Cancer du poumon : l’efficacité des traitements dépend de l’heure de la journée
Une équipe internationale confirme dans un premier essai clinique de phase 3 le rôle déterminant de l’heure de la journée sur le succès des immunothérapies antitumorales.
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La recherche fondamentale avait déjà montré l’influence décisive des horloges biologiques sur la biologie des tumeurs en influençant le comportement des cellules immunitaires et leur réponse au traitement. Un consortium de recherche sino-européen auquel participe l’Université de Genève (UNIGE)et l'Université Paris-Saclay confirme cette découverte dans un contexte clinique. Des personnes souffrant d’un cancer du poumon avancé qui ont reçu une immuno-chimiothérapie avant 15 h ont vu la progression de leur maladie ralentir davantage que celles traitées plus tard dans la journée. Ces résultats, publiés dans Nature Medicine dans le cadre d'un essai randomisé de phase 3 portant sur 210 volontaires, suggèrent que le fait de programmer le traitement tôt dans la journée pourrait constituer un moyen simple et peu coûteux d'améliorer l’efficacité des traitements déjà utilisés de manière routinière.
Les horloges circadiennes, qui régulent la plupart des processus physiologiques sur un rythme d’environ 24 heures, constituent l’un des mécanismes biologiques les plus fondamentaux. A la Faculté de médecine de l’UNIGE, le professeur Christoph Scheiermann et son équipe (Département de pathologie et immunologie, Centre de recherche sur l’inflammation de Genève & Centre de recherche translationnelle en onco-hématologie) travaillent depuis plusieurs années sur l’influence sur le cancer des cycles circadiens « Nous avons ainsi découvert que l’activation du système immunitaire est modulée selon le moment de la journée, avec un pic tôt le matin chez les êtes humains », détaille Christoph Scheiermann. « Dans le cancer, la croissance et la sévérité des tumeurs est ainsi fortement liée à l’horloge biologique du système immunitaire. »
En 2024, l’équipe genevoise montrait, dans un modèle de souris, que le succès de traitements antitumoraux immunothérapeutiques dépendait de l’heure à laquelle ceux-ci étaient administrés. Ces résultats étaient confirmés par l’analyse rétrospectives des taux de survie de patientes et patients à la suite de ces immunothérapies. « Au bon moment, les cellules à combattre sont immédiatement reconnues. Au mauvais moment, les molécules cibles sont très peu exprimées, et le médicament n’a aucun effet », notait alors Christoph Scheiermann.
Validation clinique claire
Sur la base de ces travaux pionniers, Yongchang Zhang de la Central South University à Hunan, a conduit avec ses collègues une étude clinique randomisée de phase 3 portant sur 210 personnes souffrant d’un cancer du poumon à non petites cellules qui n’avaient reçu aucun traitement. Les patientes et les patients ont été répartis en deux groupes : le premier où une immunochimiothérapie était administrée avant 15 h (groupe précoce) et le second à 15 h ou après (groupe tardif) pendant les quatre premiers cycles de traitement.
Après un suivi médian d'environ 28,7 mois, le groupe précoce n'a pas connu d'aggravation de son cancer (survie sans progression) pendant 11,3 mois en moyenne, contre 5,7 mois pour le groupe tardif. La survie globale médiane était de 28,0 mois dans le groupe précoce et de 16,8 mois dans le groupe tardif. Les taux de réponse au traitement étaient de 69,5 % dans le groupe précoce et de 56,2 % dans le groupe tardif, et il n'y avait pas de différences significatives dans les événements indésirables liés au système immunitaire.
Les scientifiques ont également observé une plus grande quantité de lymphocytes T CD8⁺ (un type de cellules immunitaires) circulant dans le sang et un ratio plus élevé de lymphocytes T CD8⁺ activés par rapport aux lymphocytes T CD8⁺ épuisés dans le groupe précoce que dans le groupe tardif, ce qui pourrait expliquer l'efficacité thérapeutique plus élevée dans ce groupe.
Si de plus amples recherches sont nécessaires pour déterminer les résultats à long terme en matière de survie, de même qu’au sein d’une population plus diversifiée, ces résultats sont encourageants. « D’autres études devront aussi être menées pour mieux comprendre les mécanismes exacts qui relient le rythme circadien à l'efficacité des immunothérapies », conclut Christoph Scheiermann.