4 juin 2026 - Alexandra Charvet
Filles et maths: l’équation à résoudre
Pour encourager les jeunes filles à embrasser des carrières scientifiques, le Cercle Filles et Maths propose aux adolescentes un espace permettant d’explorer les sciences et de gagner en confiance.

Image: Rido
À 17 ans, une Française sur deux n’étudie plus les mathématiques, contre seulement un garçon sur quatre. Ce phénomène souvent qualifié de «leaky pipeline» (pipeline percé) se retrouve en Suisse, où les données indiquent une diminution marquée de l’engagement des filles en mathématiques à l’adolescence qui se traduit par une sous-représentation dans les filières avancées (Baromètre de la relève MINT, Académies suisses des sciences).
Dans les collèges genevois, les options scientifiques (maths renforcées, physique) comptent seulement 30 à 40% de filles alors que l’intérêt pour les disciplines scientifiques est similaire entre filles et garçons dans l’enfance. Qui plus est, malgré des résultats comparables, les filles évaluent plus négativement leurs propres compétences, perdant ainsi confiance en leurs capacités en mathématiques.
Lutter contre les stéréotypes de genre
C’est pour tenter de corriger cet état de fait que la Section de mathématiques – qui, en 2024, comptait 222 étudiants pour seulement 67 étudiantes – a lancé le projet «Filles et Maths» à travers sa structure Genève Évasions Mathématiques (G·EM). L’initiative vise à lutter contre les stéréotypes de genre qui continuent d’influencer les parcours scolaires et les choix d’orientation, en valorisant les mathématiques auprès des jeunes filles.
S’appuyant sur les travaux de la sociologue Clémence Perronnet, autrice des ouvrages Matheuses – Les filles, avenir des mathématiques et La Bosse des maths n’existe pas, et en collaboration avec elle, G·EM a développé plusieurs projets en mixité choisie destinés à encourager les jeunes filles à s’investir dans les mathématiques: les camps d’initiation à la recherche mathématique appelés «Marmottes», destinés aux 16-18 ans, et «Mini-Marmottes», pour les 13-14 ans. Dans la continuité de ces expériences, G·EM a souhaité tester un nouvel espace de pratique des mathématiques réservé aux filles, le Cercle Filles et Maths.
Femmes scientifiques inspirantes
S’adressant aux élèves de la 10e CO à la 1re année du secondaire 2, le Cercle propose un environnement bienveillant permettant d’explorer les mathématiques au-delà du cadre scolaire traditionnel. Tous les mardis, de 17h à 19h, les participantes prennent part à des séances de mathématiques ludiques ainsi qu’à des activités de découverte culturelle et scientifique (visites du Scienscope et des laboratoires de l’Université, ateliers interactifs, discussions avec des scientifiques).
Ces expériences visent à développer leur raisonnement logique, leur curiosité scientifique et leur confiance en elles. Les participantes ont également l’occasion de rencontrer des femmes inspirantes travaillant dans différents domaines scientifiques, afin de découvrir la diversité des parcours possibles. «Nous avons délibérément évité de proposer un simple club de mathématiques, explique Elise Raphael, codirectrice du G·EM. Dans leurs études, les filles ont tendance à vouloir retarder leur spécialisation afin de garder un maximum d’options ouvertes et d’explorer plusieurs domaines. À l’inverse, les garçons qui rejoignent ce type de club arrivent plus souvent avec un intérêt affirmé pour les mathématiques et les défis techniques.»
Jonglage et origami
L’objectif du Cercle est de montrer que les mathématiques ne se limitent pas aux exercices scolaires, mais constituent un domaine de réflexion collective. Les participantes sont invitées à expérimenter, à formuler des conjectures et à résoudre des problèmes. «Au Cercle, nous voulons montrer que les mathématiques sont présentes là où on ne les attend pas forcément, comme dans l’origami ou le jonglage, raconte Pauline Baudat, coorganisatrice du Cercle et adjointe scientifique à la Section de mathématiques. Ensuite, contrairement à l’approche plus individuelle souvent privilégiée dans le cadre scolaire, nous mettons l’accent sur le travail collectif: encourager les participantes à réfléchir ensemble, à échanger des pistes et à construire des solutions en groupe.» Cette dimension collective est également renforcée par le choix de la non-mixité.
Pour l’animatrice du Cercle, les participantes osent ainsi davantage prendre la parole, exprimer leurs idées et risquer des erreurs sans crainte du jugement. Un climat qui favorise le développement de la confiance en soi, qui est d’autant plus décisive que le club intervient à un âge où les jeunes filles commencent à choisir leurs options au collège.
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