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Un GPS pour s’orienter tout au long des études de médecine

iStock-598520888.jpgLa Commission interfacultaire médicale suisse (CIMS) a mis en place un nouveau référentiel de compétences pour la formation médicale en Suisse, nommé «PROFILES» (ou Principal Relevant Objectives and Framework for  Integrated Learning and Education in Switzerland), qui remplace l’ancien Catalogue suisse des objectifs. Entré en vigueur dès la rentrée 2018, PROFILES sera, par conséquent le référentiel utilisé lors des examens finaux du master en médecine humaine dès 2021. Pour faciliter son introduction, la Faculté de médecine a développé un outil de portfolio électronique - le Geneva Portfolio Support ou GPS - qui suivra les étudiants tout au long de leurs études. Eclairage avec le professeur Mathieu Nendaz, directeur de l’Unité de développement et de recherche en éducation médicale (UDREM) de la Faculté de médecine.

PROFILES, une révolution?

Un changement important de paradigme, en tout cas ! Ce nouveau référentiel propose une vision différente de la pédagogie médicale dans sa manière d’appréhender les objectifs de formation. Jusqu’ici, en effet, il s’agissait d’une liste d’objectifs par thématique. Ce nouveau référentiel prend le parti de décrire les compétences et les activités qu’un-e étudiant-e en fin d’études devrait maîtriser. Peu importe, finalement, comment ces compétences et ces connaissances sont acquises, l’essentiel est de les démontrer en fin d’études ! Ce référentiel est également explicite sur la nécessité d’acquérir un bagage en sciences médicales de base et en sciences fondamentales, mais il ne représente pas un outil approprié pour documenter le contenu de l’enseignement de ces domaines. Alors qu’il s’agissait auparavant de se conformer à une liste d’objectifs thématiques, il s’agit maintenant pour les facultés de réfléchir comment amener les étudiants à maîtriser des compétences de manière beaucoup plus longitudinale.

Un exemple concret?

Si l’on prend la cardiologie, PROFILES fournira par exemple le descriptif qui suit: l’étudiant-e devrait être capable de maîtriser les activités suivantes: prendre une histoire clinique, faire un examen physique établir un diagnostic différentiel, faire un plan de traitement, constituer un dossier, assurer la sécurité des patients, reconnaître l’urgence, dans le contexte d’un-e patiente qui vient avec une douleur thoracique en plainte initiale. Pour parvenir à ce résultat, l’étudiant-e devra auparavant avoir acquis des connaissances telles que l’anatomie du cœur, les mécanismes de l’artériosclérose, de l’ischémie myocardique, de la nécrose, les aspects plus cliniques des facteurs de
risque, signes et symptômes d’un infarctus, ou encore le diagnostic différentiel d’une douleur thoracique. Il-elle devra en outre être capable notamment de communiquer avec le-la patient-e et collaborer avec les soignant-e-s. L’ancien catalogue n’a jamais empêché la Faculté d’enseigner ce qu’elle pensait être important, et dans les faits cela ne va pas se modifier radicalement avec ce nouveau référentiel. Il s’agit surtout de prendre conscience des compétences et des activités attendues en fin de curriculum, de fournir des activités d’enseignement qui mènent à
ces compétences, et de pouvoir attester d’une certaine autonomie des étudiant-e-s au moment où ils-elles vont entrer en formation post-grade comme internes dans des hôpitaux ou des structures ambulatoires.

A Genève, l’enseignement a beaucoup évolué depuis 20 ans, avec, entre autres, l’introduction de l’apprentissage par problème. Un avantage, dans le cas présent?

Indéniablement, notre style d’enseignement, très précurseur, permet l’introduction relativement aisée de PROFILES, qui relèvent tous deux de la même philosophie d’enseignement. Nous insistons en effet beaucoup sur l’intégration du curriculum, ainsi que sur l’immersion en clinique précoce et continue. La place que nous laissons à la supervision clinique et la structure de notre curriculum créent ainsi des conditions très favorables pour introduire PROFILES.

Dans quel domaine PROFILES aura-il le plus d’impact?

