Cours général 2021-2022

Qui sait quoi ? Genre, cultures et dominations

Ecriture inclusive, culture du viol, appropriation culturelle, cancel culture, police de la pensée, assignation des identités, nombreuses sont les questions brûlantes et les polémiques actuelles qui viennent, d’une manière ou d’une autre, interroger les fondements des sciences humaines.  Voici que la langue et ses règles, l’art d’aimer, ses discours et ses représentations, la circulation des biens culturels, les pratiques patrimoniales et la mémoire des « grands hommes » ne vont plus de soi.

Peut-on dire que le mythe troyen relève de l’appropriation culturelle ? Les Métamorphoses d’Ovide qui s’ouvrent sur la tentative de viol de Daphné par Apollon valent-elles encore la peine d’être commentées ? Comment penser notre rapport à une langue qui reflète un universalisme pensé au masculin singulier ? Que faire des monuments publics qui peuplent nos imaginaires urbains en célébrant les bienfaits d’un contrat social dont on découvre qu’il repose sur un déni de l’oppression et l’exploitation ? Quelle place revient, dans les parcours de formation et dans la recherche aux expériences des acteurs et actrices marginalisés ?

Dans le sillage des études féministes, gays et lesbiennes ainsi que postcoloniales, s’impose une évidence : afin de faire voir les mécanismes de pouvoir à l’œuvre dans la construction des savoirs, il convient d’interroger la neutralité supposée du savoir. En posant la question du point de vue du chercheur ou de la chercheuse, l’épistémologie féministe attire l’attention sur les angles morts d’une objectivité qui ne se reconnaît pas comme située. Loin d’être entaché de subjectivité, ce postulat cherche à définir une « rationalité qui objective le sujet connaissant » (Sandra Harding) afin de promouvoir un savoir plus fiable, capable d’éclairer l’impact des idéologies genrées, mais aussi de race et de classe dans l’élaboration du discours scientifique (Foucault). En cherchant à fournir quelques outils et des points de repères et en s’appuyant sur une série d’études de cas, le cours tentera de prendre la mesure des bouleversements à l’œuvre dans les disciplines académiques relevant des humanités, face à la critique de l’invisibilisation des minorités, à la dénonciation de l’esthétisation des violences et à la mise en question des légitimités ethno- ou andro-centrées.

Par ailleurs, nous souhaitons aussi explorer la dimension hautement polémique de ces questionnements et des réactions qu’ils suscitent. Les mécanismes de clivage, les dynamiques de confrontation, les réactions de rejet qui animent le débat contemporain portent la trace d’un engagement émotionnel qui mérite une analyse en termes de politique du genre. Les réseaux sociaux, témoins de notre époque, lieu de liberté et d’enfermement du discours, portent les traces d’une fureur et d’une indignation permanentes. Colère et ressentiment s’affichent comme autant de ressorts rhétoriques puissants dans les stratégies déployées pour appeler à une déconstruction des savoirs comme pour affirmer les bénéfices et les promesses des humanités.

Cet effort n’a pas pour objectif de « dépassionner (ou neutraliser) le débat » (la « passion pour les arts et la science » n’est-elle pas une justification classique des vocations artistiques et académiques ?), mais de faire apparaître les postures discursives qui sont à l’œuvre, leur manière d’agencer les rapports de pouvoir et de réfléchir à leurs implications éthiques.

La première séance du cours aura lieu le 24 septembre