faire des constats sans pouvoir agir sur les problèmes surtout dans un contexte où il y a un clivage entre la recherche et le monde de l’action m’a amené à vouloir explorer la pratique urbanistique en m’outillant méthodologiquement sur le diagnostic de territoire et la prospective pour accompagner les villes africaines à anticiper l’urbanisation galopante.
J’étais donc à la recherche d’un Master professionnel qui pourrait me permettre de développer des compétences pratiques. Je me suis d’abord inscrit dans un Master de prospective et diagnostic territorial à l’Université de Poitiers (France). Mais cette formation ne me convenait finalement pas car elle était très théorique en première année et essentiellement tournée vers les villes françaises. Si c’était intéressant d’apprendre sur les villes Françaises, dans mon positionnement sur la réflexion et l’action territoriale dans les villes d’Afrique, cela était moins pertinent car si je n’y prenais garde, cela m’amenait finalement à voir et analyser les villes Africaines à travers le prisme de mon bagage théorique sur les villes du « Nords ». Je voulais donc aller vers une formation moins théorique et plus tournée vers la pratique mais qui avait majoritairement pour terrains les Suds globaux.
Madame Armelle Choplin, avec qui j’ai déjà travaillé à Cotonou et Lomé dans le cadre du projet Urbacot et de sa recherche sur le Ciment m’a parlé de ce Master structuré autour des ateliers et cela m’a intéressé car il correspondait à mes besoins de formations. C’est ainsi que j’ai postulé au Master. J’ai été retenu et j’ai obtenu la bourse d'une fondation genevoise. Je me suis installé à Genève en septembre 2019 pour poursuivre mes études. Et c’était à plusieurs égards une expérience très enrichissante. 

Quels sont les cours / ateliers qui t’ont particulièrement marqué durant ton cursus MDT ? Pourquoi ?

Il y a principalement 2 ateliers de territoire et 4 cours/ atelier de recherche qui m’ont le plus marqué durant mon parcours.
Tout d’abord l’« Atelier de développement régional » et l’« Atelier Projet de territoire, projet de paysage Suds », car ils permettent d’expérimenter grâce à un travail autour de commandes réelles ce que sera notre métier dans la pratique. Durant ces ateliers, nous avons eu à réaliser en équipe interdisciplinaire, des diagnostics de territoire et proposer des solutions d’aménagement. Ces ateliers sont formateurs, car ils permettent une mise en situation professionnelle dès l’Ecole. J’avoue que cela n’a pas été simple et facile de trouver ma place au sein des groupes de travail.
Ces ateliers ont été pour moi l’occasion d’interroger ma place en tant que sociologue dans une équipe de projet de territoire. J’ai réussi en échangeant avec d’autres sociologues qui dans leurs pratiques professionnelles travaillent avec des équipes pluridisciplinaires sur les projets urbain. Une discussion avec mon directeur de mémoire à Lomé Monsieur Coffi Aholou qui lui-même a réalisé le SDAU de Lomé m’a beaucoup aidé à me positionner dans ces groupes. Ce que je retiens de ces questionnements c’est mon positionnement à trois niveaux : (i) dans la coordination d’équipe de projet, (ii) dans l’analyse des pratiques et usages sociaux des espaces et (iii) dans les démarches de concertations et de participations dans le cadre des projets urbains. Pour moi l’urbanisme en soit n’existe pas mais émerge de la co-construction entre différents spécialistes d’un langage commun autour d’un projet de territoire.
J’ai également apprécié les cours de « Métropolisation et Gouvernance urbaine dans les Suds », « Etat, territoire et développement en Afrique », « Atelier Identités et urbanité » et « Politique et gouvernance urbaine ». L’ensemble de ces cours avait en commun d’offrir l’espace d’une réflexion théorique sur l’urbain et la ville. Ils sont également adossés à de véritables recherches collectives ou individuelles encadrés par les enseignant.e.s. Ce sont des expériences très intéressantes pour moi qui questionne ma légitimité de faire de la recherche et qui souhaite expérimenter la consultance. D’autant que le projet de recherche que nous avons eu à conduire dans le cadre de l’atelier « Identités et urbanité » était une commande d’une association mais permettait d’expérimenter la recherche-action.  

