L’atelier historique, revue des étudiant.e.s en Histoire générale

Externaliser la violence ? Crise interne et attaques xénophobes dans la construction de l'Etat postcolonial au Ghana et au Gabon (1960-1972)

Conférence d'Alexander Keese, 26 avril 2021

Résumé
Dans la création des projets d’état-nation après les indépendances (Ghana en 1957, Gabon en 1960), l’identification nationale paraissait devoir avoir un rôle restreint. Au Ghana, Kwame Nkrumah, leader d’un fort discours panafricaniste, laissait entendre que pour « les africain-e-s » fonctionnerait seulement une voie transcontinentale d’émancipation. Léon Mba au Gabon, quant à lui, défendait l’idée que pour son territoire, un rattachement étroit à l’ancienne métropole coloniale (la France) aurait été la meilleure option. Dans les deux cas, l’option nationale était donc choisie avec moins d’enthousiasme – et l’artificialité d’un projet d’état-nation paraissait évidente.


Pourtant, septembre 1962 voyait une violence xénophobe exemplaire au Gabon, dirigée (notamment) contre les immigrant-e-s de la République du Congo (Congo-Brazzaville), avec un nombre considérable de victimes et un discours clairement nationaliste. Il s’agissait d’une des premières éruptions de violence de ce type, bien qu’elle reste pratiquement inaperçue sur le plan international. Quant au Ghana, entre 1969 et 1972, le gouvernement successeur au régime de Nkrumah utilisait la carte de l’exclusion des « étrangers » comme stratégie principale de sa politique ; à travers la Aliens Compliance Order (une législation anti-immigrante), des centaines d’immigrant-e-s ouest-africain-e-s étaient expulsé-e-s ou menacé-e-s d’expulsion, et harcelé-e-s par des dénonciations et des hostilités ouvertes.


Cette présentation discutera la nature de la xénophobie comme réaction à des crises internes dans la construction de la « nation » postindépendance. Elle va aussi et notamment discuter (pour des cas où la recherche est encore à ses débuts) comment l’aborder par les sources archivistiques, et quelles sources existent pour ces cas. Entre le regard externe, et les correspondances de dénonciation et rapports policiers, ces situations ont créé de vastes documentations, qui sont jusqu’ici pratiquement inexplorées.

Sources - Atelier Historique - Externaliser la violence.pdf

20 avril 2021
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