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12 juin: "Slow medicine: plus de temps pour les patients!" Réécoutez la conférence

Conference in English/ conférence en anglais avec traduction simultanée

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La médecine actuelle repose sur des technologies toujours plus avancées. L’objectif: raccourcir la durée d’hospitalisation des patients grâce à une efficacité accrue et maîtriser les coûts de la santé. Pourtant, malgré les plans d’économies mis en œuvre, les soins médicaux coûtent deux à trois fois plus chers qu’il y a quarante ans, sans pour autant que le bien-être des patients et du personnel médical ne soit amélioré. Dans sa conférence «Slow medicine: plus de temps pour les patients», organisée par la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE), Victoria Sweet, professeure de médecine clinique à l’Université de Californie, proposera une solution non seulement pour contrer l’augmentation des coûts de la santé, mais aussi pour améliorer la prise en charge des patients: prendre son temps.

Chaque année, en Suisse comme dans la plupart des pays développés, les coûts de la santé augmentent, et ce quels que soient les plans d’économie mis en œuvre. Mise en concurrence, dossiers de santé électroniques, télémédecine, soins en réseaux, systèmes de tarification et d’assurance, etc., de nombreuses voies ont été explorées. Avec un unique résultat: aujourd’hui, les soins médicaux coûtent deux à trois fois plus cher qu’il y a quarante ans. De plus, les patients sont de plus en plus insatisfaits, les médecins épuisés et les décideurs frustrés. Pourquoi alors ne pas réfléchir la santé autrement? C’est ce que propose la professeure Victoria Sweet, médecin clinicienne américaine. Au cours de ses nombreuses années de pratique clinique, une évidence s’est imposée à elle: il est impossible d’être efficace et rentable lorsque soignants et soignés n’ont tout simplement pas assez de temps ensemble. Cela, elle l’a appris dans un hôpital où, contrairement aux habitudes modernes, médecins et patients disposaient à la fois de technologies de pointe et de temps pour établir une relation interpersonnelle. Cette combinaison s’est révélée d’une rare efficacité, tant pour établir les bons diagnostics et les bons traitements, que pour maîtriser les coûts. Victoria Sweet s’est aussi plongée dans les écrits d’Hildegarde de Bingen – mystique du XIIe siècle et l’une des savantes les plus reconnues de son temps – et dans sa propre réflexion sur le chemin de Compostelle, pour arriver à une conclusion toute simple: dans un monde d’immédiateté, la clé d’une médecine efficace ne se trouverait-elle pas dans la lenteur? La vitesse, la technologie et la productivité – la médecine rapide – ne suffisent pas. Ce dont le patient, comme le médecin, a aussi besoin, en plus des techniques si utiles disponibles aujourd’hui, c’est du temps. Il ne guérit pas toutes les blessures, mais beaucoup d’entre elles; et avoir assez de temps s’avère être le plus efficace de tous les soins de santé.

Biographie

Victoria SWEET
Professeure associée de médecine et d'histoire clinique
Université de Californie, San Francisco

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Victoria Sweet est professeure de médecine clinique à l’Université de Californie, à San Francisco, et titulaire d’un doctorat en histoire. Elle a pratiqué la médecine pendant plus de vingt ans à l’hôpital Laguna Honda à San  Francisco, et c’est de cette expérience qu’elle a tiré son inspiration d’écrivaine. Son premier livre, God’s Hotel: A Doctor, a Hospital, and a Pilgrimage to the Heart of Medicine, paru en 2012 (non traduit), se base sur l’histoire de cet hôpital et de ses patients pour développer des idées radicalement nouvelles sur la médecine et les soins de santé. Elle poursuit sa réflexion dans son deuxième ouvrage, Slow Medicine: The Way to Healing (2017). Elle suggère ainsi que nos tentatives de contrôler les coûts des soins de santé en privilégiant «l’efficacité» ne peuvent que rester vaines. Pour être réellement efficace, le médecin doit au contraire pouvoir disposer de suffisamment de temps pour considérer son patient dans l’ensemble de ses circonstances de vie. Pionnière de la «Slow  Medicine», Victoria Sweet propose une alternative radicale, mais profitable à tous, à la mainmise toujours plus grande de la technocratie sur la médecine. Elle a par ailleurs reçu une bourse de la Fondation Guggenheim qui lui a permis de rédiger son second ouvrage.

"Slow Medicine: More Time for Patients"

Every year, in every developed country, the cost of healthcare increases, no matter what money-saving schemes put into effect, competition, electronic health records, telemedicine, team-based care,  pricing and insurance systems, many options have been explored.  Everywhere, the same ideas lead to the same results: healthcare takes two to three times as much of every nation's GDP as it did forty years ago, patients are ever more dissatisfied, doctors burned out and policymakers frustrated. Why, then, not think about health differently?  This is what Dr. Sweet, professor of clinical medicine, proposes. In her many years as physician, what has impressed her the most is the opposite — how efficient and cost-effective it is when patient and doctor simply have enough time together. She learned this at a very unusual hospital, which had access to all the new technologies and treatments, but which also still had enough time for doctors and patients to get the right diagnoses and treatments. The insights she learned from these experiences were reinforced by her study of the medieval mystic, theologian, and medical practitioner, Hildegard of Bingen, and were consolidated as she walked the pilgrimage to Compostella, in Spain. The secret that economists have missed is that what one wants as patient and as doctor is the right diagnosis and the right treatment.  And to get that, speed, technology, and efficiency—Fast Medicine—are not enough. What patient and doctor also need, in addition to wonderful technologies, is time. Time may not heal all wounds but it heals very many of them, and having enough time, though so inefficient on paper, turns out to be the most efficient healthcare of all.

Victoria Sweet, MD PhD
Associate Clinical Professor of Medicine and History
University of California, San Francisco
Guggenheim Fellow

Dr. Sweet is an Associate Clinical Professor of Medicine at the University of California, San Francisco, and a prize-winning historian with a Ph.D. in history. She practiced medicine for over twenty years at Laguna Honda Hospital in San Francisco, where she began writing.

In God’s Hotel: A Doctor, a Hospital, and a Pilgrimage to the Heart of Medicine (Riverhead, 2012), she laid out her evidence—in stories of her patients and her hospital—for some radically new ideas about medicine and healthcare in this country. In her second book, Slow Medicine: The Way to Healing, she expands and builds on those ideas and stories.  In our attempts to get control of healthcare costs by privileging “efficiency”, she suggests we’ve been headed down the wrong path. Medicine works best—that is, arrives at the right diagnosis and the right treatment for the least amount of money—when it is personal and face-to-face; when the doctor has enough time to do a good job, and pays attention not only to the patient but to what’s around the patient. Dr. Sweet calls this approach Slow Medicine, and she believes that, put into wider practice, it would be not only more satisfying and beneficial for patient and doctor, but also less expensive for everyone.

The New York Times has called her ideas “hard-core subversion”; Vanity Fair has judged God’s Hotel to be a “radical and compassionate alternative to modern healthcare,” and Health Affairs has described Dr. Sweet as a “visionary” and “subversive in all the best ways.” She was awarded a Guggenheim Fellowship (2014) for Slow Medicine: The Way to Healing (Riverhead, 2017).

8 mai 2018
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