Thèses

Isabelle PITELOUD                

Titre : Stendhal, Balzac, Flaubert : la théorie romanesque des émotions

Directeur.trice : Patrizia Lombardo

Date de la soutenance : 03.11.2012 

Résumé : Examinant la pratique romanesque de Stendhal, Balzac et Flaubert, la thèse étudie les rapports que la forme romanesque entretient avec la connaissance des valeurs et élabore une théorie du roman qui fait la part belle aux expérimentations affectives. L'auteure considère le genre romanesque comme une procédure de pensée particulière, qui "teste" les valeurs éthiques et esthétiques par le biais d'un modèle fictif : le personnage et ses émotions. La première partie confronte la théorie des passions mise au point par Stendhal et Balzac à la philosophie des émotions : Stendhal y apparaît comme un précurseur des études actuelles consacrées à l'affectivité. La deuxième partie montre comment la représentation des émotions conduit à la révélation de valeurs éthiques et esthétiques. La troisième partie effectue une mise au point de la notion de "romanesque", en considérant la façon dont les personnages stendhaliens (Lamiel) et balzaciens (Modeste Mignon) envisagent le phénomène de l'identification romanesque. Cette approche permet d'infléchir la compréhension du "bovarysme", trop souvent réduit à une "mauvaise lecture" des romans. Enfin, les quatrième et cinquième parties présentent certains problèmes esthétiques liés à l'imagination affective : entre les phénomènes d'identification évoqués par la critique et les vertiges de l'extase sensorielle décrits par Stendhal et Flaubert, l'imagination qui préside à la création romanesque apparaît comme la contrepartie esthétique de la sympathie définie par Max Scheler.

 

Chiara GAMBACORTI           

Titre :  Sade : une esthétique de la duplicité

Directeur.trice :  Alain Grosrichard

Date de la soutenance : 06.07.2012 

Résumé : Ma thèse propose de réévaluer le projet esthétique et romanesque du marquis de Sade à travers une lecture de son œuvre qui tourne autour de l'analyse de "La Marquise de Gange", "Adélaïde de Brunswick" et "Isabelle de Bavière". Ces trois romans historiques, qui relèvent – comme "Aline et Valcour" et "Les Crimes de l'amour" – d'un registre d'écriture décent, sont généralement interprétés comme moralement orthodoxes, conformément aux assertions programmatiques de leur auteur. Mes analyses montrent que derrière le discours moralisateur de l'auteur et/ou du narrateur se dissimule – comme dans "Justine" – un discours antithétique qui en subvertit sournoisement les valeurs. Ce double discours axiologique définit ce que j'appelle l'esthétique sadienne de la duplicité ; notion qui permet entre autres une nouvelle définition des deux versants de l'œuvre du marquis de Sade, basée sur le respect ou la violation du contrat de lecture que l'auteur et/ou le narrateur passent avec leurs lecteurs.

 

Dominique BRANCHER                    

Titre :  La fabrique équivoque de la pudeur

Directeur.trice :  Michel Jeanneret

Date de la soutenance :  24.03.2012     

Résumé : Sur un plan anthropologique, on a cherché à dégager la pudeur d'une approche naïve en mettant en lumière l'ambiguïté de cette passion, où le ressurgissement de l'obscène le dispute sans cesse au refoulement vertueux. Sur un plan historique, il s'agissait d'en ressaisir l'actualité à la Renaissance, chez des auteurs qui, dans un contexte spécifique, repensent les ambivalences de l'héritage antique et médiéval. L'enquête prend pour terminus a quo le De verecundia de Coluccio Salutati (1390) et se poursuit jusqu'au milieu du XVIIe siècle, moment où Vaugelas, dans ses Remarques sur la langue française (1647), adoube le mot "pudeur". Sans prétendre faire une histoire sociale des comportements, on a considéré la pudeur comme un mot qui s'invente au XVIe siècle ; comme une passion qui mobilise l'intérêt des médecins, des philosophes et des moralistes ; enfin, comme une stratégie textuelle ou iconographique équivoque, mettant en scène le corps et sa « sexualité » dans des représentations revendiquant leur caractère non-fictionnel. Plutôt qu'indiquer seulement, comme le pensait Norbert Elias, un renforcement de la répression de la vie pulsionnelle et un respect accru des convenances, l'inflexion nouvelle de la pudeur au XVIe siècle a aussi comme corollaire le déploiement du jeu pervers et de la transgression dans l'écriture (notamment médicale). Elle est moins l'aboutissement d'un processus de civilisation suspect, caricature d'un Moyen Âge émotif, qu'une forme d'érotisation de textes s'initiant à de nouvelles stratégies de séduction.

 

Cinthia Meli              

Titre de la thèse :  Le Livre et la Chaire. Les pratiques d'écriture et de publication de Bossuet

Directeur.trice : Michel Jeanneret

Date de la soutenance : 14.01.2012     

Résumé : Bossuet est-il un écrivain, alors qu'il n'a pas publié ses Œuvres oratoires ? Les manuscrits de ses sermons constituent-ils une œuvre, alors que leur texte n'est pas définitif ? Ma thèse de doctorat s'attache à répondre à ces questions en procédant à une analyse historique des pratiques d'écriture et de publication de Bossuet, qui sont replacées dans leur contexte d'origine pour mieux en saisir la spécificité et les enjeux eu égard à la place occupée par Bossuet dans le monde lettré du 17e siècle et dans la littérature du 19e siècle.