L'Institut

Mot de la Directrice

 
 « Partenariat »

 Le confinement du printemps 2020 a été l’occasion de vivre en direct une situation paradoxale : fonctionner comme stagiaire en formation d’enseignant.e, hors la classe, c’est-à-dire à distance. 

De même que les enseignant-e-s ont dû, soudainement, trouver des moyens de garder le contact avec leurs élèves, les stagiaires ont dû s’adapter à l’action pédagogique hors du terrain scolaire. Le but de cette adaptation ? Instaurer les bases d’un enseignement à distance, même dans un état d’impréparation totale. Avec le recul, cela semble aller de soi. Il n’en est rien. 

Si les stages ont pu avoir lieu, si les étudiant.e.s en formation d’enseignant.e ont pu continuer à se former dans cette situation extraordinaire, c’est grâce au partenariat avec les actrices et acteurs du Département de l’instruction publique (DIP). Ce partenariat a déployé ses effets jusque dans cette situation inédite. 

A la direction de l’IUFE, on se félicite bien sûr de ces responsabilités partagées et des adaptations qu’elles ont suscitées durant le confinement ! Ce partenariat DIP-IUFE a permis de ne pas interrompre le volet pratique de la formation. Ce qui a nécessité des solutions originales dans les modes de collaboration, dans le suivi des élèves, dans la modulation des gestes professionnels, dans la prise en compte critique et inventive des réalités liées au confinement. 

Un article de la Neue Zürcher Zeitung du 14 octobre 2020 souligne les conséquences néfastes du confinement en milieu scolaire(1). Un net recul des connaissances en langue scolaire pour les élèves allophones, une régression des compétences sociales et du respect des règles régissant la vie en collectif, la recrudescence des actes de violence; c’est ce que constate une directrice d’école primaire berlinoise. A lire les méfaits de l’interruption de la fréquentation de l’école tels que cette directrice les décrit, on réalise l’importance d’une continuité de la formation, dans sa partie pratique, vaille que vaille. 

Pourtant… 

…A Genève, les autorités politiques, la Cour des Comptes, une société d’audit privée ou encore les associations professionnelles et syndicales interrogent régulièrement les liens entre ces deux protagonistes d’une formation qualifiée de « professionnalisante » par la Conférence des directeurs de l’instruction publique (CDIP)(2). 

On sait sur quelles bases ce partenariat indispensable à la formation d’enseignant.e.s est né : la Convention de 2010 entre l’IUFE et le DIP le précise.

 

Titre 1
Objet de la convention

La présente convention règle la collaboration entre l’Université et le DIP en matière de formation professionnelle des enseignantes et enseignants.


Elle porte en l’état sur le déroulement de la formation initiale, en particulier sur les stages dans les établissements scolaires et sur les responsabilités respectives du DIP et de l’Université.

Elle vise à assurer aux étudiantes et étudiants comme aux enseignantes et enseignants des conditions optimales de formation et d’accès à l’exercice de la profession.

Les modalités de collaboration des parties en matière de formation continue feront l’objet d’un avenant à la présente convention, qui devra être signé dans les 12 mois suivant sa signature.

 

En 2020, où en est-on ?
 
Les stages et la formation continue restent des points d’articulation essentiels d’une collaboration dense et régulière. Année après année, le principe est le même…
 
Mais les réalités se modifient sans cesse ! 
 
Ainsi la palette de stages de la formation à l’enseignement primaire (FEP), s’est-elle encore élargie. La lecture de la partie « FEP » de ce rapport d’activité 2019-20 en fait état. Pour intéressant qu’il  soit dans sa conception et ses objectifs, cet élargissement a un coût non négligeable… Comment l’assumer, au-delà de l’année civile 2021 ? C’est pour le moment une question sans réponse. 
 
