Journal n°146

La mesure de la biodiversité ne tient pas compte des espèces introduites. Erreur!

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Les indicateurs permettant d’estimer la biodiversité sont incomplets. Ils ne prennent en compte que les espèces indigènes, excluant volontairement les espèces introduites dont le nombre est souvent significatif. Dans une étude publiée le 17 avril dans la revue PLOS Biology, Martin Schlaepfer, chargé de cours à l’Institut des sciences de l’environnement (ISE), préconise de corriger le tir et de prendre en compte l’apport tant positif que négatif de ces espèces étrangères afin d’offrir aux citoyens l’image véritable de la nature qui les entoure et de son évolution.

Les introductions de nouvelles espèces se font soit de manière volontaire, comme pour les cultures agricoles, soit par accident, à l’image du frelon asiatique ou de la pyrale du buis. À l’heure actuelle, la protection de la biodiversité est intimement liée à la protection des espèces et des milieux indigènes, propres à chaque région du monde, dans le but de protéger l’authenticité des paysages et l’écosystème terrestre. Par conséquent, les indicateurs des biologistes, responsables de cette protection, se fondent exclusivement sur les espèces d’origine. Ces indicateurs servent ensuite à la rédaction de rapports internationaux sur la biodiversité, introduisant dès lors un biais à la source, estime Martin Schlaepfer.

Les espèces introduites sont souvent considérées, abusivement, comme envahissantes

Pour le chercheur genevois, les biologistes agissent ainsi dans le but de marquer les différences entre les biotopes et de les protéger au mieux. Par ailleurs, les espèces introduites sont souvent considérées, abusivement, comme envahissantes et donc néfastes pour la biodiversité d’origine qui se ferait progressivement supplanter par les nouveaux arrivants.

«Pourtant, environ 88% des espèces introduites en Europe ne sont pas problématiques, précise Martin Schlaepfer. Et de celles qui posent problème, on ne voit en général que leurs défauts sans prendre en compte les aspects positifs qu’elles peuvent aussi générer.»

Le solidage géant (Solidago gigantea), par exemple, est une espèce de plante introduite provenant d’Amérique du Nord. En Suisse, elle est considérée comme envahissante, car elle peut dominer des milieux en bordure de champs agricoles. Pourtant, en plus de posséder des propriétés médicinales, elle permet des interactions biologiques intéressantes avec des pollinisateurs.

De même, les écrevisses américaines, qui colonisent certes les lacs au détriment des espèces indigènes, constituent néanmoins une ressource alimentaire importante pour les restaurateurs.

Quant au blé et au maïs, qui sont également des espèces introduites et qui dominent certains paysages helvétiques, il est difficile de nier qu’ils sont essentiels à notre société.

On ne tient pas compte des bienfaits qu’apportent les espèces importées

En 2012, le «Groupe de haut niveau sur la durabilité mondiale» des Nations unies a rédigé un rapport qui relève 12 indicateurs pour mesurer les limites planétaires, c’est-à-dire les limites que l’homme ne doit pas dépasser pour que la vie puisse perdurer sur Terre. L’un de ces indicateurs est la biodiversité. Selon cette mesure, si la moyenne des effectifs des espèces originelles présentes dans une région baisse de plus de 10%, les experts considèrent que la nature a trop été altérée et que le bien-être des générations futures est en danger.

«Dans ce rapport, on ne tient pas compte des bienfaits qu’apportent les espèces importées qui interagissent pourtant constamment avec la biodiversité indigène et qui contribuent à des services utiles, relève Martin Schlaepfer. Si on le faisait, le pourcentage de la surface de terre considérée comme étant en mauvais état passerait de 58% à 48%, abaissant le degré de gravité de l’impact de l’homme sur la nature. Afin de comprendre la nature et ses liens avec le bien-être de l’homme, chaque espèce doit être évaluée à sa juste valeur, car toutes sont en interaction avec les humains et font partie de la réalité de l’évolution de la biodiversité.»

Sans même parler des cas où les espèces introduites sont majoritaires, principalement en milieu urbain. «Concernant les arbres, les rapports du canton de Genève mentionnent 88 espèces différentes sur le territoire, toutes indigènes, note Martin Schlaepfer. Or, il en existe 597 autres, toutes introduites, parmi lesquelles figurent nombre d’arbres remarquables qui contribuent au bien-être des Genevois.» —