Sur quoi portait ton sujet de mémoire ?

J’ai réalisé mon mémoire sur le sujet « Mobilités, innovations digitales et ville durable à Lomé (Togo) ». J’ai effectué ce travail de recherche sous la direction de la professeure Armelle Choplin. Ce travail qui part des problématiques de mobilités de la ville de Lomé et de la révolution numérique en cours montre que le numérique modifie les positionnements des acteurs de la mobilité et reconfigure tant l’offre que les pratiques de mobilité. J’ai étudié plusieurs usages du numérique dans le champ de la mobilité à Lomé. C’était une expérience très riche car j’ai pu bénéficier d’un accompagnement et d’un encadrement de la professeure Armelle choplin que je remercie. Ce mémoire a facilité la prise de contact avec mes directrices de thèse puisque ma thèse s’inscrit dans la continuité de mon mémoire et ce sont des sujets sur lesquels travaillent ces dernières.

Quel est le "plus" amené par ce travail de mémoire par rapport à ton cursus MDT ?

Comme je l’ai évoqué déjà, le master est structuré autour d’ateliers qui permettent de toucher la pratique à travers des commandes réelles et concrètes. Bien sûr certains ateliers portaient sur des recherches encadrées par les professeur.e.s. Mais ce mémoire a apporté le côté théorique de la réflexion sur les territoires et m’a permis à la fois de consolider mes compétences dans le domaine de la recherche et de me projeter pour l’après master notamment pour la thèse.

Peux-tu nous parler un peu de ton stage ?

Alors, j’ai fait le choix de réaliser un stage même si cela n’est pas obligatoire pour valider le Master du fait que j’ai réalisé un mémoire de recherche. Cela me semblait important pour me préparer à l’après Master. En réalité, dans le contexte de la Pandémie où c’est difficile de trouver un stage j’ai postulé tant les stages de recherche que pour les stages ayant plus de rapport à la pratique urbanistique.
J’ai d’abord été retenu pour un stage en concertation & communication à l’office d’urbanisme du canton de Genève mais à cause de la crise sanitaire, le début du stage a été plusieurs fois reporté et finalement j’ai dû renoncer car la période du stage ne correspondait plus avec mon temps d’inscription à l’Unige. J’ai eu le même problème avec un stage de recherche très intéressant pour lequel j’ai été retenu au sein du laboratoire où je fais actuellement ma thèse.
Finalement, j’ai choisi de faire mon stage au sein de l’UMR TREE à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour (UPPA) sur un projet de recherche ECOCOV car la période de stage correspondait à mon temps d’inscription et cela me permettait finalement d’avoir une expérience dans un laboratoire avant la thèse. Ce projet de recherche avait pour objectif de comprendre les effets de la crise sanitaire de la Covid-19 sur l’engagement écologique des jeunes.
Ma mission dans le cadre de ce stage était de traiter l’enquête quantitative. Mais mon travail a été plus riche que cela puisque j’ai participé à l’élaboration des outils d’enquêtes (guide d’entretien et questionnaire). J’ai également recherché des enquêté.e.s et réalisé des entretiens que j’ai aussi transcrits et analysés en attendant que les données quantitatives soient livrées par la structure qui sous traitait l’enquête quantitative.
Volontairement, j’ai également enrichi la réflexion collective par de la recherche bibliographique. Enfin j’ai pu réaliser les traitements de l’enquête quantitative et présenter ces données. Ce stage a été très enrichissant au regard de la thèse que j’ai commencé en novembre 2021 en cotutelle entre l’Ecole des ponts et chaussées de Paris et l’université de Lomé (Togo).

Pourquoi poursuivre par un doctorat ?