Quant aux stages de la formation à l’enseignement secondaire (Forensec), ils ont contraint l’IUFE à revoir ses prévisions budgétaires à la hausse, dans une période pourtant peu propice aux évolutions de cette nature. Ceci suite à deux décisions politiques. A l’origine de la première décision, une orientation parlementaire qui consiste à ne plus indexer les postes d’enseignant.e.s sur le nombre d’élèves comme par le passé. La seconde, prise au printemps 2020, lève l’obligation du« stage en responsabilité » en 1ère année de formation et augmente les stages « en accompagnement ». Pourquoi l’implication est-elle significative pour l’IUFE et pour l’Université ? Parce que le « stage en responsabilité » a jusqu’ici mobilisé deux types de formateurs.trices. Alors que le stage dit « en accompagnement » en a mobilisé trois. Davantage de stages en accompagnement, cela implique par conséquent des coûts de suivi sensiblement plus élevés. Comme dans un jeu de domino, le printemps 2020 a donc conduit à étudier les possibilités d’un encadrement du stage « en accompagnement » Forensec par deux types de formateurs.trices. Ceci en veillant au maintien de la qualité du suivi. L’aboutissement de cette étude produira ses effets à la rentrée 2021-22. Mais tout le processus a nécessité une réforme en plusieurs étapes, qui s’est amorcée à la fin de l’année académique 2019-2020. 
 

Au printemps 2020 fut prise la décision d’admettre, pour une édition seulement, 30 étudiant.e.s en MESP – au lieu des 25 admis habituellement. Ceci eu égard à la pénurie d’enseignant.e.s spécialisé.e.s, d’une part, et à la qualité des candidatures de cette édition, d’autre part. Les 30 premières du classement avaient en effet des résultats particulièrement proches les uns des autres. Trente étudiant.e.s, c’est un nombre qui entraîne immanquablement une charge accrue, par exemple pour la direction des mémoires de masters. En outre, les coûts de suivi de stages, sur deux ans, sont considérablement majorés, par rapport aux années ordinaires. Enfin, il faut beaucoup d’ingéniosité pour trouver ces places de stages. L’Office médico pédagogique (OMP) y parvient pourtant, non sans peine. Pour toutes ces raisons, c’est une opération à caractère exceptionnel. 

La vie des stages, on le voit, n’est pas précisément un long fleuve tranquille. D’autant que l’appellation elle-même de ces unités de formation est sujette à remaniements. La conférence intercantonale de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) a voulu harmoniser les appellations en Suisse latine et les « stages en accompagnement » sont désormais des « stages en responsabilité partagée ». 

 

Base légale des stages et avenir de l’IUFE
 
C’est la LIP qui règle l’attribution des stages, qui « doivent répondre aux exigences de formation fixées par l’institution du degré tertiaire chargée de la formation des enseignants et le département ». 
 
Le choix lexical : « l’institution du degré tertiaire A » ou « du degré tertiaire B » n’est bien sûr pas anodin. Il permet de ne pas modifier  la LIP en cas de changement d’affectation institutionnelle de la formation des enseignant.e.s. Ce choix lexical renvoie à une incertitude politique qui a marqué durant la vie de l’IUFE. La motion 2305 rédigée par des députés du Grand Conseil, « pour une formation des maîtres crédible à Genève », en est une illustration. Déposée le 20 novembre 2015, après seulement cinq ans de fonctionnement de l’IUFE, elle est à l’ordre du jour de la session du grand Conseil des 29 et 30 octobre 2020. Cette motion a donné lieu à « une étude fouillée sur les alternatives à cet institut universitaire (HEP ou autre), étude conduite par un organisme extérieur au canton ». Au moment où cette introduction au rapport d’activité est rédigée, il n’y a pas eu de décision politique faisant suite à cette « étude fouillée ». 
 
En 2008, déjà, Charles Beer (Conseiller d’Etat à la tête du Département de l’instruction publique genevois) relevait que « les libéraux proposent une loi pour une formation limitée au bachelor et les radicaux ont  déposé une motion pour la création d’une Haute Ecole pédagogique à la place de l’Institut universitaire. »(3)
 
Avec trois formations reconnues au plan national (FEP, Forensec et MESP), avec un volet pratique particulièrement développé et un partenariat solide DIP-IUFE, la formation des enseignant.e.s à Genève tient le cap. Elle s’inscrit par ailleurs parfaitement dans son rôle de membre de la Chambre des HEP de Swissuniversities.

