Unité d'histoire contemporaine

2016: La "Fabrique des citoyens". L'enseignement des langues et des lettres en Europe, 1848-1914.

JOURNÉE D'ÉTUDE


La « fabrique des citoyens ».
L’enseignement des langues et des lettres en Europe, 1848-1914



Université Libre de Bruxelles
Mercredi 25 mai 2016, 09:00-17:00,

Grande Salle du CIERL, Av. Franklin D. Roosevelt 17

 


Organisation:
Mara Donato di Paola, Damiano Matasci, Cécile Vanderpelen-Diagre, Michel Berré

Comité scientifique:
Prof. Kenneth Bertrams (Université Libre de Bruxelles), Prof. Rita Hofstetter ((Université de Genève), Prof. Martine jey (Université Paris-Sorbonne), Prof. Pieter lagrou (Université Libre de Bruxelles), Prof. Mauro Moretti (Università per Stranieri di Siena), Prof. Bernard Schneuwly (Université de Genève), Prof. Cécile Vanderpelen-Diagre (Université Libre de Bruxelles).

 

Cette journée d’études propose d’examiner l’évolution et les métamorphoses de l’enseignement des lettres et des langues dans les écoles secondaires en Europe entre 1848 et 1914. Au cours de cette période, de débats nourris ont eu lieu dans de nombreux pays au sujet de la place à accorder aux disciplines littéraires par rapport aux sciences et sur l’équilibre idéal à trouver entre langues classiques et vivantes. Les polémiques portaient notamment sur l’utilité de ces études face à de nouveaux besoins socio-économiques ainsi que sur leur fonction dans la formation des élites et la construction des identités nationales. En effet, à l’âge où se côtoyaient les modèles de l’État-nation et des grands empires (russe et austro-hongrois), la fabrication du sentiment national s’opérait en large mesure grâce à l’apprentissage d’une langue commune et la transmission d’un héritage collectif. L’école était censée jouer un rôle central dans ce processus. L’étude des langues anciennes, de l’histoire ainsi que la valorisation d’auteurs nationaux devaient notamment permettre de forger un « imaginaire » symbolique partagé.

Du point de vue historiographique, cette question a fait l’objet d’un certain nombre d’études focalisées sur un pays, une discipline ou une langue particulière. En revanche, plus rares sont les travaux qui ont pris en compte à la fois les politiques éducatives, les curriculums et les acteurs qui les élaborent. Ces sujets n’ont par ailleurs pas été abordés dans une perspective comparative ou transnationale, attentive aux échanges et aux contacts entre les pays. Tel est précisément l’objectif de cette journée : mettre en lumière comment l’enseignement des lettres et des langues s’est décliné dans les États-nations européens au cours du XIXe siècle. Il s’agira notamment d’étudier par quels biais les débats sur ces problématiques ont circulé entre et par-delà les frontières ainsi que les réponses qu’on y a apportées dans différents pays. En effet, si l’industrialisation contribue à remettre en cause les études classiques au profit d’un enseignement plus « moderne », phénomène observable à l’échelle européenne, la nationalisation des sociétés pose une série d’autres défis communs aux systèmes scolaires du continent. De nombreux pays sont par exemple confrontés aux réalités du multilinguisme et à l’existence de dialectes. La France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la Hollande ou encore l’Italie ont fait le choix d’un modèle éducatif centralisé promouvant un enseignement monolinguistique et impliquant une codification de la langue. D’autres, comme la Belgique, la Suisse ou l’empire austro-hongrois ont opté pour des modèles plus décentralisés et multilingues.

La mise en perspective de différents cas d’études nationaux, utiles pour saisir les spécificités de chaque contexte, ainsi que l’examen des circulations et des échanges transnationaux auxquels ces problèmes ont donné lieu permettront de comprendre comment et à quel degré des trajectoires historiques, politiques et institutionnelles particulières ont pu influencer la manière dont l’enseignement des disciplines littéraires et des langues était perçu par les gouvernements, les acteurs éducatifs et le monde intellectuel. Par ce croisement de regards, il sera ainsi possible de mieux éclairer le rôle attribué à ces savoirs dans le développement du sentiment national et la formation des élites au XIXe siècle.

 

27 avril 2016
  Colloques