J’ai toujours souhaité faire une thèse. Mais l’expérience du MDT et le stage au CNRS ont pour moi été déterminants pour m’engager dans cette voie. L’expérience du MDT m’a révélé que je peux tout à fait faire de la recherche et aussi participer à la prise de décision des acteurs territoriaux par la recherche-action. L’idée de faire soit la recherche ou l’expertise (consultance) ne m’habite plus aujourd’hui. La thèse est pour moi un moyen de me construire un profil de chercheur. Mais dans les faits, je continuerai à mobiliser mes compétences acquises au sein du MDT. En fait, en ce qui concerne les villes du sud la recherche et l’action doivent être mobilisées concomitamment. La thèse est donc une suite logique dans mon parcours.

Est-ce que l'expérience "mémoire" a été déterminante dans le choix de poursuivre par un doctorat ?
Tout à fait. C’est une expérience qui en plus de mon stage de recherche m’a conforté dans l’idée que je peux faire de la recherche. Car j’ai toujours été à la quête de cette légitimité. Avoir valider mon mémoire avec une note de 5,75/ 6 m’a conforté dans le choix de poursuivre en thèse. Au-delà, mon sujet de mémoire a été je pense déterminant dans la rencontre avec mes directrices de thèse. Car la thèse c’est avant tout une rencontre. Celle entre un.e doctorant.e et un.e direct.eu.r.ice autour d’un sujet.  En effet, mes deux directrices travaillent sur les plateformes numériques dans le champ de la mobilité. Je pense que le fait que je travaillais déjà sur ce sujet a dû être un élément déterminant pour le montage du projet de thèse.

Peux-tu nous en dire plus sur ta recherche doctorale en cours ?

Alors, ma recherche doctorale porte sur le sujet « Mobilité et innovation numérique low tech en Afrique de l’ouest. Regard croisé entre Dakar (Sénégal), Abidjan (Côte d’ivoire) et Lomé (Togo). ». Je la réalise en cotutelle entre l’Ecole des Ponts de Paris via le laboratoire Ville Mobilité Transport (LVMT) et l’Université de Lomé (Togo) via le Centre d’Excellence Régional sur les Villes Durables en Afrique (CERViDA). Je souhaite à travers cette recherche questionner les reconfigurations des acteurs du transport, les transformations de l’offre et des pratiques de mobilité mais aussi les circulations de modèles entre les suds globaux et entre les nords et les suds. Je vais être amené donc à faire du terrain dans les trois villes (Lomé, Abidjan et Dakar). A Paris, je suis accueilli au sein d’une équipe interdisciplinaire et le laboratoire veille à ce que ses doctorant.e.s aient les moyens de réaliser la thèse dans les meilleures conditions. Le centre CERViDA est un atout essentiel pour ce travail au sens où il est en réseau avec d’autres centres et laboratoires dans la sous-région ouest Africaine qui vont m’être important dans le travail de terrain.
Quel est le travail de tes rêves, suite à ton parcours MDT et ton futur doctorat ?
Je souhaite idéalement faire une carrière d’enseignant-chercheur ou de chercheur pour continuer à réaliser des recherches sur la mobilité et le numérique dans les villes africaines, mais aussi sur d’autres sujets touchant à l’urbain et au paysage numérique en Afrique. Enseigner est pour moi non seulement une passion mais aussi une manière de transmettre les connaissances construites.

Le mot de la fin ?

J’aimerais vous remercier pour m’avoir accordé cet entretien et pour votre accompagnement durant mon aventure genevoise. Je souhaite également remercier la professeure Armelle Chopin pour son encadrement bienveillant et la fondation pour la bourse qui m’a permis de faire ce Master très enrichissant à Genève.
Pour les étudiants, qui veulent faire un Master sur le territoire et l’urbain, je recommande le MDT car c’est une formation qui permet d’acquérir des compétences pratiques dans un environnement interdisciplinaire et d’y construire son positionnement professionnel.  

Entretien réalisé par Nicole Efrancey Dao, conseillère académique en charge du master MDT.

 

 

11 mai 2022
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