 

La formation continue

(voir aussi la partie de ce rapport spécifiquement consacrée à la formation continue à l’IUFE)

Le partenariat DIP-IUFE est perceptible dans la palette de l’offre de formation continue passée, présente et future de l’IUFE. Seule une collaboration étroite a permis la mise sur pied d’un assez large éventail de formations diplômantes et qualifiantes. Nous revenons à dessein sur une décennie d’échanges, d’actions conjointes, de projets et de réalisations.

Certains pans de l’offre de formation continue existent depuis longtemps, d’autres sont plus récents. Certains sont encore à l’état de projets…

Commençons par le futur Certificat de formation continue en soutien pédagogique pour l’enseignement secondaire (CAS SP secondaire). Celui-ci s’inscrit dans la lutte contre le décrochage scolaire et dans la prise en charge complexe des besoins des élèves en difficulté – voire en grande difficulté. Le plan d’études de ce CAS est déjà très abouti et le démarrage est prévu pour la rentrée 2021-22.

Pour mémoire, une des formations continues diplômantes a été conçue comme strictement ponctuelle:

  • Le « DAS suppléants » a ainsi connu une unique édition, en 2014.  A l’origine de ce DAS, l’introduction du mercredi matin dans l’horaire de l’élève à l’école primaire. Les premiers constats relatifs à cette introduction ont été faits par le Service de la recherche en éducation (SRED), une entité qui contribue au pilotage et au suivi du système genevois d’enseignement et de formation(4). Le SRED a publié un rapport sur l’impact de l’introduction du mercredi matin(5) :

Dans le cadre de l’harmonisation scolaire romande et notamment de l’introduction d’une deuxième langue étrangère à l’école primaire, le mercredi matin a été instauré dans l’enseignement primaire genevois à la rentrée 2014-15 dans l’ensemble du cycle 2. L’ajout de cette demi-journée supplémentaire dans l’horaire des élèves a posé différents défis organisationnels, pédagogiques et en termes de ressources humaines. En plus d’influencer le rythme scolaire et les apprentissages des élèves, elle a nécessité la création de la fonction d’enseignant complémentaire, ceci afin de prendre en charge une partie des enseignements. Parallèlement, au cycle 1, des mesures ont été prises pour renforcer l’apprentissage de la lecture : trente postes d’enseignants chargés du soutien pédagogique (ECSP) ont ainsi été créés simultanément à l’introduction du mercredi matin(6).

  • Le DAS (Diplôme de formation continue) DomES a été conçu pour accueillir potentiellement quarante étudiant-e-s en 2019. Il en accueilli vingt-huit. Qui sont-elles et qui sont-ils ? Des enseignant.e.s en début d’activité professionnelle, qui ont là une opportunité de se former au domaine de l’enseignement spécialisé. Ce DAS DomES a accueilli des titulaires de masters proches de l’enseignement spécialisé (pédagogie curative, par exemple). Il a pour objectif de compléter leur formation et de faire en sorte que l’ancrage professionnel en enseignement spécialisé soit pleinement réalisé.

Parmi les offres pérennes figurent :

  • Le DAS MDAS, dont la 1ère   édition eut lieu en 2013 et qui accueille   des enseignant.e.s dans les domaines artistiques et éducation physique, en début d’activité professionnelle. Il leur propose un complément   de formation didactique et transversal, spécifique à l’enseignement des disciplines artistiques et sportives en établissements scolaires. Que ce soit dans des activités de production (ateliers plastiques / vocaux / chorégraphiques/ en éducation physique) ou de réception (écoutes musicales, visites d’exposition, analyse de matchs ou d’acti- vités gymniques, par exemple), les modes de transmission de savoirs disciplinaires y jouent un rôle central. A noter que le rôle de la corporéité dans les apprentissages y est aussi abordé, comme un élément central de certains dispositifs d’enseignement.

