Journal n°167 - du 21 nov. au 12 déc. 2019

Comment faire du profit en respectant les droits de l’homme

image-6.jpgLa main invisible du marché n’a pas d’états d’âme: faire du profit, dans l’univers impitoyable des affaires, implique de maintenir des coûts de production les plus bas possible. Cette dernière décennie, ce dogme a pris un sens nouveau pour bon nombre d’entreprises. Les consommateurs sont en effet toujours plus nombreux à se soucier des conditions de production des biens et des services qu’ils achètent. Et une fois ébruitées sur les réseaux sociaux, des violations des droits humains par le fournisseur d’une marque peuvent infliger à cette dernière des torts considérables. En Suisse, une initiative populaire vise d’ailleurs à inscrire dans la loi l’obligation pour les entreprises de se conformer à des critères de responsabilité sociale.
Le Geneva Center for Business and Human Rights, qui sera inauguré le 25 novembre prochain au sein de la Faculté d’économie et de management, a précisément pour objectif de développer des modèles de pratiques entrepreneuriales conciliant profit et respect des droits humains. «Nous voulons montrer qu’il y va non seulement de la réputation des entreprises, mais que le respect des droits humains offre également des opportunités, explique la professeure Dorothée Baumann-Pauly, directrice du Centre. Si par exemple une firme se soucie des conditions de travail de ses ouvriers, ceux-ci resteront plus longtemps à leur poste, développeront davantage de compétences, ce qui aura un impact positif sur la qualité des produits.»

De la théorie à la pratique

La plupart des recherches universitaires dans ce domaine restent toutefois très théoriques. «L’originalité de notre approche consiste à coller aux préoccupations des acteurs du monde économique, ajoute Dorothée Baumann-Pauly. Des entreprises affichent aujourd’hui leurs préoccupations relatives aux droits humains, mais qu’en est-il dans la pratique? Comment les aider à prendre les bonnes décisions et à évaluer les mesures prises?»
Des modèles commencent à émerger. Une chaîne de distribution de vêtements s’engage, par exemple, à s’approvisionner sur une certaine durée auprès d’un même fournisseur qui, en contrepartie, offre des garanties sur le respect des droits humains, améliore son management et verse de meilleurs salaires à ses employés.
Le commerce peut également servir de vecteur à la diffusion des droits humains. Les entreprises ont en effet intérêt à disposer de standards internationaux, surtout dans un monde aussi complexe que celui du travail. Les droits humains, qui aspirent à être universels, représentent un premier socle de dénominateurs communs. En Chine, où la liberté d’association n’existe pas, des entreprises occidentales établies depuis des décennies sont ainsi parvenues à négocier la mise en place de comités d’ouvriers qui canalisent le dialogue avec la direction de l’entreprise.
Dans un premier temps, le Centre ciblera des compagnies importantes en Suisse et à Genève, en particulier dans le secteur bancaire et celui du commerce des matières premières. Cette initiative, inédite en Europe, pourrait contribuer à profiler les études managériales de l’UNIGE. Elle est bien placée en tout cas pour s’épanouir à Genève, dans un environnement riche en organisations axées sur les droits humains. —