Unité de russe

Soutenance de thèse Annick Valleau

 
Candidate au doctorat ès lettres en Études russes
a soutenu sa thèse intitulée
 
Le rôle paradoxal de la société civile dans la lutte contre le terrorisme en Russie :
entre politiques inclusives et pratiques répressives au nom de « l’esprit de Shanghai »
 
Vendredi 11 septembre 2020
 

Composition du jury :

Professeur Jean-Philippe Jaccard, président du jury
Professeure Korine Amacher, directrice de thèse
Directrice d’études Françoise Daucé, co-directrice de thèse (CERCEC, EHESS, Paris)
Professeur Frédéric Bernard (Université de Genève)
Maîtresse de conférences Anne Le Huérou (Université Paris Nanterre)
Professeur des universités Jean-Robert Raviot (Université Paris Nanterre)
 

Résumé de la thèse :

En juin 2001, quelques mois avant les attentats du 11 septembre, la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan créent l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), avec une vocation sécuritaire. La création de l’OCS marque l’essor de la doctrine des « trois fléaux » dans son droit international : il s’agit du terrorisme, du séparatisme et de l’extrémisme. Le développement d’une approche globale et inclusive de l’antiterrorisme au sein de l’OCS s’inscrit dans le contexte de l’évolution des stratégies antiterroristes au niveau international et national, qui allient des techniques d’endiguement et de cooptation vis-à-vis des acteurs non-étatiques. Il en résulte le paradoxe suivant : la société civile endosse à la fois le rôle d’acteur dans le domaine de la prévention des « idéologies terroristes » et de cible potentielle des politiques étatiques visant la répression du terrorisme. Dans ce cadre, l’OCS fait office de plateforme de dialogue apte à promouvoir et légitimer les politiques inclusives et les pratiques répressives de ses États membres fondateurs à l’égard de leurs sociétés civiles. Quelle est la singularité de la vision de la sécurité de l’OCS et sa lutte contre les « trois fléaux » ? L’OCS se positionne-t-elle, au nom de « l’esprit de Shanghai », comme un nouveau type de régionalisme eurasiatique offrant à ses États membres une alternative à l’universalité des droits humains ? L’étude de l’échelle transnationale qu’incarne l’OCS livre des clés d’analyse saisissantes pour explorer les ajustements de la lutte contre les « trois fléaux » qu’opère la Fédération de Russie dans ses politiques antiterroristes nationales.

Le rôle paradoxal de la société civile dans la lutte contre le terrorisme en Russie est le sujet auquel nous avons consacré notre thèse. Il s’agit d’une réalité complexe et mouvante que nous avons explorée pendant un an, en 2018, à Moscou et Saint-Pétersbourg. Tout au long de notre recherche visant à éclairer l’impact de l’antiterrorisme russe sur les relations entre acteurs institutionnels et non-étatiques, nous avons été guidée par un double questionnement : comment le « partenariat social » entre l’administration russe et la société civile se réalise-t-il dans la sphère de la prévention du terrorisme par la culture et l’éducation ? La répression du terrorisme agit-elle comme un catalyseur de projets citoyens qui contestent les « répressions politiques » au nom de la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme en Russie ? Pour y répondre, nous avons analysé plusieurs associations partenaires du pouvoir et établissements de l’enseignement, ainsi que les principales organisations de défense des droits humains et mouvements citoyens de contestation à Moscou et Saint-Pétersbourg.

Alors que la lutte contre le terrorisme relève des politiques publiques régaliennes des États, comment se fait-il qu’elle soit distribuée à des acteurs issus de la société civile ? Notre thèse tente de mettre en avant les effets produits par la lutte contre le terrorisme de la Fédération de Russie sur la société civile, dans une dimension à la fois inclusive et répressive, et d’en souligner le lien avec la doctrine des « trois fléaux ». En lien avec notre problématique, nos recherches ont montré qu’un équilibre ambigu s’instaure entre les différents acteurs de la prévention des « idées du terrorisme ». Elles montrent également que les frontières entre terrorisme, séparatisme et extrémisme sont ténues dans la pratique judiciaire russe, et que l’interprétation que fait le pouvoir russe du terrorisme sous forme « d’idéologie de la violence » approfondit le clivage entre « nous et les autres », le « constructif » et le « destructif », le « national » et « l’étranger », les « compatriotes », les « opposants », les « extrémistes » et les « terroristes ».

 

10 septembre 2020
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