 

  • Le CAS SP primaire (Certificat de formation continue en soutien pédagogique), dont la 1ère édition remonte à 2013 et qui s’adresse à des enseignant.e.s primaires et met l’accent sur

-    les conditions d’intégration et d’apprentissage, dans des situations nécessitant un accompagnement des élèves;

-    les outils d’enseignement et d’apprentissage de la lecture pour les élèves bénéficiant d’un soutien;

-    l’approfondissement des compétences professionnelles lorsqu’un.e enseignant.e est confronté.e aux difficultés d’apprentissage des élèves;

-    l’intervention concertée entre l’ensemble des acteurs chargés d’aider l’élève en difficulté : enseignant.e. en charge du soutien pédagogique, titulaire de classe, directeur d’établissement, élèves, parents.

Des cours et des ateliers mobilisant des savoirs professionnels caractérisent le dispositif de ce CAS SP.

  • Le CAS « O2A » (observation, analyse et accompagnement des pratiques enseignant.e.s en formation) qui connaît sa 2ème édition. Il est destiné aux formatrices et formateurs de terrain – des actrices et acteurs très important.e.s, en particulier pour le volet pratique de la formation. Les praticien.ne.s formateurs.trices recrutés pour ce CAS encadrent, sur le terrain scolaire, les étudiantes et étudiants en formation. C’est parce qu’ils exercent un travail spécifique de formation de la relève qu’ils sont au centre de cette formation. Comment agissent-ils ?

Notamment par

-  l’explicitation de leurs pratiques, de leurs compétences et de leurs savoirs,

-   l’observation, l’analyse et le guidage des novices dont ils accompagnent les apprentissages en classe et dans les établissements.

  • Le CAS et le DAS FORDIF, qui a pour mission de former les cadres scolaires et qui réunit quatre institutions de formation : la HEP Vaud, l’IDHEAP, l’IFFP et l’Université de Genève (IUFE). Ce quatuor d’institutions réuni en consortium a répondu à un appel d’offre en… juillet 2007. Parmi plusieurs offres concurrentes, le dispositif de formation proposé par ce consortium a été retenu par la CIIP. Le diplôme bénéficie de la reconnaissance de la CDIP au niveau national. Le CAS 2021-22 affiche « COMPLET » !

https://www.fordif.ch/formations-certifiantes/cas-fordif/

Outre ces formations, les membres de l’IUFE sont aussi engagés

-    dans des commissions de formation continue du DIP au primaire (COFOEP) et au secondaire (COFOCO, COFOPO), pour proposer des formations plus ponctuelles;

-    dans des formations visant à présenter de nouveaux moyens d’enseignement;

-    dans des formations demandées par des établissements.

 

Des apprentis à l’IUFE

Enfin, l’IUFE collabore étroitement avec les acteurs de la formation professionnelle du DIP, notamment pour la formation de deux apprentis.

 Au milieu des turbulences, le partenariat DIP-IUFE apparaît comme une alliance dynamique, toujours en train de traduire les problèmes rencontrés en équations. Après avoir identifié les variables et les inconnues, la quête de propositions et de solutions paraît plus simple !

 

Isabelle Mili, 19 octobre 2020


 

1 Rektorin einer Berliner Grundschule schlägt Alarm: Die Bedingungen nach  den Corona-Schliessungen seien «absolut furchtbar». Alexander Kissler, Berlin 13.10.2020, 17.09 Uhr. https://www.nzz.ch/international/rektorin-einer-berliner- grundschule-schlaegt-alarm-ld.1581404?mktcid=nled&mktcval=102&k id=_2020-10-14&ga=&trco=

2 Cf Ambühl, H. et Stadelmann, W. (Eds) (2010) Tertiarisationde la formation des enseignantes et enseignants. Berne: Etudes + rapports 30B, CDIP 2010 Rapports

3 Le Temps, 28 mars 2008

4 https://www.ge.ch/organisation/service-recherche-education
5 Brüderlin, M. et Soussi, A. (2018). Impact de l’introduction du mercredi matin à l’école primaire. République et Canton de Genève : Service de la recherche en éducation.
6 https://www.ge.ch/actualite/introduction-du-mercredi-matin-au-primairegeneve-premiers-constats-termes-organisation-fonctionnement-18-12-2018

 

 

Rapports annuels

 
Rapport de la directrice 2018-2019