5 octobre 2022 - Jacques Erard

 

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Joindre le geste à la parole

Parler en s’aidant des mains faciliterait l’apprentissage et la mémorisation. C’est l’une des découvertes effectuées par Susan Goldin-Meadow au cours de ses recherches. La psychologue donnera une conférence le jeudi 13 octobre.

 

 

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L’âge d’une personne se lit mieux sur ses mains que sur son visage, dit-on. Les mains auraient-elles aussi quelque chose à nous raconter sur nos pensées et la façon de les communiquer? Professeure de psychologie à l’Université de Chicago, Susan Goldin-Meadow a consacré ces dernières décennies à étudier les gestes de la main en situation de communication. Elle donnera une conférence à Uni Dufour le 13 octobre, avant de recevoir un doctorat honoris causa de l’Université de Genève le lendemain, lors du Dies academicus.

 

Certains gestes sont appris et font partie du lexique utilisé dans la communication. Le pouce levé sert à marquer l’approbation, l’index sur les lèvres marque l’injonction à se taire. Plus prononcée chez certaines personnes et dans certaines cultures, cette gestuelle très codifiée peut se substituer à la parole. Elle est utilisée comme raccourci, parce qu’un geste peut valoir mille mots ou pour éviter d’avoir à prononcer des termes tabous.

Mais les gestes de la main accompagnent aussi la parole d’une façon beaucoup plus spontanée et souvent inconsciente. Cette pratique possède un caractère inné. On l’observe chez des personnes aveugles de naissance lorsqu’elles conversent et les Nordiques en font usage au même titre que les Méditerranéens bien que de manière moins expressive. C’est surtout à cette forme de gestuelle que Susan Goldin-Meadow s’est intéressée dans le cadre de ses travaux sur le développement du langage et de la pensée au cours de la petite enfance.

Ses recherches ont mis en évidence la dynamique existant entre le geste et la parole. Des expériences ont en effet montré qu’utiliser ses mains en parlant fluidifie l’expression verbale et facilite la compréhension du message par les interlocuteur-trices. Parler avec les mains aurait donc un impact positif sur l’apprentissage. Des enfants invité-es à faire des gestes de la main tandis qu’elles et ils apprenaient à résoudre un problème d’arithmétique retenaient mieux les informations que celles et ceux qui s’abstenaient de bouger les mains.

Il arrive aussi que le geste diverge de la parole. Dans l’une des premières études menées par Susan Goldin-Meadow, le contenu d’un verre allongé et rempli d’eau était versé dans un autre verre de forme plus large. L’expérimentateur demandait ensuite à des enfants si la quantité d’eau était la même d’un verre à l’autre. Un enfant avait répondu que la quantité d’eau dans le verre large avait diminué parce qu’elle était plus «courte». Mais tandis qu’il formulait sa réponse, ses mains formaient un cercle, indiquant qu’il savait, de façon implicite, que le diamètre du verre entrait en ligne de compte. Son geste semblait donc indiquer une compréhension qu’il peinait à exprimer verbalement. Ce type d’expérience suggère également l’existence de formes de pensées élaborées non verbales.

«La gestuelle se réfère généralement à des informations qui sont compliquées à exprimer au travers  des mots, explique Susan Goldin-Meadow. Elle permettrait d’alléger la charge cognitive pour permettre au cerveau de se concentrer sur d’autres tâches.»

Partageons-nous cette pratique avec les grands singes? Ces derniers font essentiellement des gestes qui miment une action afin de solliciter un ou une congénère. Il est intéressant de relever que, contrairement à nous, ils sont toujours silencieux lorsqu’ils gesticulent. Ce qui laisse penser que la capacité à combiner geste et parole serait, elle aussi, une faculté spécifiquement humaine.

Penser avec nos mains
Conférence de Susan Goldin-Meadow
Jeudi 13 octobre à 18h30 – Uni Dufour U300

Pour en savoir plus

Un doctorat honoris causa en forme de «come-back»

Goldin-Meadow-J.jpgDans le cadre de ses études de psychologie au Smith College, Susan Goldin-Meadow a passé une année à l’Université de Genève où enseignait alors Jean Piaget, dans les années 1970. «Je crois que mon intérêt pour le domaine du développement du langage et de la pensée s’est cristallisé quand j’étais à Genève, se souvient-elle. J’ai suivi quelques cours de Jean Piaget et participé à des recherches avec Mimi Sinclair, sa collaboratrice qui travaillait sur les questions de langage. C’était le seul endroit que je connaissais où l’on pouvait aborder cette matière. C’était une opportunité extraordinaire d’écouter Jean Piaget. J’ai été marquée pour toujours par sa manière d’aborder la psychologie et sa compréhension du monde. Il était un observateur hors pair, capable de voir des choses que d’autres ne voyaient manifestement pas.» À la veille de recevoir un doctorat honoris causa de l'UNIGE, sa conférence aura un air de retour aux sources.


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