C’est surtout dans la manière d’évaluer les étudiants en clinique qu’il faudra fournir le plus d’explication. Il faudra en effet expliciter, à travers les 9 activités attendues, le niveau d’autonomie de l’étudiant à un moment donné de son parcours. Ces niveaux d’autonomie devront être renseignés de manière longitudinale pendant le parcours de l’étudiant-e pour qu’à la fin on puisse certifier qu’il-elle a acquis l’autonomie suffisante dans divers contextes de prise en charge. Ces 9 activités sont appelées «EPA» pour Entrustable Professional Activity, soit une activité professionnelle pour laquelle on peut certifier l’autonomie de l’étudiant-e.

Il a donc fallu mettre en place des outils de suivi, à commencer par le portfolio GPS?

L’étudiant-e doit en effet pouvoir documenter son parcours et le degré d’autonomie validé dans diverses activités. Le portfolio électronique GPS est actuellement en phase pilote en 2e bachelor pour les aspects de professionnalisme et de compétences cliniques et sera testé à la fin du semestre en années master. Au cours de ses années d’études, l’étudiant-e y notera ses activités et la validation régulière, par le-la maître de stage, de son niveau d’autonomie. Le déploiement complet est prévu dès la rentrée 2019.

Donc, l’idée est d’avoir un portfolio en ligne où l’étudiant-e peut mettre ses observations pendant ses stages cliniques?

Fondamentalement, le portfolio appartient à l’étudiant-e, qui donne le droit aux personnes responsables de sa formation d’avoir accès à certaines parties, pour y déposer des notes d’examen, pour valider des activités, ou pour certifier la présence à un enseignement, par exemple. Le GPS est construit autour des étudiant-e-s et pour les étudiant-e-s, en garantissant la confidentialité des données qui y figurent. Les accès sont donnés de manière restreinte, et uniquement pour une fonction précise. Un-e maître de stage n’aura donc pas accès aux données concernant les autres stages effectués par l’étudiant-e, par exemple. Il existe par ailleurs une zone qui appartient à l’étudiant-e seul-e, pour ses notes personnelles, et n’est accessible par aucun tiers. Ce nouvel outil n’a pas non plus pour objectif de remplacer les plateformes d’enseignement, dont Moodle. Ces outils n’ont pas le même usage, mais des liens entre les plateformes pourront être créés selon les besoins. Le choix de l’outil a été conditionné par le fait qu’il est déjà utilisé aux HUG dans la formation post-graduée et que la Faculté de biologie et de médecine de Lausanne l’a adopté pour en développer des aspects compatibles avec PROFILES. Un partage de concepts et d’expérience au sujet des modifications de nos curricula est effectué avec les autres facultés de médecine suisses dans un groupe de travail national.

Qu’est-ce que cela change pour les enseignant-e-s?

Rien sur leur manière d’enseigner, mais on incitera toujours les enseignant-e-s, indépendamment de PROFILES, à privilégier l’interactivité. Ils-elles devront néanmoins, comme les étudiant-e-s, prendre l’habitude d’utiliser le GPS et seront formé-e-s en conséquence. Par ailleurs, c’est surtout l’évaluation en milieu clinique qui est la plus concernée par cette approche visant à mieux documenter explicitement l’évolution de l’autonomie des étudiant-e-s.

PROFILES réclame aussi un effort de cartographie du curriculum…

Effectivement, nous devons encore finaliser le travail de description du curriculum et de son adéquation avec les exigences de PROFILES. Il se pourrait d’ailleurs que l’on constate que certains éléments du référentiel ne sont pas couverts, et qu’on doive y remédier. A cet effet, nous allons introduire un autre outil informatique, qui remplacera à terme l’actuel «cursusmap». Ce nouvel outil de description du curriculum, nommé LOOOP, développé dans un consortium académique avec l’Université de la Charité à Berlin, permettra d’indiquer comment PROFILES se traduit dans le curriculum, tandis que GPS représente comment l’étudiant vit sa progression dans ce même curriculum. Il s’agit en quelque sorte de mettre en évidence deux facettes du même cursus médical. L’introduction de PROFILES et des outils de support est une belle opportunité pour la Faculté, en collaboration avec les étudiant-e-s, de poursuivre l’amélioration de l’enseignement au service de la clinique et de la recherche.

A quoi ressemble le GPS? Un aperçu ici avec l’écran de suivi (outil développé par Reallience)